Kronik (46)
Jeudi 20 octobre
Cortisone, et mon corps tisonne ! La toubibe m'avait prévenue des effets secondaires possibles des corticoïdes, que j'ai presque tous eus, mais par vagues intermittences : joues rouges, hoquet, excitation : à l'atelier-théâtre, si j'ai pu faire rire, lors des impros, sous mon avalanche de mots, on m'a quand même fait remarquer que j'avais joué comme un rouleau compresseur, sans laisser à la parole de l'autre le moindre espace ... bah, faire rire, ce n'est déjà pas si mal !
Vendredi 21 octobre
Découvert cette phrase quelque part, peut-être sur un blog : une phrase que je fais mienne, de plus en plus.
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"Spectacle" désagréable à deux pas de chez moi. Et l'envie immédiate de coller des baffes aux vandales, en général. Rapidement, heureusement, tout aura été nettoyé, en attendant que soit remplacée la vitre. Combien de temps cette encore calme ville de proche banlieue ne sera-t-elle pas abîmée par des cons ?
Samedi 22 octobre
Sur la rive, frange entre l'eau et le sable, entre le rêve et le réel, une paire de ciseaux au bec d'oiseau coupait d'un cri cassant le fil entre les deux mondes. Les yeux ouverts progressivement, j'eus, imprimé en ma conscience, ce grand bec sécateur cisaillant la chanson réellement cadencée oiseau-fenêtre-air-matin-chambre. Un chant douloureux et sec comme je n'en avais jamais entendu !
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Dîner avec Toinette. Son whisky mon vin. Ses clopes furieusement recommencées. Une cigarette, oui, de temps en temps avec elle sur la terrasse, pour partager nos propos parfois fumeux. Des rires. De la joyeuseté. Lâcher prise, pour le coup. Oublier le temps et transformer les petits tracas véniels de la vie en anecdotes pleines d'humour et de distance !
Dimanche 23 octobre
Quelquefois, je ne croise pas Toinette pendant des semaines ; d'autres fois, pendant des jours, on se suivrait presque, involontairement ; et là, après cette soirée ensemble, je la retrouve le lendemain à la terrasse d'un des cafés du coin. Nouveau partage et petites courses ensemble. Ma chère Toinette du deuxième, ma "deuze". Dans l'immeuble, où la plupart des gens se saluent, "urbains", comme dirait Léodagan (dans "Kamelott"), on est plusieurs à se causer comme des voisins (qui s'entendent) à la campagne. Toinette, a propos de cette cambrousse que j'évoque parfois, même si son éloignement (une campagne "rêvée" et sans doute fantasmée) m'attire autant qu'il me fait peur, m'a glacée en me disant, mi-figuefugue mi-raisinraison, d'attendre qu'elle "parte" pour partir. Bien sûr, elle riait, bien sûr, je lui disais que je la vois bien centenaire -ce que je pense réellement- mais cette tendresse, sous quelque forme qu'elle se soit montrée, m'a bouleversée.
Lundi 24 octobre
Regardé un film de René Clément sorti au cinéma en dix-nef-cent-soixante-dix : "Le passager de la pluie" : Marlène Jobert, petite jeunesse rousse habillée de blanc à la minauderie sérieuse, oiseau d'aspect fragile mais résistant (pliant sa force sans la rompre) et un Charles Bronson au jeu senti, par moi, comme un peu décalé, hors des rails, presque faux. Je me souviens avoir beaucoup entendu parler de ce film, à l'époque, mais sans doute ne l'avais-je pas vu, car aucune image, aujourd'hui, ne m'a semblé reconnaissable. Charme des vieux films, des antiques téléphones pour qui les a pratiqués avec leurs roues de numéros, des vedettes redécouvertes dans leur jeunesse.
Mardi 25 octobre
Chaque matin devrait être promesse de joie et espérance d'une nouvelle lumière. Ouvrir ses branchies à l'océan d'un monde qui, sans cesse, se renouvellerait vers le bleu, plutôt que vers le noir.
La vie, la mienne, le dedans, je pourrais l'écrire plutôt que le marcher, peindre le passage dans mon être (Montaigne disait : "Je ne peins pas l'être, je peins le passage", c'est une phrase qui m'habite, aussi). Pourquoi, mais pourquoi donc écrire, écrire ... "ses détails"? Vanitas vanitatis ? Le cher Jean Teulé, qui racontait des histoires en souffle puissant, se moquait avec fantaisie de ces littératures décrivant un mal de genou de page en page. Mots tournés à soi versus mots tournés vers les autres ? Question-bateau voguant sur l'incompréhension humaine ? Pourquoi écrit-on ? Pourquoi est-ce que, quoi qu'on écrive, parfois, ça nous taraude ?
Je me souviens toujours de cet extrait du Journal de Gide qu'on m'avait cité : "Mangé deux œufs, dont un mollet". Instagram de l'époque : parler de son bol de céréales ou de la cuisson baveuse de son omelette. Je m'étais moquée alors. Or, j'ai plus qu'à mon tour l'impression de faire la même chose, plus ou moins. À quel moment sa propre écriture rejoint-elle quelque chose d'universel chez l'autre, ou chez l'Être Humain partout où qu'il soit ?
(photo A G-C)
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Une nouvelle qui me réjouit : alors que les jeunes connes et cons qui ensoupent et ensaucent les œuvres des musées me mettent hors de moi, j'apprends que lors d'une manifestation de leurs actes débiles dans une concession automobile, le directeur les a laissés englués dans leur colle toute une nuit en fermant la lumière et baissant le chauffage ! Bravo ! Enfin une saine attitude face à l'insanité. Et si ça pouvait servir d'idée aux autres, en attendant de les foutre au gnouf quelques autres heures, qu'est-ce que ce serait chouette ! À la bêtise crasse et absurde de ces jeunes stupidissimes, il faut répliquer par des "arguments" solides, en accord ! Et toc ! Bande d'hypocrites évoquant la cause climatique alors qu'ils ne cherchent qu'à montrer leur sale tronche d'enfants capricieux pseudo-rebelles ; les vrais rebelles "vertueux" ne sont pas là. Les tout petits pas rigolos, eux, trouvent grâce auprès de peu de gens, mais quand même ... paraîtrait que la Sandurine Rous-sotte les défend : ça ne m'étonnerait pas de la part de cette femme sous-développée, dangereuse, gonflante. La "déconstruction", c'est son truc !
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Vu un reportage sur Edvard Munch, qui créa tant d'autres œuvres que l'unanime "cri" ; je me réjouis d'aller voir son expo avec mes deux copines d'antan-Nancy qui passeront quelques jours avec moi, entre pias-pias, mange-mange, Atelier des Lumières et autres cultureries choisies et petits-déjeuners tardifs empreints de rire et de bonne humeur. J'ai vu jadis une expo de ce peintre à Beaubourg, dont la vie, l'art, les douleurs, m'avaient fort impressionnée ... j'avais oublié ... la présente ouvre d'autres champs : la précédente parlait d'anti-cri, celle-ci parle d'anti-nature ... dommage que ce soit à Orsay : si je trouve belle cette ancienne gare, je n'aime pas ce quartier, ni les longues files d'attente de l'entrée.
(Munch, doc de ma bibl.)
"Mon art est une confession que je fais de mon plein gré, une tentative pour tirer au clair, pour moi-même, mon rapport avec la vie... C'est au fond une forme d’égoïsme, mais je ne renonce pas à espérer qu'avec son aide je parviendrai à aider d'autres gens à se comprendre." (Edvard Munch)








