éKlats 45/52
La littérature peut n'être que forme. La photographie aussi. On est un style. Est-on quelque chose d'autre ?
La télé fait partie de mon quotidien. Comme la langue d'Ésope, elle peut être, selon moi, la pire ou la meilleure des choses. J'y regarde essentiellement films, téléfilms, séries, ou bien je zappe, et je bascule sur un replay art, Klimt doré, au petit matin rose, avec le café, même si je n'utilise pas la marque "L'or", c'est pas mal.
J'aime l'océan, mais j'ai peur de l'eau. Mon amour s'arrête à sa contemplation. Je suis donc très admirative des gens qui naviguent en solitaire. C'est pourquoi le film vu récemment, "Seul", m'a fort impressionnée. Tutoyer les vagues, la tempête, remettre un bateau en état, supporter l'épuisement, la solitude avec panache, pour moi, relève de l'héroïsme.
D'autres jours, j'ai re-regardé (comme j'avais quelques blancs dus à certains endormissements, ça ne m'a pas dérangée de revoir, et en plus, une histoire dont on connaît la fin est revue avec d'autres yeux !) avec lui la série politique "Dans l'ombre". Ce n'est pas la première fois que nous est proposée ce type de fiction. Si je ne l'étais pas déjà, de quoi être dégoûtée définitivement par le pouvoir gouvernant. On se croirait dans un jeu vidéo. Rien d'humain (nous) là-dedans. Des enjeux entre-soi, de l'abstrait pur et dur de batailles d'ego, des calculs, des manipulations, des alliances un temps, des enfants dans le dos, des hypocrisies souriantes. La réalité toute nue !
Suis tombée, en parlant de politique, sur cette phrase (... des mots. Des mots !) de Retailleau disant : Vous qui fumez des joints, qui prenez des rails de coke, il [sic ... ?] a le goût des larmes et surtout du sang. Ben ouais, c'est aussi ce que je pense. Et ... oui, je sais, la drogue, économie parallèle qui arrange les bidons du gouvernement, acheter la paix sociale ... paix sociale ! ... guerre sociale oui ! Rien, RIEN à mes yeux n'excuse la drogue. Soigner les addictions, non les encourager.
Une amie qui a eu une jeune héroïnomane (qui s'en est sortie, heureusement) dans sa famille m'a raconté l'état affreux de ses fosses nasales alors qu'elle n'a pas trente ans ! Paraît que les dents non plus c'est pas terrible, à la longue, quand on se shoote. En tombant sur cette affiche, de loin, dans le métro, que je titrerais volontiers Caries (au bal du diable, warf), j'ai pensé à tout ça :
Il faut beaucoup de courage pour ne pas se décourager dans le monde, disait Goethe ; constat : je suis lâche.
Comme d'habitude, je suis perdue. Que ce soit à pied, à ch'val ou en voiture, quand je rêve, toujours je suis perdue. Je m'appuie sur une belle canne bâton précieuse. Je suis dans un restau et une fille dit à une autre : La chair ... j'enchaîne en même temps qu'elle : est triste et lasse. Elle me regarde avec des yeux ronds pendant que je sors.
De Mallarmé encore, une de mes phrases poétiques préférées est la suivante : Aboli bibelot d'inanité sonore ...
En en citant une autre de Rimbaud : L'étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles ...
... je m'aperçois bizarrement que les deux citations relèvent de l'oreille.
(Au passage : entendu dans une émission une "journaliste" s'agacer que de je ne sais plus quoi on nous rabatte les oreilles ! Ben moi, c'est quand on me les écorche que j'ai envie de les rabattre, pour le coup !)
Ce n'est pas par plaisir que je vais au pilates, mais par devoir envers mon corps, histoire de ne pas sombrer trop vite dans la dégénérescence physique, de garder un peu de souplesse, de muscles. Parfois, pour le plaisir, en sortant, quand on est deux, on se fait une assiettée de pierogis au petit snack de la Polonaise Beata. Ils ne seront jamais aussi bons que ceux que faisait ma petite mère mais c'est quand même hummm ! Si vous avez l'occase d'y goûter, faites-le, conseil de gourmande, de gourmette ... les deux !
... d'autres fois, on se refait un Tupinamba, comme mardi dernier, où à cause d'un serveur absent, Lucie faisait aussi la salle. Heureusement, exceptionnellement pas grand-monde ce midi-là, ce qui a permis de profiter un peu d'elle, et aussi de discussions musicales avec un habitué (on finit par retrouver des gens ici et là, qu'on croise régulièrement). Lucie parlait chansons brésiliennes avec un client, un musicien, précisément.
D'habitude, je ne finis pas le plateau de tant de bonnes choses à manger et je sors avec un humanybag ! Là, faim canine, que sais-je ... je dévorai tout avec une jouissance non faimte feinte.
Et nous avons parlé encore. Lucie, comme à son ordinaire, était toute joyeuse. Elle nous a offert un digestif et m'a collé d'autor entre les mains, à moi qui n'en pouvais mais, une verrine de flan léger à la mangue.
Si ça ce n'est pas le réconfort après l'effort, je veux bien manger mon ... justaucorps (juste pour la rime !)
J'aime beaucoup Jeff Buckley.
J'aime beaucoup la danse.
Lui : Tu sais quoi ? Il y a un spectacle de danse sur la musique de Jeff Buckley à l'île Seguin.
Moi : Où ça ?! Oui ? Pourquoi tu me dis ça ?
Lui : Ça ne te dirait pas d'y aller ?
Moi : C'est très loin non ? sûrement très cher, et toi t'aimes pas.
Lui : Ce pourrait être un cadeau de Noël ! (on est en octobre) Et je ne suis pas obligé d'y être.
Je ne sais que dire. Bien sûr dans l'absolu j'adorerais, mais se taper du métro plus loin que Boulogne-Billancourt en revenant dans la nuit de novembre, et puis je suis si timorée maintenant de tout ce qui n'est pas un quotidien à repères, et puis la foule, et puis le bruit, tout ça, même si j'en ai (un peu) honte.
Moi : Non mais toute seule ça ne me dit rien.
Lui : Je t'accompagnerai et je t'attendrai.
Comment refuser une proposition si belle de mon chevalier blanc ? Merci !
Et me voici, ce mercredi soir de novembre, mon homme dehors pizza-balade-photo et moi, fort en avance, installée dans une superbe salle. Décalée. Calme et attentive.
De cette longue soirée hors du commun je dirai peu, justement parce qu'elle fut hors du commun, et que je pourrais en raconter des pages en noir et blanc et en couleurs. Je dirai seulement que quand ont éclaté les premières notes, fortes, de Grace, j'ai senti mes yeux se remplir de larmes. Certes j'ai été émue, même si je n'ai pas tout aimé, que j'ai fermé un temps mes yeux au stromboscope et mes oreilles à certaines basses intempestives, mais je me suis sentie rajeunir, tandis que j'étais immergée dans une performance qui me dépassait. Qu'on aime ou pas, la mise en scène et la créativité déployée étaient remarquables. Révérence !







