Chronik (24)

Publié le par Nikole

 

Lundi 2 mai 2022

 

Chronik (24)

    Réviser !

 

Mardi 3 mai

 

     RÉ-VI-SER !!!

Chronik (24)

 

Vendredi 5 mai

 

    Apprendre un rôle théâtral est une lourde tâche. Dans un mois, à deux jours près, le sept juin, nous jouerons "Les Femmes savantes" dans le théâtre à deux  pas de chez moi. Et c'est peu de dire que nous sommes même "à peu près" prêts. Certes un mois ce peut être long. Ce peut être aussi très court. D'autant que cette année nous ne sommes jamais au complet, au fil des semaines. Heureusement qu'on peut jouer par bouts, et en dehors, par petits groupes (ce que d'ailleurs je ne fais pas, je révise dans mon coin). Je suis pétrie, même si ce n'est que par moments, de culpabilité. De ne pas répéter plus, de ne pas répéter tout le temps. Et puis ... et puis je doute ... chaque fois, je doute ... parce qu'en fonction des jours, des humeurs, le texte, je le dis de façon différente, au moins un peu, et aussi que je crains les blancs, les trous de mémoire le jour J. Moi qui déteste cette expression, "mettre en danger", quand elle ne concerne pas un danger "vital", je me prends à craindre de mettre en danger "psychologique" les autres par une erreur déstabilisante pour eux. Honnêtement, je le crains aussi de leur part pour moi. D'autant que c'est moi qui ai insisté pour que nous jouiions en juin, et non en octobre, argüant du fait que nous devions rompre le cercle infernal du long no-théâtre-land dû au covid, et ignorant de quoi serait fait l'avenir à moyen terme. Ils se sont rendus à mon argument d'urgence, et normalement ç'aurait dû nous motiver ardemment. Ce n'est pas ce que je ressens, mais un certain fatalisme mou de l'instant. Que je ne dénigre pas, j'en fais partie, mais personne ne s'affole ; cela dit, c'est ainsi que ça peut fonctionner, sans affolement, en unissant pierre après pierre le petit bâtiment de notre construction de spectacle. J'en parle, j'en écris, comme si tout cela me rendait implicitement malheureuse, mais ce n'est pas le cas : personne ne m'oblige à faire ça, et depuis toutes ces années, combien ? sept, huit ? je ne sais plus, les dernières semaines de préparation sont toujours fébriles ; mais même avec le plaisir de faire, ce n'est pas une situation tranquille, et c'est remettre sans cesse en cause ses capacités, sa tentative personnelle à faire émerger quelque chose qui nous est forcément important, si on le fait. Leitmotiv de mézigue : "L'année prochaine, j'arrêterai sans doute". Leitmotiv de réponse d'IL :"Bien sûr, comme d'habitude ...". Et pourtant, chaque fois, je suis sincère. Qu'est-ce qui me pousse à re-faire, sans cesse ?

 

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Samedi 6 mai 

     Des songes rêvés bien des heures avant, quand on les évoque au crépuscule, que reste-t-il ? Une ou deux images, quelques sensations : un chemin perdu bien que dans un mouchoir de poche, un décor de fête moyenâgeuse ou ressenti comme tel, une oppression, un groupe de nonnes inquiètes et détachées, des filles qui chantent dans un mariage, habillées de tulle blanc évanescent avec des sous-vêtements d'un rose appuyé presque fluo. Et moi qui au milieu de tout ça, déambule ...

 

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Dimanche 8 mai

    À quoi bon, "aujourd'hui", fêter un armistice, en fêter "un", quand on sait, la mort dans l'âme, que ce n'est qu'une seconde d'hypocrite hommage dans un monde où sévit partout, interminablement, une guerre, des guerres, où toujours périssent celles et ceux qu'on oblige à mourir ; toutes ces guerres qui sont "seulement" engendrées par la bassesse humaine, sa cupidité, sa soif inextinguible de pouvoir. J'ai une pensée constante, pleine de compassion et d'amour, oui, d'amour, pour tous ceux-là qui se battirent pour bâtir (j'espère qu'ils y ont cru, au moins, sur le moment) un avenir qu'ils souhaitaient clément pour les leurs.

