Éternels retours
Samedi. St-Trojan.
Dernier petit dèj au "Nautile".
Les hôteliers : Ça va ?
Moi, grommelant : Nan ...
Ils sourient : ?
Moi : Jour arrivée, va, jour départ, pas va, grmmmpf !!
Ils rigolent.
J'arrête de faire ma tronche de sale vieille gamine. Il fait beau et quelques heures restent suspendues avant le départ. Aller voir l'océan encore, garder de l'île ces instants-là en dernier, l'espace bleu, l'espace blanc, la chanson des vagues et du vent, l'air pur, si pur! la lenteur est de plus en plus relative au fil du chemin du jour, la lutte entre le chant du rossignol et celui de l'alouette de plus en plus fatigante ... allez, encore un peu ... et ce moment où à tout ça, on tourne le dos ! Chaque fois, à chaque retour de cette émotion-là, récurrente et éternelle comme la vague, j'ai l'impression d'en faire des tonnes, le sentiment à la fois chuchoté et violent est pavlovien, la lutte inutile. Passés l'auto-photo rituelle -nous, ici, épinglés avec un drôle de sourire- et le dernier snack à "La Fabrique", je deviens lourde et je commence à être silencieuse. IL sera libéré de mon piapiatage habituel pendant des dizaines et des dizaines de kilomètres, jusqu'à ce qu'enfin se réduise puis se dissolve, heure après heure, la sensation d'abandon.
Comme elle est longue, la route qui nous ramène à la grande ville sonore, rapide et presque agressive ! Non qu'il ne soit pas agréable de revenir chez soi, mais c'est un choc de mondes. Même si je puis éprouver quelque honte à avoir des états d'âme de vierge effarouchée face aux chocs mondiaux qui se jouent par ailleurs. Mais justement, curieusement et égoïstement, être là-bas, et à cet endroit-là, et ce n'est pas pour rien que je parlais de parenthèse, avait réussi à occulter, inconsciemment, les problèmes d'un monde réel ! Oléron m'aura été de plus en plus une île (une pont-île ... donc pas complètement isolée) où je me sens protégée, où je me sens à l'écart, à l'abri ... elle est une longue respiration tranquille pour se remettre de tout, alors qu'ailleurs ça tachycarde à tout va. Le monde est malade, mon île est un élixir.


