Chronik (22)

Publié le par Nikole

 

Samedi 16 avril

  (clic ! et ça s'ouvre !)

Chronik (22)

 

 

    Seule au logis aujourd'hui et l'impression de posséder le monde, d'avoir un territoire. Je n'ai jamais vécu seule.
Même si ça n'a rien à voir, me vient à l'esprit un autre manque très ancien : n'étant pas allée à l'école maternelle quand j'étais petite - à la campagne, à mon époque, on t'accueillait à quatre ans et on te mettait dans un coin dans la classe des grands CP, avec des jeux éducatifs et un bout de tableau avec des bâtons à aligner - je me rappelle mon chagrin quand j'ai vu, ensuite, tout ce qu'on faisait faire de chouette à mon petit frère qui lui, y alla - dans l'intervalle, une classe supplémentaire s'était ouverte - ... curieux que je mette ces deux choses sur le même plan.

 

* 

 

Chronik (22)

 

 

    Regardé "Un balcon sur la mer" par morceaux, en récompense, à intervalles réguliers, de choses domestiques faites. Un très beau film, que j'ai eu envie de voir  bien que je n'aime pas beaucoup l'acteur principal. Pourquoi ? Je ne sais pas. Je reconnais cependant que son jeu y est fort bon. Et que le film a beaucoup de  charme.

 

Dimanche 17 avril

    C'est Pâques, et aucune sensation d'un jour particulier, religieux ou non.
Perdu certains tableaux des rêves de ma nuit
. Cela dit qui peut en trouver agréablement racontable le récit ? Ils n'ont de sens que pour soi. Ma mère encore. Installée dans l'hôpital où je vivais depuis longtemps, j'ai tout à coup, à la fin du songe, été étonnée qu'elle ne me téléphone pas. Je l'ai fait. Elle tenait des propos incohérents. Et ne me reconnaissait pas. Je cherchais alors, de loin, à contacter des voisins inexistants, sans numéro de téléphone, puis la police, alors occupée ailleurs. Cette nuit, ma mère s'est éloignée. M'a échappé.

 

   Les heures avançant, un spleen, une colère larvée s'est enflée en moi, contre moi. Sans repères. Alors pour repaire, l'oubli et l'évasion, dans les image et les mots. Pas les miens. La lucarne grise. Bleue plutôt, de la couleur du rectangle quand on éteint la première barrière. Neil Young d'abord, que je trouve cohérent dans ses démarches politiques. Sincère en tout cas. Je me suis ensuite diluée dans la bio de deux actrices. Et dans un film sans réel intérêt si ce n'est que je reconnaissais immédiatement une de mes chansons au générique qui avait la bonne idée de commencer par une variante du School's out d'Alice Cooper.

 

 A. Cooper cover

 


    Le soir, le "Tartuffe", avec Michel Bouquet. En hommage après sa mort. Un peu sceptique sur la mise en scène et le jeu de certains acteurs. J'ai décidément du recul avec le théâtre, pourquoi donc, alors, ce besoin d'en faire ? Pas révisé mon texte d'ailleurs, j'avais tellement de mal à me concentrer ! Boule de nerfs. Mauvaise humeur sans objet révélé.

 

Lundi 18 avril

 

    Tiens, je crois que j'ai rêvé du père. Et, ailleurs et à un autre moment, je savais où j'étais ! Dans le soleil et la clarté, je remontais toute la rue jusqu'à ce qu'on appelait l'Hémicycle, à Châlons. La Marne brillait en contrebas. Tout le long des trottoirs, une sorte de marché clairsemé présentait des petits objets à vendre. Je ne me sentais ni triste, ni en colère.

