Couture

Publié le par Nikole

 

Reprise

 

  Il était six heures et je me suis éveillée. Le mécanisme des corps a des ressorts insoupçonnés. Reprise de fils rafistolant les échancrures des vacances et les trous des absences. En contrebas de ma ville dans le monde du travail c'était le branle-bas de combat. Au moins celui des véhicules de tous genres roulant sans interruption dans les rues et sur cette portion d'autoroute rejoignant le périphe. Quelle vie avaient donc tous ces gens qui, avant potron-minet, étaient déjà en pleine agitation obligatoire pour gagner ou tenter de le faire leur pain quotidien ? Je me mis à sourire toute seule : le pain quotidien m'évoquait la religion, et je tentais depuis un certain temps d'extraire de mon vocabulaire les termes appartenant au domaine : foutreciel, c'est qu'il y en a une blinde.
Par la fenêtre scintillaient encore aux poteaux du pont les boules bleues des fêtes. J'ai toujours trouvé ça ridicule de garder encore un peu ces décos qui n'ont plus lieu d'être une fois qu'on a passé un nouveau seuil annuel. En plus, autant j'aime le bleu, dans certains contextes, autant il  me paraît froid, presque incongru, quand il est lumière artificielle.

 

CoutureCouture

 

 

 

 

 

 

 

 

 


La veille, j'avais démonté (descendu plutôt) le
sapin, fière de moi qui, laxiste, suis déjà parvenue à le garder par paresse jusqu'à presque Pâques. Ma vie est un effort constant ... chacun son Everest, disait une pub, et fille de plaine, la moindre colline me donne le vertige. J'ai pris tout mon temps pour défaire les boules argentées, dorées, rouges. La lenteur, quand elle est possible, est mon luxe, et je l'assume de plus en plus. J'ai fait le bonheur du vieux chat malade fasciné par le va-et-vient des brillances de l'arbre au saladier où je déposais les fragiles objets. Dehors, ce matin, le rouge et le doré supplantaient largement les frêles boules bleues urbaines qui s'éteindront quand s'ouvrira le jour.

Je me suis installée quelque temps, celui du café et de la tartine, devant la télé. Mais arte animaux du matin ne me faisait pas rêver, ce n'était pas une encore nuit où j'avais envie de voir, par-dessus les toits, passer les oies sauvages, alors j'ai zappé en ne tombant que sur des conneries et des infos sans intérêt ni vérité en exergue, puis fermé. Forçant la saison, je suis allée, le cou protégé par une énorme écharpe, fumer un bout de clope sur la terrasse froide, comme si c'était un matin d'été. Une fois de plus, j'ai remercié une bonne étoile me permettant de prendre un peu de temps vacant avant de continuer la journée, à sentir sur moi le froid donc la vie, aussi, et m'offrant le privilège insensé de pouvoir sourire, là, simplement, quelques instants, sans arrière-pensées noires, avant l'interstice du jour et de sa lumière.

 

Couture

                                                                                   © L'oeil du Krop

 

Post-editum : quand même, cette musique-là ...

