Correspondances
Comme de longs échos qui de loin se confondent ..., écrivit Baudelaire, je me vois souvent des souvenirs qui s'imbriquent les uns les autres en se répondant ... symboles, éléments de puzzles.
clic !
Me rendant à pied à l'université quand j'étais étudiante, il y avait juste avant de tourner vers la place Godefroy de Bouillon, un vieux magasin tout terne, presque toujours fermé, d'antiquités : objets, luminaires. Chaque fois, mon regard était attiré par deux petites lampes aux lourds abat-jour opaques en verre travaillé, que je me plaisais à imaginer sur des tables de chevet. Comme je supposais ces objets très chers, et que je croyais, à l'époque, avoir tout le temps pour faire les choses, je ne suis jamais entrée, entretenant un mystère et une attente sans doute un peu ridicules, craignant quelque déception, m'imaginant assurément que le rêve est parfois préférable à la réalité. Et puis un jour, les lampes avaient disparu de la vitrine, et aujourd'hui encore, je regrette de ne pas avoir approché leur lueur nocturne.
clic !
Cette année à Arles, devant cette vitrine fermée, l'évocation précédente a surgi dans ma mémoire avec une force inouïe. Je revoyais les anciennes opacités comme en un songe réveillé. Et pourtant, rien à voir, je m'entendis dire tout haut : les mitres !
C'est que, comme souvent dans ma façon de vivre les souvenirs, une seconde image venait de se superposer à la première, celle d'un tableau.
Je suis, ado, tombée en admiration profonde pour le personnage et le monde onirique de la peintre Leonor Fini, qui pour moi a toujours incarné le talent pictural de la représentation du mystère, la beauté et la Liberté. Aujourd'hui, même si mon élan est plus doux et mon attirance moins vive, je suis, encore, quelque peu troublée par son art.
Cherchant, dans mes bouquins, la toile que je me souvenais représenter une rangée de femmes sous des conques opaques, sans plus de précision que ça, je tombai sur cette page :
clic !
Et découvrais le titre qu'elle avait donné à cette œuvre, en 1967 : Les mitres permanentes.


