Chronik (28)
Mardi 21 juin
Ce n'était pas dans mon intention d'évoquer la fête de la musique aujourd'hui. Et puis, après un des derniers cours de théâtre de l'année, nous avons bu un verre à "l'Abreuvoir" le bien-nommé, tout près de chez moi, et malgré la foule, le bruit et au milieu des chansons, j'ai trouvé ce moment tellement agréable ! Atmosphère familiale, bon enfant, festive. Et puis, j'aime bien quand les choses se passent pas loin, dans mon quartier, qu'on peut tout faire à pied. J'en avais oublié le léger désagrément du jour, cet agacement nerveux dans les dents, qui heureusement ne dure jamais longtemps, et qui ce soir s'en est allé. Mais pas très loin. Je m'inquiète si facilement de ce que ressent le corps.
Il fait chaud. J'ai vaguement du vague à l'âme, et je ne sais pas pourquoi. Une année "scolaire" s'achève, pas de quoi être triste pourtant. Mais cette idée, toujours, de pages successives qui se tournent ...
À propos de ladite pièce, j'ai oublié de vous mettre en lien le blog où vous pourrez voir les photos la concernant -faites par Jean-Luc (Méline)-. On peut sur cette même page voir la vidéo du spectacle -faite par Henry (Mêlet)- si ça vous chante (je rappelle que j'y joue le rôle de Philaminte -robe noire-lunettes-natte-) : le tout, c'est ICI.
Je ne suis allée qu'aujourd'hui déposer ma plainte au commissariat, il fallait attendre la récapitulation de la banque. La fille qui a rempli le papier était née à Châlons, dans la même ville que moi, à l'époque où, comme pour moi, c'était encore "sur Marne" et pas encore "en Champagne". Je ne pensais pas parler ce jour de la Porte Sainte-Croix. Souvenir de place ensoleillée avec son faux arc de triomphe.
Je ne suis pas la seule à "vaguâlamer". Ma chère Toinette du deuxième aussi (moins X moins = +). Nous avons bien fait d'aller, avec Kathy, déjeuner il y a quelques jours dans ce petit restau tenu par Sophie (proche de feue notre metteuse en scène), "Le Goût du sablé", où nous avons apprécié et la grande salade fraîche et colorée et un moment d'humeur festive, longuement, en terrasse ombragée, pendant un jour très chaud.
Mercredi 22 juin
J'évoquais hier des mélanges d'instants plus et d'instants moins ... ce qui fait la vie en somme. Les uns permettant de vivre plus facilement les autres. De relativiser. Tempérer. Il faut bien le partage, car c'est de cela qu'il s'agit, de partage de vie d'amour et d'amitié pour ne pas transformer en montagnes nos taupinières ...
Contre mon gré, la moindre alerte de santé m'inquiète au plus haut point, m'imaginant tout de suite le pire, et la douleur, et l'irréversibilité. Les trois. Je ne vais parfois chez ma toubibe, en cas de manifestation négative curieuse et soudaine de mon corps, que pour qu'elle me rassure : "Non, un cancer ne se manifeste pas ainsi ; ni une crise cardiaque ; un épisode chronique n'est pas grave en soi, etc." J'ai beau me raisonner, y'a rien à faire, je replonge chaque fois avec une peur "reptilienne" dont j'ai honte, mais incontrôlable ! Le très positif dans tout ça, c'est que chaque fois qu'une douleur passe, qu'un dysfonctionnement s'arrête, je revis en rendant grâces à mon corps, à sa vie, LA vie, à sa force malgré tout, on dirait bien ...
Je parlais aussi de Toinette : à plus de quatre-vingts balais, elle s'est mise à re-fumer, ce dont je ne la blâme pas en soi, mais je l'enjoins vivement à le faire moins, quand même ... un paquet, tu déconnes ... et toi aussi Kathy, qui as replongé au truc tout pareil ... Les plaisirs nocifs sont des plaisirs qu'on ne peut se refuser sans cesse, mais tout est (devrait être) dans la mesure, toujours ... la mesure, avec démesure ... l'équilibre entre le nuisible et le réconfortant. Le corps et l'âme. Subtile mathématique. La quadrature du cercle ?
Jeudi 23 juin
J'aime le petit matin. Le recommencement du monde. Son silence essentiel. Cette sensation renouvelée à cet instant de vie ouvert à l'heure de l'éveil que tout est encore à jouer. Que quelque chose est toujours possible. En ce moment-là précis, j'ai l'impression que tout est en pause, et qu'il ne tient qu'à moi que le merveilleux, à nouveau, se mette en mouvement. Comme si j'étais réellement maîtresse de ma vie. Et ça s'appelle l'Espoir.
Vendredi 24 juin
Et j'aime le profond de la nuit, aussi. Cet instant où, après des paupières lourdes d'une lecture dont on ne voit plus que les caractères sans comprendre leurs sens, à la frange du sommeil où l'on est déjà, et où, après des images entrevues de semi-rêves, on abandonne, on décroche avec plénitude, fatigué comme après un travail bien fait, corps tourné rituellement sur le côté, le pied posé sur le mur frais ... on se laisse tomber mais comme dans du coton, on s'abandonne à un gouffre bienfaisant, et l'on jette, pour un temps, tous les doutes, les peurs, les questions, les tracas, les ennuis ... la porte est fermée, on est libéré ... jusqu'aux lueurs renaissantes de l'aurore.



