Chronik (21)
(Écrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose ; arracher quelques bribes au vide qui se creuse, laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes. Perec)
(Clic ! Ouvrez la cage de mes images si vous voulez qu'elles prennent leur envol !)
Vendredi 08 avril
J'ai rêvé de ma mère. Et de façon étrange, comme cela m'arrive parfois (j'ai une fois rêvé d'un appartement que j'avais vu dans un autre rêve !) cela se rattachait, indirectement, à un autre, là encore. Il fallait en effet, la dernière fois, que je me hâte si je voulais arriver à temps. Là aussi, et pour cela je conduisais une voiture de façon dangereuse, sentant des accidents en cours, comme un virage rapide sur deux roues. Ma conduite (aux deux sens du terme) était in-sensée mais justifiée, puisque finalement, je parvenais à voir ma mère, que j'étreignis, même si elle pleurait.
Mon réveil a été lent et assez poussif. Je m'en aperçois tout de suite quand je me lève : les articulations, les tendons, les ligaments un peu gourds, tout ça j'en ai l'habitude et le contact lent et développé, pieds nus, accrochée au sol, prenant appui sur lui avec bienfaisance et reconnaissance, l'équilibre de mon corps lourd et lent finit par se faire, mais là, c'est mon humeur qui était un peu engourdie, je le sens à ma lèvre qui fait la moue, à un léger rictus amer : une nouvelle journée de vie s'ouvre, et je vais devoir lutter pour la trouver accueillante.
Pensées indécentes d'un petit moi étriqué face au monde. La souffrance immense d'autres empêche-t-elle son petit mal-être, passager ou non, à soi ? Le monde est une blessure ouverte. J'ai envie de fermer les yeux et d'arrêter de le voir, je ne me sens pas plus en état de le changer que de le supporter. Et je ne sais même plus si ce n'est pas si mal de ne plus penser. De ne plus regarder ailleurs. Je l'ai déjà pensé et écrit de nombreuses fois ici y compris : faire du mieux qu'on peut dans son carré immédiat, que l'herbe du pré d'à côté soit plus verte ou sa terre plus stérile. Autour de soi, déjà, faire ce qu'on peut. C'est beaucoup, il me semble. Je suis fatiguée du Mal. Fatiguée des tristesses. Fatiguée.
... (belle) chanson blues ...
La liberté, c'est de ne pas savoir où l'on va et de pouvoir y aller. J'ai entendu ça et ça m'a fait sourire comme une pensée mi-philosophique et mi-propos de comptoir. Aucune définition de la liberté n'est bonne, et chacune contient sa part d'amertume et de paradoxe, comme celle qui dit que la liberté, c'est dans la tête. Oui. Non. Allez dire ça aux prisonniers. Dans leur tête ou derrière des murs d'enfermement quand ils sont innocents.
Samedi 09 avril
Ils m'agacent sérieusement les susceptibles de l'orthographe. Je ne comprends pas. Ce matin au marché je m'arrête au stand pizza : j'ai envie de tenter la végétarienne. Je fais remarquer qu'artichaud s'écrit artichaut : je le dis sur le ton de la blague gentille en ajoutant que c'est pas grave. Au lieu de dire "ah bon, je corrigerai, je ne savais pas" un des deux types prend tout de suite la mouche :
- Si je savais bien écrire, j'aurais fait journaliste, pas pizza.
Son ton est dur. Il m'en veut terriblement.
Je bredouille, éberluée, un : Je ne vois pas le rapport ! Mais je pourrais lui dire n'importe quoi, il le prendrait mal. Le deuxième pizzaiolo a l'air gêné de la réaction de son collègue.
Pas la peine d'insister. De toute façon je décommande la pizza quand on me dit qu'il y a une heure d'attente. Je n'y mettrai plus les pieds. J'ai été aimable et n'ai rien dit qui me voue aux gémonies. Pas de quoi se sentir humilié quand on vous fait une remarque sans agressivité ! J'agis malheureusement avec les autres comme j'aimerais qu'on agisse avec moi et je suis reconnaissante et sans orgueil mal placé quand on me fait remarquer mes erreurs, ça me permet de les corriger. Pire, c'est lui-même qu'il dénigre en parlant ainsi, sous-entendant que pizzaiolo est un métier dans lequel ... dans lequel quoi ? On n'a pas besoin de quoi ? C'est triste, il n'a rien compris. La langue n'est pas ou ne devrait pas être considérée, par qui que ce soit, comme une question de classe (d'individus) car c'est, sous-jacent, ce qu'il laisse entendre, qu'il n'est pas de même strate que d'autres ! C'est certes une question de classe (d'école) mais s'il savait ce qu'on peut lire aujourd'hui dans des copies d'étudiants !!! Sa conception m'étonne, et à y bien réfléchir, m'encolère.
