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Pare-feux

Publié le par Nikole

   
    C'est la deuxième fois que je me fais avoir. J'avais déjà oublié, sans doute parce que je refusais que ce souvenir fût faux, ou que je me refuse encore à reconnaître ce qui en est (devrait en être) une preuve.
    Ce que j'avais et en tête, et devant les yeux de ce souvenir, je suis allée le chercher dans mon livre de français de quatrième, compulsant fiévreusement les pages, mais non ! Dans celui de troisième peut-être ? Pas plus ! Et pourtant, je m'en souviens parfaitement de ce texte de Giono évoquant le feu dans une combe (un mot que je découvrais) et le comparant à une bête ! Comme je me rappelle parfaitement la photo qui l'accompagnait ... alors ? ... alors je déteste ce mystère épais, ce souvenir précis caché derrière un écran de fumée.
    C'est sur Internet, tant de choses y sont, mais moi c'est dans mon livre de collège que je voulais caresser cette page-là, pas ailleurs.
    Je le sais que la mémoire peut nous piéger, mais là, j'étais si sûre de mon fait !

   Ce qui n'est pas sur le Net en revanche, ou presque pas, c'est un autre souvenir de feu, dans un film : LIEN

   J'ai vu ce film il y a des lustres, seule sur mon fauteuil en bois inconfortable du cinéma Caméo, à Nancy, petit cinéma d'art et d'essai de la jolie rue de la Commanderie, que je fréquentais assidûment, avec une carte de fidélité (10 séances payées d'avance moins chères) que je perdais régulièrement, faisant donc profiter pour ainsi dire à cette institution d'une sorte de mécénat culturel ...

    Un film étrange, dérangeant, avec Juliet Berto qui me fascinait (je la verrai les quelque trois heures d'affilée d'un autre film, le séant en compote dans ce même cinéma jouant Céline et Julie vont en bateau ...)

    Quand j'étais gamine, puis ado, il ne se passait pas un été sans qu'on entende parler de vastes feux dévastant de vastes forêts. Je ne comprenais pas comment on pouvait être aussi inconséquent et sans ressources avec la nature, aussi imprudent avec la sécheresse, tout ça dépassait ma logique. Il me semble, ou ça m'a échappé, qu'on parlait moins de ça les années passées, et puis la Bête en flammes, tel le démon, revient en force, xylophage et phyllophage en diable, sans presque qu'on puisse l'arrêter.

    Il y a deux nuits de ça, je me suis retrouvée en rêve devant un feu qui m'entourait. Il y avait d'autres personnes, dont une qui, bêtement ai-je pensé, comme si c'était important, , criait, mais sans bouger : Mon atelier brûle. Je ne bougeais pas non plus, moi, mais parce que pétrifiée, et que je ne voyais pas mes deux filles. J'ai seulement pensé que je ne pourrais pas les prendre dans mes bras si elles étaient quelque part pas loin, terrorisées et seules chacune dans leur coin. Curieusement, je ne me sentais pas paniquée, tout ça me dépassait. Je me suis seulement entendue dire très distinctement : c'est maintenant, je vais mourir !
   
Et puis, par un de ces tours de passe-passe-muraille-des-rêves qui me sont coutumiers, comme si le cerveau pouvait contrôler ou tout au moins se protéger dans les songes, la scène a disparu et je me suis retrouvée dans une autre, tout à fait sereine, banale. Zap

 

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