Chronik (20)
Dimanche 27 mars 2022.
Cette nuit, nous avons changé d'heure, en même temps que de monde. Retour au pays de la grande ville âpre et de l'incivilité. Bien que raccourcies d'une unité, les ténèbres, œil grand ouvert dans le noir, m'ont habitée des heures.
Hier, retour de notre petite semaine de vacances dans le bleu. Si le voyage de retour me parut très long, il se fit sans encombre.
Et puis, moi qui deviens de plus en plus insomniaque, réveil intempestif par des voix intempestives, bien que la fenêtre fût fermée. Fiesta merdique chez les voisins en contrebas, de l'autre côté du carré des bâtiments. Je ne suis pas descendue comme une fois leur parler au-dessus du mur, pas le courage de lutter contre la troupe, nombreuse et au vu des décibels oraux, alcoolisée. Même en fermant les volets, je les entendais encore. Obligée de m'exiler sur le canapé du salon, de l'autre côté. Nerfs en pelote. Je leur garde un chien de ma chienne, comme on dit. Et les voisins lâches directs qui ne disent rien, connards ! Réveil âcre avec un nœud au bide. Chierie d'humains gougnafiers. Qu'ils crèvent !
Ma douce île silencieuse et sereine me manque encore plus, du coup, ce matin ...
Mardi 29 mars.
Il ne faut jamais être pressé des choses agréables à venir : commencer à les vivre est déjà le premier pas vers leur fin (ainsi en est-il de la vie). Je ne dis pas qu'il faille se lamenter du présent, loin de là, je dis simplement qu'il faut le vivre à l'instant (le récurrent "carpe diem") sans trop se projeter sur un lendemain qui n'existera pas forcément, ou pas forcément tel qu'on se l'imagine. Pour résumer, je suis toujours mal à l'aise, et j'essaie par ces mots de m'expliquer pourquoi, quand j'entends quelqu'un dire avec gourmandise "j'ai hâte", alors que dans l'intervalle jusqu'à ce moment-là peuvent se vivre tant de moments dont rien ne dit qu'ils ne seront pas importants, et heureux.
Dimanche 03 AVRIL.
Ayè, ça commence à distribuer des prospectus dans la rue. Pour Jadot, devant le Monop, ce matin. J'ai pris le papelard sans même le regarder, et l'ai ensuite minutieusement déchiré et mis dans ma poche en attendant de lui faire recycler sa sale gueule dans ma poubelle jaune, tant qu'à un tant soit peu écologiser. Je déteste cet écolo parisien (oxymore) que je juge dangereux depuis que je l'ai entendu proférer des paroles qui me hérissent illico. Un peu plus loin, la mairie avait installé les affiches des candidats et le susnommé n'y regarde pas en face, regard fuyant. Intéressant d'ailleurs de voir le choix des photos. J'avais les mains chargées et je n'ai pas eu le courage de prendre l'image de cette rangée de visages, avant qu'ils ne soient violés-lacérés, mais je crois bien me souvenir que le regard en face est une particularité majeure, sauf Poutou de côté en casquette, n'imp, et Arthaud -tu-mets-une-pièce-je-suis-en-boucle.
Mon premier contact de "ressouvenance" qu'on allait voter, c'est l'affiche déchirée que j'ai prise en photo sur l'île il y a peu. En moins d'une semaine, elle était passée de Zemmour à Roussel, lui-même assailli par des mains agressives, et m'avait fait sourire le fait que du coup, et bien involontairement de la part de l'artiste lacéreur, les deux "manifestes" se retrouvaient mélangés en une sorte de monstre hybride improbable. Un vrai cirque !
Lundi 04 avril.
La volonté ne m'est pas une conduite qui vient du cerveau, mais d'où vient-elle alors ? D'une énergie du corps, d'une impulsion. Les matins où je me réveille "éveillée", "forte", je me sens un élan de fond, positif pour faire "le plus de choses qu'il est possible" ... le matin oui, puis, au fil du jour ou du fait que je me rende compte que quoi que je fasse, et quelque effort que j'y mette, il en restera toujours autant à faire dans ce capharnaüm invraisemblable qu'est mon appart et la glu de ma vie attachée au sur-place, indéfectiblement, je m'essouffle, je me fatigue et je me lasse ... et de toute façon les heures s'étant avancées avec un grand fracas placide, je me tourne vers des tâches qui reposent l'esprit -les mains ont dans ces cas-là une parole sereine - et qui rappellent la régularité et la tranquillité des dentelières de jadis. Je ne suis pas en train d'écrire que je suis malheureuse, seulement que je suis prisonnière d'un certain libre-arbitre, celui des personnes qui se sont résignées -peut-être?- à reconnaître que ce qu'elles ont, que ce qu'elles sont, ne changera jamais.
Quand j'écris, je ne sais jamais ce que je vais écrire. Vraiment pas. Je m'étais attablée devant ce clavier pour un repas de mots qui évoquerait mes pensées devant ce que j'avais vu de la saison 2 de la série "En thérapie", et me voilà en train d'introspecter et analyser mon petit moi en l'exhibant ... ce qui est plutôt rigolo compte tenu du sujet de la série, regardée en peu de temps. De la même façon qu'enfant j'étais, même si on n'utilisait alors pas ce mot -addict- attachée, enchaînée au plaisir de la télé, je le suis aujourd'hui à certaines séries -dont celle-là- que je regarderais, si j'en avais la capacité physique matérielle (35 fois 20 minutes quand même) à la suite, happée par l'attente du moment suivant, et en l'occurrence, le fil suivi des existences qui y sont décrites. Je ne sais comment est reçue cette fiction par les professionnels, moi-même, sans y connaître rien des métiers psy, ai tiqué plusieurs fois à certaines choses mais toujours est-il que ces mots, car plus que des situations statiques à regarder, ce sont bien par des mots qu'il s'agit là de se faire entraîner et plaquer dans notre propre divan à nous (aux deux sens du terme), ces mots donc, me parlent, me bouleversent, m'emmènent. Même si je ne sais pas trop où.
D'ailleurs, de la même façon qu'un "geek" s'oublie devant son ordi, entouré de ses reliefs de pizza et de ses canettes de bière ou de coca, je ne vois plus que cet écran, engoncée dans ma fascination de icelui, alors qu'autour de moi se compactisent dans le flou de l'oubli les éléments disparates, nombreux et accumulés de mon appartement que je ne perçois plus alors que comme un Radeau de la méduse en perdition oubliée.
Gasp ! Va falloir que je consulte, moi !!
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Ahurie à la transcription-bandeau Gogol (à l'usage des sourds et des malentendants) d'un bout de phrase Youtube : "infirmière à la base" est devenue : "un syrien à la basse" ... à pleurer, et pas forcément de rire ! Ah, l'humour involontaire des machines !

