Trancher dans le vif
Depuis que je suis rentrée en laissant l'océan derrière moi, je suis habitée par une grande paresse, et pas mal d'aquoibonisme. Il y a cette femme qui lisait tranquillement là-bas et qui attend peut-être de voir ma photo d'elle : je lui ai dit qu'elle serait présente en ces pages ; ça viendra, chère lectrice, je vous le promets, encore un peu de patience.
Sauf que, même si ce que je vais dire pourrait être dit presque chaque jour, car la violence, mortelle, est tellement fréquente qu'elle en est, au moins pour certains, presque banalisée, il y a ce coup de couteau en plus (j'allais écrire en trop, mais chaque coup de couteau est en trop, quand il ne relève pas d'une défense légitime), cette innocence poignardée, cette négation totale de la vie, d'autrui, et peut-être même de soi, qui ré-anime, s'il en était besoin, ma colère infinie ; ma haine en fait, d'une partie de ce monde.
Je ne devrais pas ajouter ma voix aux blablas inutiles comme d'hab qui dégoulineront probablement avant d'être enterrés jusqu'au prochain crime, mais vous le savez, j'écris par pulsions, et là, je pulse, j'expulse.
J'aime ça, moi, les couteaux, je trouve ça beau, tellement beau et utile (j'allais presque écrire : vivant) quand ce n'est pas une arme de mort. J'aime bien le petit Opinel offert à Conques. J'aimais bien mon Laguiole offert, lui aussi, et perdu ... j'aimais bien le joli couteau de luxe en bocoté que je m'étais acheté sur le petit marché des producteurs à Grand-Village, et que j'ai égaré, mais plus sûrement perdu, depuis toutes ces années.
J'ai en souvenir, et dans ma cuisine pour certains, les petits couteaux élimés dont se servait ma mère pour éplucher les légumes ; je la revois s'affairant, assise devant la table de formica.
Comme quoi les pires ignominies pseudo-humaines peuvent d'étrange façon faire écho à des souvenirs plus doux parce que baignés dans un contexte différent. De paix. De raison. De normalité.
Il y a aussi Rahan et son coutelas, dessin animé à la télé durant l'enfance de mes filles, qui me revient en tête. Ah, si par le pouvoir du crâne ancestral, on pouvait détenir la force toute-puissante !
Celle qui empêche de couper le fil de la vie !