J'ai déjà vécu une drôle d'anecdote quand la boulangerie de mon quartier faisait aussi traiteur : les fautes abondaient (un jour, riz de veau pour ris de veau ...) et à la remarque polie que je lui fis que c'était quand même mieux pour eux que les étiquettes soient sans erreur, la vendeuse me répondit (ce n'était pas de l'humour ni de la moquerie, elle le pensait vraiment) : Ah ! vous êtes prof ! Comme si la langue n'était pas quelque chose à soi, mais à "ceux qui savent" (?) Mais qui savent quoi ? (D'ailleurs quand on se moque de quelqu'un qui fait une remarque, on le traite de prof ou d'instit comme si c'était une insulte.) J'en suis restée moi à ce sentiment terriblement rétrograde, apparemment, que l'école étant obligatoire, on y apprend (y apprenait ?) les rudiments de la langue (lire, écrire, compter étaient alors les trois objectifs !) et on savait au moins mettre un -s à un pluriel et reconnaître un passé simple. Je m'arrête sur ce sujet aujourd'hui, regrettant amèrement le décalage des élèves qui quittaient l'école avec en poche un solide certificat d'études et celui d'un bachelier, voire d'un étudiant aujourd'hui (s'y ajoutent le manque de curiosité sinon pour la bible merdique des réseaux électroniques). Encore une chose : je ne dis pas que l'école de mon temps était sans défaut, loin de là, mais même alors un peu rigide, pour ce que j'en ai connu, et développant peu la personnalité au départ, elle fournissait un bagage de connaissances qui permettait de voyager ensuite par soi-même. Du moment qu'on a les outils dans sa besace, et l'impulsion originelle, l'horizon est visible.
Bon, pour tempérer un peu la démonstration de ma fièvre revendicatrice, j'avoue avoir souri devant une autre faute, mignonne, quelques instants plus tôt ...
Dimanche 10 avril
Regardé hier le Molière de Mnouchkine. Je l'avais vu à sa sortie et je n'en avais guère de souvenirs, sinon sa bouille enfant, la figure du comédien l'incarnant, Caubère, et la fin que je me rappelais longue, grand-guignolesque, avec ces images répétitives d'un mouvement qui trépigne, et les flots de sang de l'homme en train de mourir. Bien que le film dure quatre heures, je n'ai pas eu d'impatience en le regardant, même si je pense quand même qu'il y a des longueurs. Une fois cela dit, je suis à la fois perplexe et agacée, et j'aimerais bien le revoir avec quelqu'un qui s'y connaît en Molière et en histoire de France ! Car tant de choses me dérangent dans ce film. Il suppose qu'on en sache beaucoup, par ses ellipses constantes dans la vie de l'auteur, par le pourquoi du comment ? Par des gros détails qui me laissent pantoise comme le carnaval du début, infiniment riche en décors, costumes, masques luxueux ! Plausible ? Un film est une fiction, et on peut en faire un paysage foisonnant (et à mes yeux surréaliste) soit ! Mais je crois que je m'attends, dans une œuvre traitant de la vie de quelqu'un, à ce que, si elle ne relate pas la vérité (je sais bien comme c'est difficile !) et qu'on veut en rendre l'esprit, l'œuvre se devrait d'être crédible, et j'ai du mal, là, à la prendre comme telle. C'est pour moi une fresque sur la réalisatrice, pas sur Jean-Baptiste Poquelin. Sans compter, du coup, à mon sens, le manque de pédagogie de la chose. Et même ce roi, décalé dans la conception qu'elle en montre, et si différent, dans l'image qu'on s'en imagine, à travers tous les films et les livres qu'on peut lire sur lui. Dérangeant tout ça. Euh ... et un peu négatif, tout mon post, hmmm ?!
Et encore n'ai-je pas encore parlé de ce jour comme votatoire. Hier en passant près de la file des tronches présidentiables, où une affiche vierge de Zemmour avait remplacé celle à l'ancienne où quelqu'un avait dessiné une moustachette hitlérienne convenue, j'ai été étonnée que soit restée en place celle de Macron, le visage rageusement barbouillé de caca de chien. La soirée risque d'être pleine d'aléas. Je ne dirai rien d'autre de ce vote sinon que je suis en rage (encore) contre cette manie des sondages. Faux ou vrais, détournés ou pas, ils devraient être interdits : ils ajoutent encore plus de parasitage et de confusion, de scories maléfiques, aux médias manipulantes et à ce que je considère comme de la fumisterie ambiante !
Cette page me semble bien être celle de la perplexité, voire du dégoût, en certaines de ses lignes.