 

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(Félix Valotton, Le Cimetière militaire de Châlons)

 

Mercredi 11 mai

     Je ne devrais pas laisser courir les mots qui me traversent de jour en jour de part en part. J'ai un immense plaisir à écrire et je me laisser déborder par la vraie vie. Même si écrire est aussi, tellement, pour moi, la vraie vie. Ma vraie vie. Monde d'images et de mots, telle est la maison intérieure que je veux habiter, et où j'aimerais tant inviter.

*

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    Pfff, un aller-retour chez mon dentiste lointain pour rien : l'inlay core ne convenait pas, il n'avait pas été parallélisé ... bon ... en fait je râle mais ça ne m'a pas coûté (enfin, le métro, quand même !) vraiment puisque ça m'a offert l'occase de tomber à République sur quelques affiches lacérées qui ont attiré mon attention. Un jour peut-être il n'y en aura plus à photographier ... de plus en plus sont "conditionnées" sous verre ...
Celle-ci, par exemple, qui m'a fait travailler l'imaginaire (l'image a été cropée et colorée ainsi par moi):

 *

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    On peut faire, parfois, tout dire et son contraire à une image. Même si on peut penser à de la danse, on pourrait suggérer aussi qu'il soit prêt à lui en mettre une, de danse, le poing ainsi levé et l'expression du visage étant ambigüe. Cela pourrait être corroboré par le fait que la femme, sans visage, n'existe plus. Machisme ? La lacération a annulé une partie de son apparence à elle, mais aussi la partie de l'homme où se trouvent ses caractéristiques les plus organiquement masculines. Je me demande comment est perçue cette image, et son "résultat", par d'autres que moi.

 

Jeudi 12 mai

    Curieux ce paradoxe nocturne d'une certaine conscience dans un état qui se devrait d'être inconscient : Je me souviens avoir dit dans mon rêve que ce n'en était pas un vrai, qu'il était inintéressant, car j'y voyais défiler sur l'écran d'une télé des gens, acteurs s'il m'en souvient, dont je me moquais éperdument. Et cela me contrariait ce manque de relief, d' "aventure" dans une vie parallèle. Un rapport avec ma vie réelle ? avec ma vie théâtrale ?  Peut-être. Certainement. Mais je ne sais quoi penser de cela. S'ennuyer dans un rêve, faut le faire ! Je déteste d'ailleurs ce mot, ennui ... une sensation que sans l'analyser, j'éprouvais enfant, l'ennui d'attendre infiniment que quelque chose, "quelque chose ?" de magique tombe sur moi de je ne sais où. La notion d' "ennui" est de celle qui me gêne aux entournures, comment peut-on s'ennuyer avec tout ce qu'offre à faire la vie ?

*

 

    Je suis d'ailleurs étonnée de n'avoir point fait de cauchemar cette nuit, après cette vision, dans un film, de deux hommes enfermés dans une cloche de plongée au fond de l'eau. Une des morts les plus insupportables à mon cerveau que celle d'une personne ou enterrée, ou "emmerée", ou "ensilotée" vivante. L'horreur absolue.

   *

 

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    Flottaison. je passe beaucoup de temps à mélanger les heures et les jours, j'oublie des rendez-vous où m'y rends sans les avoir. La vie de quelqu'un qui n'a plus de contrainte horaire journalière a des dates une approche un peu distendue. Mais quel plaisir cet espace temporel changé, ce regard souriant et contenté à la fenêtre d'une terrasse tandis que défilent inlassablement des véhicules dont je ne veux pas savoir où ils vont ni d'où ils viennent.