 

    J'aime bien les jours fériés : outre le fait que je sois contente qu'IL respire d'avoir une journée où il n'a pas à subir ces jours-là l'énervement lié à son travail quotidien, je constate la tranquillité des rues, le passage moins incessant des véhicules, ce petit air de fête du ralentissement des gestes dépêchés.
En tombant ce matin au ptit dèj -télé- sur une cloche qu'on installait dans une église italienne, je me suis dit que je ne les ai pas entendues hier, dommage car j'aime beaucoup ce son-là ; on l'entend dans le début d'une chanson de Kate Bush : j'aime (les deux : elle, ses chansons). Le sourire des gens regardant ce mastodonte entouré de rubans festifs m'a réjoui l'œil en même temps que ce symbole de liesse l'oreille. Je n'entends là-dedans rien de religieux, seulement une félicité de village, une gaieté de France d'antan, comme ... comme dans mon enfance, peut-être aussi. Angélus. Quelques minutes de ces cloches-là m'ont fait plaisir.

 

 

 Kate Bush, A sensual world


(il me plaît qu'en anglais le mot monde et le mot mot soient presque ju-mots)

 

    L'émission suivante évoquait le monde des parfums, à Grasse. Et la sphère luxueuse y attenant. J'ai fermé. Les parfums ne m'intéressent plus beaucoup. D'autant qu'ils n'ont plus la chaleur ni la profondeur des parfums d'avant. Avant quoi ? Avant qu'on n'utilise plus des matières organiques animales pour les confectionner. On y gagne sur ... j'allais écrire l'humanité, mais on y perd sur l'authenticité (et nos souvenirs, aussi). C'est un peu comme la différence entre le son vinyle et le son numérique ... un peu plus d'abstrait, un peu moins d'âme. Sans parler de parfums définitivement disparus qui faisaient partie de moi, comme "Opéra" de Coryse Salomé, ou Lancaster (dont j'ai connu la version abstraite). Je ne reconnais plus "Femme" de Rochas que j'ai porté des années durant. Et même si je peux apprécier certaines senteurs aujourd'hui, c'est beaucoup plus léger en sensations ; beaucoup trop artificiel pour ce que j'en attends, de la profondeur des sensations.

 

Chronik (22)

 

* 

    Entendu cette phrase d'A. Mnouchkine : "L'enthousiasme c'est tout sauf bête, c'est être capable d'être envahi par les dieux". C'est important le choix du vocabulaire. Les mots reflètent le monde. Celui de toutestous et celui de soi. Un jour je me suis aperçue que même athée ou agnostique, on employait des expressions incluant une forme divine ; depuis je m'efforce de ne plus utiliser des expressions que l'on utilise sans se rendre compte qu'au fond elles sont loin de notre conception du monde : Dieu seul le sait, bon Dieu ou Vingt dieux !

 

Mardi 19 avril

      C'est la Mer rouge quand il saigne ! Il semblerait que dans mes rêves soit douce la violence et ça me semble étrange. Sinon pourquoi serais-je restée de marbre, sans aucun trouble, quand, à côté d'un homme et tous les deux dans une rivière jusqu'aux genoux, l'eau est subitement devenue rouge en tourbillons légers, tandis que je me rendais compte, placidement, que cet homme, silencieux et pas plus inquiet que ça, découvrait qu'on venait de le castrer sans que nous nous en apercevions ni l'un ni l'autre. Métaphore d'une vie où on nous coupe l'herbe (sous le pied) ou autre chose (ailleurs) symboliquement et sans qu'on s'en aperçoive avec toute la douleur que ça devrait engendrer ?
"Carrie, sors de ce corps !"


    Je me bats avec le texte de Molière, et stresse tous les mardis jusqu'à l'heure fatidique de l'atelier. Que va-t'il rester de ce que je passe des heures à réviser ? Comme un mantra, et même sans la cloche à la main pour appeler ma suivante, je m'entraîne à la même grimace et à la même intonation qu'a Caubère dans le film sur Molière en reprenant, la bouche distendue : Toinette ! Toinetteeeeee !!
Ça me fait du bien, mais je dois être monstrueuse à voir ! Heureusement, on ne me voit pas !

 

 Jeudi 21 avril

    Hier je n'ai pas regardé le débat des deux Ma-Ma : à quoi bon ? à quoi mauvais ? Ce qui ne m'a pas empêchée de rêver d'eux, heureusement en une seule image : une scène de théâtre (le salut ?) et tous les deux de chaque côté des autres acteurs, avec un petit tablier rouge. Pfff, mes rêves sont vraiment trop sages. Sages ?