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Bon, un petit dièse à ce que j'écrivais tout à l'heure, car passe aussi en ce moment un film, un autre, documentaire, "Molière et le jeune roi" qui met en lumière quelques éléments. Mais pas assez pour satisfaire ma curiosité.
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Les résultats sont tombés : au deuxième tour, ce sera Macron/Le Pen ... ça craint ! En fait je crois que je suis désespérée ...
Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font
Je ne trouve partout que lâche flatterie
Qu'injustice, intérêt, trahison, fourberie.
(Molière, Le Misanthrope)
Les deux semaines à venir vont sceller la réunion des chacals rampants, des alliances improbables et contre-nature, des faux-fuyants, des retournements de vestes, des bas instincts flamboyants, des promesses au vent ...
Lundi 11 avril
Ah, le corps ! Ça faisait longtemps ... acidité gastrique depuis ce matin ... pourquoi est-ce que je sais pertinemment que c'est à cause des résultats d'hier soir, même si je me suis bien gardée de regarder tout débat après ce douloureux évènement ? Shit ! Chiet !
Mardi 12 avril
Passé le premier chant levé de l'oiseau à qui je rends hommage comme rendent hommage les yogis au soleil qui se lève, je garde les yeux fermés un temps, concentrée aux images que vécut ma nuit. Je me souviens de plusieurs lieux : Marseille, Arles, Nancy, Fagnières où je me trouvai successivement, téléportée aussi légèrement qu'une plume, moins les distances, moins le vertige. Je me rappelle l'errance en chemin inconnu dans la ville, l'angoisse refusée un peu de ce que j'avais bien pu faire de mon bébé oublié, mais où ? chez moi ? et c'est où, chez moi ? Je me rappelle une tentative de séduction intellectuelle auprès d'un homme qui ne voyait rien, d'un livre d'art somptueux avec des dessins et des illustrations rappelant la patte d'un Rodin, sur du papier à la fois légèrement décati, luxueux, dans les tons beige et rose, fils, filigranes, qui curieusement m'évoquent le papyrus.
Si j'avais suivi une thérapie, j'aurais aimé que celle-ci se fît à l'aune de mes voyages immobiles nocturnes.
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Ce n'est (plus) jamais avec plaisir mais j'ai repris le métro. Il fallait bien, pour aller chez un dentiste auquel je suis fidèle depuis mon avant-dernier logement et qui se trouve de plus en plus loin. Lequel avait une drôle de tête et me raconta succinctement, à ma demande, qu'il venait de vivre une urgence difficile et gore, avec du sang hémorragique partout, une suture difficile et les nerfs à vif, bien que sous contrôle après trente-cinq années de pratique. Sûr que l'empreinte qu'il a prise dans ma bouche exsangue a dû lui être une bienheureuse récréation après la violente tempête écarlate !
Oui, le métro, donc. Je grrr toujours un peu contre les sans masque qui s'imaginent que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes au pays des gestes barrières, je grrr intérieurement, me contentant de m'en éloigner, d'autres que moi, comme moi, se sont déjà fait insulter avec des remarques même polies et je ne vais pas m'user la santé à faire la police. Les jeunes, qui plus est, se croient à l'abri de tout ; parler seule ne me dérange pas, parler à des murs recouverts d'ortie, finito. On me traiterait déjà volontiers de donneuse de leçons en orthographe, je ne vais pas distendre ! Sinon, j'ai pu renouer temporairement avec une vieille habitude : les usagers en général, mais surtout les endormis, et plus rare mais encore plus agréable : les lecteurs ; j'en ai vus au moins trois. Trois ! Je ne me compte pas, de toute façon je ne lisais pas vraiment, je révisais l'acte IV.
Quelque important que soit ce qu'il faut que je lise
Apprenez, mon ami, que c'est une sottise
De se venir jeter au milieu d'un discours
Et qu'aux gens d'un logis il faut avoir recours
Afin de s'introduire en valet qui sait vivre.
Mercredi 13 avril
La nuit. Une ville inconnue. Des gares. Des trains impatients. Mes vies parallèles. L'inconnu.
Puis l'orage changea le ciel, jusqu'au soir.
Ce furent des pays noirs, des lacs, des perches,
Des colonnades sous la nuit bleue, des gares.
L'eau des bois se perdait sur des sables vierges ...
(Rimbaud)
Et puis, dans une autre saison du rêve, une feuille de papier blanc, avec, inscrit : cœur 5 . Les songes, un des mystères de nos vies. Est-ce qu'on peut tout seuls démêler nos petites pelotes intérieures symboliques ?
Jeudi 14 avril
Trois hommes en noir sont rapidement passés derrière moi et j'ai à peine senti leur présence qu'une balle se logeait en mon rein gauche. Dans mon rêve, je voyais ce trou, noir, mais je n'avais pas le temps d'avoir peur ni de souffrir. Ni de mourir d'ailleurs, car c'était un leurre et on tournait un film ... bien sûr, le décor était d'une ville inconnue, d'appartements étranges et aux escaliers tortueux etc ... la nuit, je côtoie toujours les mêmes chimères.
