Dérouler

Publié le par Nikole

 

Morts et vies

 

- Tomi Ungerer est mort, me dit Léonie. Il est vrai qu'il était vieux.
Je me suis souvenue qu'on était allées voir ensemble un film sur lui ... c'était il y a ... si longtemps que ça, me prouve mon billet de l'époque ! C'est vrai, beaucoup de gens meurent, et vieux, c'est normal, c'est le cycle de la vie. La roue tourne, dit-on encore. Images de cercles, de boucles bouclées. On revient au point de départ.
Chaque mort qui nous touche nous renvoie à nos disparus, et aussi à notre propre mort, sans doute ; sans aucun doute.
Il y a peu, les obsèques d'une vieille dame, même si je ne me la remémore pas vieille, m'ont troublée, et même plus, m'ont arrêtée. La mère de cette amie que je connus à l'adolescence, en ce temps-là.
Cela faisait des années et des années que je ne l'avais pas vue. Mais elle avait eu sa place dans cette époque de la vie où l'on est, peut-être plus qu'en d'autres temps, à fleur de peau.
La cérémonie avait lieu dans une autre ville, j'ai pris un train très tôt le matin. Il faisait noir encore. J'ai voyagé dans cette fin de nuit calme, intermédiaire, avec, rares, quelques réverbères sur le chemin.

 

Dérouler

 

Mais le cerveau et le cœur, a fortiori, ont des voies labyrinthiques. Pourquoi est-ce qu'au cours de ce très long chemin à pied entre la gare et le crématorium, je lâchai, envahie de solitude, d'angoisse, de fatigue ? Pourquoi l'oppression, le cœur qui cogne, le sentiment de gêne intense qui ne se calme pas, qui empire, au point d'avoir peur de mourir là, abandonnée, au bord de la route ? Quel dépit de se retrouver aux urgences d'un hosto, à passer des examens, avec, encore, en plus de la tristesse, le poids de la culpabilité de ne pas être avec eux, là-bas, pour partager et dire adieu à une autre Nicole, en même temps qu'à une page supplémentaire du passé ?
- C'est bon, vous n'avez rien, dit-il . En tout cas pas "ça", pas "là". Alors, qu'est-ce que j'ai ?

 

Je suis redescendue vers la gare où j'ai attendu, glacée, inerte, statique, amorphe, dans le froid, le train du retour. Je me suis alors réchauffée et j'ai tenté de faire le vide, de calmer le trouble et le doute. Et je n'ai plus voulu y penser.
Je suis rentrée et il faisait presque nuit. Les réverbères avaient été allumés.

 

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M
Si je n'avais pas l'océan à proximité, je ferais malaise sur malaise... Vivre auprès de lui prolonge l'existence. Viens...
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S
Meme éteinte,la Lumière reste toujours allumée quelque part .....Prends soin de Toi,Nik' ....Bises .....
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P
Le grand Tomi est parti mais il laisse derrière lui beaucoup de cadeaux, de belles traces... Les gens qui nous quittent laissent aussi les leurs, plus ou moins profondes, et quand elles sont profondes, nous sommes secoué(e)s, tu en as vécu la douloureuse expérience... Ainsi va la vie ! Bises.  brigitte
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X
Il est des moments comme ça, où l'on a l'impression que la vie nous glisse dessus ; une "drôle" d'impression d'être dans une autre dimension... On reste las, planté, "triste comme un menhir". Mais toujours debout...
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E
Sans voix je suis...Quelle fidélité à l'amitié pour vivre une journée pareille !...<br /> Je ne connaissais pas Tomi Ungerer... Je t'embrasse Nikole.
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L
A chaque disparition, ma mémoire se met en branle et me donne des coups de griffe. Pourquoi la mort nous perturbe-t-elle au point qu'on peut sombrer dans l'inconscience ? Peut-être une manière de se protéger... Vraisemblablement, une fatigue à laquelle nous ne prêtons pas attention suffit, alors la moindre nouvelle accentue nos émotions et notre cerveau devient incapable de gérer autrement qu'en s'écroulant. Il y a refus des évidences quand elles nous touchent de trop près.<br /> Apparemment tu as eu un malaise et tu as dû t'écrouler. Le passage par l’hôpital a été rassurant, alors tant mieux. Prends soin de toi chère Nikole.
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F
Je m'approche de la dernière ligne droite et je ne veux pas y penser. Je m'échappe...
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P
le cœur brisé n'est pas toujours qu'une image.....et des chocs émotionnels comme celui ci sont parfois redoutables .<br /> Prends bien soin de Toi .<br /> Et si j'ai moi même  moins connu cette "autre Nicole" que toi, la lecture des avis de décès dans la Gazette régionale (à laquelle je reste accroché), m'a aussi filé un sacré choc.<br /> Les années Lycée, celles où l'on est, comme tu le dis si bien "à fleur de peau" , viennent à nouveau carillonner à la porte de ma mémoire .....pour rappeler sournoisement que 45 ans ont passé...<br /> Et comme Time waits for no one , la question de plus en plus obsédante reste Who's Next ?<br />  <br />  
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M
... je peux comprendre ton angoisse. Il m'est arrivée de ne pas pouvoir dire adieu à des personnes que j'ai connues, incapable de retrouver la foule dans le même lieu...Bises du jour<br /> Mireille du sablon
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C
c'est drôle comme un corps peut réagir au-devant de l'émotion, ses façons de faire me surprendront toujours, comment se fait-il que parfois nous soyons tellement forts à pouvoir se surpasser? alors qu'à d'autres moments tout se vide en nous, nous faisant croire au pire ?<br /> ouf toi il n'y avait rien? du moins pas là et pas ça !<br /> amitié .
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C
Noirceur et lumières. je ne connaissais ce monsieur Ungerer, vais chercher.<br /> J'ai également remarqué qu'il y a des morts, proches ou lointains qui, pour l'époque de la vie où nous les avons connus, les choses que nous avons vécues avec eux, nous touchent et poursuivent à des degrés divers. Tu le dis si bien!
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T
On reste connecté avec ce qui se poursuit, ce qui s'arrête et les histoires qui nous ont accompagné. Grand artiste.
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