 

Vendredi 22 avril

 

    Suis tombée par hasard sur "L'Opportuniste" de Dutronc chanté à la fois par le père et le fils, et cette version était vraiment belle, en particulier parce que les voix des deux chanteurs s'accordent admirablement ; d'ailleurs, leur ressemblance égale celle de leurs physiques ! Bon, faut pas rêver, je n'ai pas trouvé cette version-là, je m'en remets donc à un ersatz de icelle, pas si mal, mais où malheureusement le fils se contente d'accompagner le père à la guitare.

 

 

Samedi 23 avril


     Rêves (nocturnes) d'errances, de péniche qui s'éloigne avant que je puisse m'en servir comme tremplin pour gagner l'autre rive. Cette sensation étrange, aussi, de se mettre à sauter, et de s'arrêter dans son élan, pour ne pas mourir noyée.

 

    J-1, pour un entre-deux tours où je n'ai délibérément rien suivi de ce qui se disait et passait. Pas besoin de ça. Il m'est évident que le roitelet va l'emporter, sans parvenir à imaginer le moins du monde quel score de re-pose sur le trône va faire la décision de celles et ceux qui vont voter pour lui. Mais ce résultat en dira long sur ce que nous sommes.

 

 Alice Cooper, Elected

 

    Dernier jour avant la même chose. Demain choisissez votre maladie : macronite aigüe ou marinite aigüe, la peste ou le choléra, Charybde ou  Scylla : choisissez votre chute ... votre récif ... votre iceberg ... mon bateau blanc est amarré au port. 
Et près de la mairie, l'indécrottable ennemi anonyme du roitelet, sur la nouvelle affiche, a encore frappé ! Plusieurs fois.

 

 Chonik (21)

 

 

Chronik (22)

 

 