 

Vendredi 13 mai

    Sommeil lourd et sans rêves, ou plutôt sans leur souvenir, probablement. Relâche de tension inconsciente, d'inquiétude constante, même pas forcément forte, mais toujours instillée en moi, pour "les miennes" et "les miens" que j'aime. Je voudrais que mon cœur plein d'amour puisse suffire à les rendre heureux et légers.

 

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A
Dis-toi que la pièce sera ce qu'elle sera, le mieux que vous puissiez faire, que vous y mettez tout votre coeur et advienne que pourra. Que cela demeure un plaisir, une belle aventure commune.
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B
tes photos me perturbent et me posent très souvent questions; donc artistiques. bonne journée
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B
j'ai horreur du théâtre; quand j'ai passé le bac, je n'avais rien lu des oeuvres présentées Molière racine etc... heureusement j'ai eu la chance de tomber sur les fleurs du mal qui me faisaient frémir d'émotion, j'ai eu 16... mais que l'on puisse s'y éclater sur scène, je comprends. J'aime ton univers " trouble " photographique... comme un dissimulé artistique..
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C
on ne s'habitue jamais au trac d'avant une première même si on est un habitué de la scène <br /> tu verras qu'un jour on interdira tout affichage ...<br /> j'aime la conclusion de tes chroniques "que ton coeur plein d'amour puisse les rendre heureux" <br /> amitié .
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P
J'aime beaucoup ton analyse de cette période de l'Avant spectacle , avant - représentation théâtrale .sans jamais jouer, j'ai participé a plusieurs titres très différents , avec des copains de Lycée ( lumière/éclairage ), avec des collègues Infirmiers et Patients ( recherche de fonds, supervisions en tous genre d'activité exterieure avec des personnes suivies en psy/hospitalisées ).....l'angoisse est là , présente  comem le reste de la troupe.<br /> Mais , à la différence de toi, si ça n'existait pas l'année suivante : ça me convenait tres bien. Et comme pour tant d'autres choses , la question importante a laquelle il faut répondre pour comprendre ce qu'on fait Là, Ici et Maintenant, n'est pas "pourquoi je suis venu" , mais   " pourquoi je reste , ou pourquoi je reviens "... Quoiqu'il m'en coûte ...<br />  
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D
Qu'est ce que j'aurais le trac. Je suis trop timide pour me lancer dans une telle entreprise !
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M
Bravo pour cet engagement à interpréter un rôle dans cette pièce...point d'inquiétude, même des acteurs de métier ont aussi des"petits trous de mémoire" qu'ils arrivent à compenser...<br /> Pour ces commémorations, mon coeur est lourd en regardant toute cette terre "brûlée" que l'on nous montre au quotidien, touts ces victimes innocentes, ces soldats qui deviennent pires que des bêtes sur le terrain...oui, j'ai mal...<br /> Bises de Mireille du sablon
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Z
Chroniques d'une vie, avec ses bassesses, ses grandeurs, ses joies et déceptions... Je me dis en regardant derrière moi et comme le disait Confucius, " L'expérience est une lanterne attachée dans notre dos, qui n'éclaire que le chemin parcouru ", que rien ne nous donne les clés de ce qui reste de notre avenir... Hélas...<br /> Très bonne journée<br />  
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T
J'ai    déjà    du   mal   à    me  souvenir   des   paroles    d'une    chanson    même   si    je   l'  apprécie,     alors,    me   lancer    dans   une   pièce   de  théâtre,  ce  serait   impossible.<br />  J'ai   toujours    eu   beaucoup   d'  admiration   pour  celles    et  ceux   capables    de    se  souvenir   des   textes !<br /> Le    quinquennat    précédent   m'  a    définitivement   dégouté   des    commémorations,   qui   servent   surtout    à   se   montrer pour   ceux    qui    les   présentent   ou    les   organisent,    et   à   tenter    de    s'  attirer   des   votes  !<br />  Quand   à    parler    d'  armistice,   quand   on   fait   tout    pour   déclencher   une    nouvelle   guerre   mondiale !!!<br /> Passe   une bonne    fin   de  semaine<br />  Amitié<br /> <br />  
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