Dans la réalité, les balles sifflent ou les gens meurent sans même les balles ; tous les moyens sont bons pour tuer les gens en nombre, en rafales. Le silence des morts est une chape de plomb. le monde s'engloutit peu à peu dans de monstrueuses ténèbres.
J'imagine tout cela, je ne regarde plus rien.
Dans la réalité, les ceusses qui se mêlent de faire de la politique s'envoient des haines, des mensonges, des fausses caresses et des fausses infos à la gueule. Un pour tous et tous pourris, comme disait l'autre. Dans quelques années, on s'entre-tuera tous, je ne serai plus là pour le voir mais ça me fait mal quand même, cette dégénérescence de la civilisation, cette fin de race (humaine). Les pauvres humains qui après nous vivez, se battront comme les robots de chair des gangs, sans autre raison que de faire partie d'un groupe à l'encontre d'un autre, et les vengeances seront perpétuelles.
J'imagine tout cela, je n'écoute plus rien.
The victim down
Vendredi 15 avril
Aujourd'hui c'est la st Paterne, le jour de son anniversaire. Feu le pater aurait eu quatre-vingt douze ans. Et mes souvenirs, dix-sept ans après sa mort, ne sont toujours pas vraiment apaisés de l'amertume conservée ancrée à nos heurts rigides. Et pour ça, je m'en veux autant que je lui en voulus.
*
Je n'ai que peu lu le journal d'écrivains -un peu Jules Renard, je ne me souviens plus d'autres- et je suis toujours un peu perplexe sur ce style d'écriture dont on ne sait jamais quand commence l'exhib et l'auto-contentement et s'il faut en faire fi ou non en écrivant ce qu'on a envie d'écrire, là, et qu'après tout personne n'est obligé de lire. Qu'est-ce qui est important dans l'écriture ? Et pour soi ? Et pour les autres ? Je me garderai bien d'essayer de répondre à cette plus qu'épineuse question, labyrinthique, spiraliforme et abyssale. Je laisse ça aux intellos de salon. Quand j'écris moi, j'avoue ne sentir absolument pas si, ou quand, je livre des pensées futiles, ridicules ou trop intimes. J'écris comme ça me vient, comme si je parlais toute seule. Et encore n'en suis-je pas sûre, puisque même si c'est par peu de personnes, et qu'a priori elles ne me sont pas hostiles, elles ne m'en voudront pas, celles qui me lisent. D'ailleurs si elles me critiquaient, sur le fond comme sur la forme, jamais je ne leur en voudrais, et je serai prête à discourir (en intello de salon ?) Je repense à une anecdote : quelqu'un un jour m'a cité un extrait du journal de Gide : "Ce jour, mangé deux œufs, dont un mollet". Nous nous sommes esclaffés et avons dénigré la phrase du bonhomme.
Je pensais à cette phrase de l'écrivain et à ses remarques inutilement dînatoires quand je pris en photo hier un saladier et des feuilles de pissenlits : enfin ! mon saladier, décoré desdits, prenait sa fonction idoine et ça me fit sourire. Souvent l'image chez moi se marie aux mots et c'est pourquoi j'avais, à tout hasard, pris cette photo. Allais-je en parler, allais-je montrer un truc aussi ridicule ? Je le fais, puisque j'en parle. Et façon l'instagram que pourtant je critique, genre bol de céréales du petit déjeuner, je conjuguerai avec les pissenlits jaunes en photo.
Oui, jaunes, et différents de ceux, verts et crénelés isocèles, qu'on ramassait dans les champs, parents enfants, pour en faire des salades dont j'ai oublié le goût. Je me rappelle une de ces cueillettes qui fut effroyable, et dont les images, dispersées, floues et elliptiques, ne dessinent dans mon souvenir que les lignes d'un vague puzzle à pièces manquantes qui accentuent les trous du tableau. On cueille des pissenlits dans un champ. Je sens la fraîcheur, crépusculaire. Mon père. Le couteau qui ripe. Dans son pied, encoche vive près de la petite bosse. Du sang. Trop. Du ralenti. De la lenteur. Du silence. Des cris. Blanc. On oublie tant des souvenirs qui nous font mal. Pas tous malheureusement. Mon père était seul à conduire, est-on rentrés ainsi, avec sa blessure qui pissait le sang ? Je ne sais plus. Ne surnage en moi que cette blessure ouverte, cette béance, cette peur, et une atmosphère dramatique pour l'enfant que j'étais alors.