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Z
Dujardin, comme Depardieu me filent des boutons, alors je les zappe !!! Y'a pas de mal à se faire du bien et il n'y aurait pas de bien à se faire du mal...<br /> Très bonne soirée
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L
"Je n'ai jamais vécu seule"... Cette phrase m'interpelle toujours (la plupart des femmes que je connais sont dans ce cas). Je ne sais pas ce que je serais si je n'avais pas vécu seule plusieurs années. Par choix, même s'il n'était pas totalement conscient à l'époque. Réponse à un besoin profond, savoir qui j'étais, apprendre à ne compter que sur moi, avant tout sur moi-même. Manière de répondre (inconsciente aussi) au manque de confiance inculqué dans le milieu parental, mis en doute au fil des lectures... serais-je capable? Seule, on est libre d'être soi-même, totalement, on se découvre, et on prend conscience de son "unicité". C'est important, je crois, en tout cas ça m'a servi, notamment à m'ouvrir plus aux autres. <br /> Si je n'avais pas appris à vivre seule, je n'aurais sans doute pas été capable de vivre la vie que je mène aujourd'hui sans m'effondrer, tant physiquement que moralement. 
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P
ça me fait toujours drôle quand tu appelles Jupi-Manu " le Roitelet" .<br /> Immanquablement , je pense à cette marque de fromage , Le Roitelet, qu'on devait voir beaucoup plus dans le temps que maintenant. les rachats de boites , et les alliances groupes agro-alimentaires ont eu cette merveilleuse initiative : <br /> l'image ne passe pas , désolé !<br /> Je pense que ça colle parfaitement avec son état de produit marketing, que tu soulignais fort justement. Issu d'un groupe financier important, il fut conçu et réalisé par La City, qui nous l'a parachuté, avec un peu de monnaie, via  ce phénoménal ennemi de la Finance qu'était ce Faux Mage de Hollande . Le statut de "produit"  du Roitelet, même s'il est blindé de défauts , arrogant, méprisant et en poste à la tête du pays pour le meilleur et pour le pire , m'arrache un sourire malgré tout car il est , et reste, un produit des financiers qui peuvent aussi le destituer quand ils le voudront....son discours désincarné , artificiel de la  première majuscule jusqu'au point final, faussement habité d' "Humain" , continue à en  leurrer plus d'un. c'est dommage. Il est vrai que l’opposition qu'il rencontre lui donne le jeu facile, et son habileté a faire croire qu'il fait participer les foules ( convention citoyennes et tous artifices  de comm' ) renforce mon gout pour  cette vieille phrase facile : " La dictature , c'est " Ferme Ta Gu..e." , et la Démocratie , c'est " Cause Toujours ".<br /> Chacun voit la rue du Cherche-Midi à sa porte. Ou à 14 heures . c'est idiot , mais aujourd'hui , un rien m'amuse.
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A
Tu dis tellement de choses, sur quoi rebondir ? Et le plus souvent je n'ai pas envie de commenter, juste envie d'écouter tes Kropnik.<br /> Mais imagine toi que moi non plus je n'ai pas entendu de cloches, et cela m'a manqué.
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F
Carnet de route fort intéressant. Il y a très très longtemps, lisant "Le journal d'un curé de campagne" de Bernanos, j'ai eu l'envie immédiate de commencer à rédiger le mien. Je n'en ai pas écrit la première page. Trop paresseux. En lisant ton texte, je me disais que c'est dommage de ne pas plus souvent mettre sur papier le "sérieux" (et le moins sérieux) qui nous passe par la tête. Je t'envie de savoir le faire. Je crois que, vu mon âge devenu canonique come on dit, je n'aurais plus l'agilité mentale nécessaire pour le faire. Tant pis. Bises. 
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C
la nostalgie de l'enfance émerge dans tes rêves, la mère, le père, l'école maternelle, ces temps où la vie nous protégeait dans notre inconscience  ... et puis l'eau s'est troublée de rouge, castration de nos libertés ? que sais-je ... quitte à voter pour Macron si j'étais Française, tout pour éviter la montée au pouvoir de l'extrême droite  ... Nous voyons où ces partis frères ont conduit Pologne et Hongrie ...<br /> amitié .
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B
il y a une maladie plus grave que l'autre, nous ne sommes pas si mal lotis en France et voter et choisir permet de préserver notre liberté. le parfait est utopie. je ne pourrai arroser les fleurs du balcon, ni vivre en ville en immeuble. la deuxième photo est magnifique. douceur troublante comme souvent vos photos.. pour rétorquer sur " roitelet" en étant un peu vulgaire: j'aime bien parce qu'il a des c... , il tient tête, ne se laisse pas démonter,  il est jeune.. et respectueux de sa femme en plus..<br /> aller, bon dimanche
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G
Vive les chronikoles et les indécrottables !
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B
Dutronc Père et fils vivent en Corse.Jacques avec ses chats près de Calvi dans un village près de la mer et le fils très bon guitariste anime bien des soirées sur la côte occidentale de l'île. Je les aime bien tous les deux et ensemble. Mais Jacques ne s'éveille plus depuis longtemps à 5 heures du matin.<br /> Bon dimanche
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T
Il    n'  est   pas   rare    que   j'aime beaucoup  un   chanteur  pour    ses    chansons   mais  que   je   déteste   le   personnage,   comme  Gainsbourg   par   exemple !<br /> Je   privilégie  toujours   les   reportages   sur   la   nature pour    sa    capacité    de  renaissance,   et    sur   les    animaux    qui    ont     l'  excuse    de   l'instinct.<br />  Pour   la   politique,   on    peut    attaquer   ceux    qui    ont    eu   les    commandes,   et    dont   on   voit   où  ça  nous    a   mené,   difficile    de    critiquer   celle  qui  qui  ne   les    a   jamais   eues.<br />  Bon   dimanche<br />  Amitié<br />
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C
Un plaisir de lire ta chronique-journal, loin des préoccupations de vos élections (quoique informée car c'est inévitable), je rebondis donc sur "les mots reflètent le monde". Donc, ne pas fêter chez moi Noël ni Pâques dans une logique de non croyants, ne protège pas des innombrables "Joyeux Noël" ou "Bonne fête de Pâques"...haaa, que répondre? <br /> Bon dimanche.<br />  
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