écrit
L'île
La bibliothèque de la classe, verrouillée, habitait un vaste pan de mur, derrière les pupitres du fond. Ses clefs brinquebalaient parfois, accrochées à la ceinture de cuir du maître, imbriquées à celles qui ouvraient l'armoire à pots de mesure en étain et d'autres les cabinets réservés au corps enseignant.
La vitrine, inaccessible, me semblait receler tous les trésors de la tête et du cœur. Vaste basilique de verre, elle était une image vivante, précise, claire et ordonnée de tout ce que je devrais savoir un jour.
Notre semaine terminée, une fois notés les devoirs de conjugaison à faire à la maison, et juste avant de nous faire sortir, le maître distribuait, au hasard, les livres d'une ou deux étagères, nous enjoignant solennellement à ne pas dépasser un délai de quinze jours pour notre lecture, sans quoi nous serions de fameux fainéants.
Un dimanche de hasard chanceux, je m'abreuvai avec délices d'une oiseuse histoire romantique qui me tira des larmes de bonheur. Le lundi matin, l'espoir d'un autre plaisir surmontant le repli de ma timidité, je quémandai un nouveau livre, avouant piteusement comme j'avais lu vite celui-là. Le maître alors, jaloux peut-être d'une passion qu'il sentait naître et que lui n'avait sans doute jamais vécue, me fit copier cinq cents fois au futur simple, et à la forme négative, le verbe mentir.
ar©hives du Krop