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
Couture  ??? Charles et Lee ??<br /> ok, elle est nulle ....
Répondre
S
je me reconnais souvent dans ce que tu écris...de mon vocabulaire je tente d'ôter les mots "religieux" et ayant trait au "travail" dans le sens où nous l'avons intégré, je tente d'y mettre d'autres signifiants comme dirait l'autre, je tente de redéfinir pour moi et pas pour les autres, car le collectif me gonfle de plus en plus
Répondre
P
Étonnant, je viens à l'instant de défaire le sapin de Noël, j'ai parlé aux guirlandes, aux boules et autres menus objets décoratifs noëlesques en leur souhaitant un doux repos jusqu'à la fin de l'année.<br /> C'est bon de pouvoir prendre le temps, c'est un luxe que je savoure chaque matin depuis que je ne travaille plus, et j'en profite toujours pour remercier le monde de m'offrir un tel cadeau. Bises, douce soirée et caresses au minou.   brigitte
Répondre
L
L'hiver offre ce privilège délicieux d'être levé(e) avant l'aube... Je m'aperçois en te lisant que je le goûte encore plus intensément en cette saison. Ce temps de solitude sereine est précieux parce qu'il est compté (même lentement). <br /> (((Tu sais sûrement qu'en levant le nez assez souvent vers le ciel, on peut apercevoir, en octobre novembre, puis dans l'autre sens en février mars, le V bruyant des oies sauvages, depuis Paris...)))<br /> Je t'embrasse <br />  
Répondre
E
J'aime bien le com du Mousquetaire... et la réponse...<br /> Oui, c'est fascinant ta façon d'écrire les choses simples... on a vraiment l'impression d'être avec toi. Je hume (avec gourmandise) le parfum de ta cigarette... je caresse la déco et le Chat... <br /> J'ai tenu parole : jamais plus !... (ni le Chat, ni la cigarette)... le renoncement c'est le début de la vieillesse...
Répondre
L
Je goûte toujours autant tes propos : tu dis tout sans vraiment dévoiler autre chose qu'un moment intérieur. Tu as le chic pour trouver la bonne formule qui fera passer ton message. Côté photos, je regarde ton matou enceint dans sa collerette. ce n'est pas sans me rappeler Cachou, toute en poils noirs, au regard étincelant et en même temps tendre. Elle me manque beaucoup, mais je m'en tiens à la décision de n'avoir plus de chat : trop douloureux quand ils disparaissent.  Oui, j'aime ce que tu écris, tout en douceur, profond, ponctué d'expressions parlantes. Tu as un sacré don. Alors pour cette nouvelle année, je te souhaite de nous délivrer des messages parlants, empreints d'une douceur expressive et de ta vision particulière aux sonorités qui ne sont pas sans me rappeler certains poèmes.
Répondre
T
Pauvre chatoune. Belle reprise à toi ! J'étais sur Paris aujourd'hui en coup de vent j'ai pensé à toi en voyant les affiches déchirées...
Répondre
B
L'a une drôle de tête le chat avec sa collerette Henri IV, sur ça ne lui plaît pas que tu démontes le sapin !C'est bien tu vas avoir de la place dans ton salon pour répéter ta pièce de théâtre puisque tout est en avance ...<br /> Joyeuses Pâques et bonne soirée. :-))
Répondre
C
c'était hier, mon jour de douce farniente, où quand-même j'ai défait les décorations festives, pour qu'aujourd'hui je puisse rendre à la maison ses allures normales ... la prochaine séance sera carnavalesque Binche oblige le mois de mars cette année, à prendre son jus d'orange pour battre le pavé aux sons des tambours  ...  pour le reste, il est bon de prendre le temps de vivre comme on peut, quand on le peut ...<br /> amitié .
Répondre
M
Dommage de ne pas avoir d'appareil photo pour te montrer ce que je vois de ma fenêtre. Après mon message, j'ai pensé : est-ce qu'ils attendent la fonte des neiges pour tout enlever ? Je n'ai jamais remarqué... Je vais prendre note, particulièrement une maison de la rue Rocheleau qui, chaque année, décore pour Noel deux ou trois mois avant le temps. Ici aussi, on vend les trucs de fêtes bien avant la date. Ainsi, pour ce janvier, ce sont sûrement les présents pour la Saint-Valentin qui seront en vitrine.
Répondre
M
Petite info à propos des décorations du 25. Certaines gens du Québec décorent leurs maisons en... octobre.Tu passes par les rues par un soleil d"automne et tu vois les lumières, les guirlandes et le père Nono.J'ai toujours pensé que ces bizarres se refusaient à sortir quand il y avait de la neige, afin de décorer.
Répondre
P
Bel éloge de la lenteur, et je souris car je suis venue faire une pause ici juste après avoir défait mon sapin... Je n'ai jamais tenu jusqu'à Pâques, mais fin janvier oui...   :)
Répondre
C
Jolis mots pour des matins souvent gris. J'aime "l'interstice du jour" quand on y prend, oui, le temps d'y rêver un peu.
Répondre
M
..à part la cigarette que j'ai usée il y a bien longtemps, c'est le genre de lenteur que j'aime de bon matin...Bonne reprise!<br /> Bises du jour<br /> Mireille du sablon
Répondre