Kronik (49)
Lundi 7 novembre
clic ! clic !
Après des mois, non, des années, car les absences se sont succédé pour diverses raisons de la part de la prof, j'ai recommencé le pilates en salle, et non plus sous ma propre gouverne, d'ailleurs abandonnée par démotivation paresseuse, même si j'avais tenu longtemps. Je me suis aperçue ce midi que mes gestes n'allaient plus aussi loin, que mes postures s'étaient affaiblies ... difficile de se corriger soi-même. J'ai souffert, un peu, mais avais oublié que le cours passait si vite, alors qu'auto-géré, ça devenait un pensum ...
Mardi 8 novembre
Des matins qui diffèrent. Des matins qui se ressemblent.
clic !
Mercredi 9 novembre
IL s'endort très vite, épuisé, et je le regarde dormir. Longtemps. Je voudrais tant qu'il aille bien. Je sursaute. Sans se réveiller, il gémit et porte la main à son œil abîmé : pourvu qu'à la gêne ne s'ajoute pas la douleur. Quand je lui demanderai, au réveil, s'il a le souvenir de cet épisode, il me répondra que non, qu'il n'a pas mal, et que c'était probablement un rêve en rapport avec le problème oculaire survenu il y a quelques jours : ouf !
Pendant que sa main, dans son sommeil, se posait en conque furtive sur son œil, instinctivement, j'imbriquai soudain mes mains comme pour une prière et invoquai des forces telluriques mystérieuses qui délivreraient son ciel interne droit des lourds nuages noirs arachnéens qui l'obstruent !
clic !
Matin. J'ouvre un œil, puis les deux, le regard tombant sur la femme de mon mur qui scrute l'horizon. IL dort en oubliant un temps la toile-d-araignée-en-cet-instant-perenne qui tapisse son champ oculaire interne droit. Je voudrais que dix jours aient passé, et qu'au bout de ce délai, il ait retrouvé un horizon clair à découvrir ; je suis si inquiète pour lui et la fatigue, le stress engendrés par cette saloperie !
*
Café culturel-arte : découverte fort plaisante du travail pictural de l'artiste autrichien Alfons Walde : la télévision pourrait être tellement positive, si elle ne glorifiait pas sans cesse les blas-blas redondants stériles, les cagoles encanardées des lèvres et seins gonflés à l'hélium, et les animateurs débiles qui se la pètent : argent sale et parole vénéneuse distribués au Mal ; injustice ; vanitas vanitatis et monde indigne, sans valeur ni morale. Pourquoi donc tout est-il incessamment dévoyé ?
*
Par la fenêtre, des gens attendent le bus. Une tête fortement penchée ...
clic !
Jeudi 10 novembre
Il faut toujours s'adapter aux circonstances : mon amie Claudy bloquée à cause de la grève des transports tous azimuts sise céans, nous profiterons de sa présence un jour de plus !
Hier, en revenant d'aller la chercher, dans les couloirs du métro (qui fonctionnait régulièrement), je suis enfin retombée sur des affiches lacérées (gare de Lyon): coucou ! mais brrr !
clic !
*
Il faut toujours voir le bon côté des choses : la grève des transports nous garde Claudy un jour de plus, et les réunions amies, c'est bien dans la chaleur de tout : échanges, balade le long de la Marne, repas ; du coup, allez, cuisinons en ce jour :
- midi : crevettes-lait-coco-pâte-de-curry-poivron-oignon-riz
- soir : endives-gratinées-béchamel-jambon-oignons-compotés ; pour une fois, je ratai ma béchamel, restée quasiment liquide, ce qui donne un graphisme peu appétissant à la mixture, mais croyez-moi sur parole, c'était moche, mais c'était bon.
Ensuite, comme un bébé protégé et au chaud, plaid aux pieds, je glissai dans un sommeil doux entre mes deux comparses, devant un téléfilm policier très moyen qui apparemment ne parvint pas à retenir mon attention.
Vendredi 11 novembre
La boulangerie au petit matin, tout près, alors qu'il fait encore nuit : privilège de la ville, de la confortable proximité de certaines choses. J'aime tant l'atmosphère silencieuse, endormie encore, de cet instant-là. Les instants agréables, même minuscules, simples, comptent toujours double dans mon plaisir de vivre : où ça ne va se nicher, l'optimisme ?
Au milieu de la nuit et de la pièce sombre, l'insomnie, pourtant rare, s'était enroulée autour de moi qui, patiemment, attendais qu'elle déserre son étreinte et me rende une liberté ; elle finit par m'abandonner à la légèreté du sommeil, puisque je rêvais encore.
*
Plus tard, en revenant d'accompagner Clau à la station de métro, j'ai remarqué des attablés devant des cafés et des téléphones, de concert ou l'un attendant que l'autre déverse son regard vers elle plutôt que vers son jouet numérique. Je ne comprends pas pourquoi partager un petit-déjeuner en se comportant comme si l'autre était un fantôme, semblable ou différent : ce monde me trouble, m'attriste, m'énerve. Addiction généralisée.
(Au café, yeux dans les yeux avec toi!)
clics !
Tellement contente de voir ensuite quelqu'un déambuler le nez sur un papier, je l'ai saisi pour équilibrer les plateaux de la balance. De loin, l'homme semble consulter un passeport.
clic !
*
C'est le jour de l'armistice et oui, j'ai une pensée émue pour TOUS les gens qui se sont battus et sont morts pour défendre leur pays ; quand je vois ce que ce pays devient, est devenu, j'ai mal aux tripes et je n'ose imaginer comme ils souffriraient en constatant ce qu'est devenue cette nation-là, via les gouvernements successifs et leur gestion insane, à vau-l'eau et dans le sillage de quelques potentats mondiaux d'une cupidité et d'une idéologie qui me navrent.
*
Ma grande cadette a commencé les quelques cartons-sas-vie-alternative qu'elle pourra caser dans un autre lieu et une autre ville que le nid douillet d'ici, transportée dans le studio de son copain en commençant une vie avec lui, pour tenter de DEVENIR. Je mesure la taille de la montagne qu'elle a dû et doit encore gravir pour se "résoudre" à cela. Certes, elle le fait plus pour moi que pour elle, et je sais le déchirement qu'elle vit de se lancer dans une existence adulte parce que sa mère souffrait tant, visiblement, de lui voir, indéfectiblement, les ailes engluées au corps et à l'angoisse. Malgré l'effort titanesque, ces ailes d'ange, maintenant, je les vois commencer de se détacher pour un envol progressif, et lui suis infiniment reconnaissante d'avoir enfin ce courage-là, essentiel, qui, même si elle ne le voit peut-être pas (encore), dessine sur elle la légèreté assumée des traits qui ont enfin accepté une décision quasiment vitale, à un moment ou à un autre.
Comme d'habitude, elle se prend la tête, partagée entre la méticulosité (voire le pinaillage) et la rigueur (voire le rigorisme), pour "faire bien" ses cartons comme tout le reste. Je traîne mes pas de temps en temps vers la chambre ouverte et la regarde en souriant, un objet dans chaque main, balançant sur telle ou telle chose à prendre ou à laisser, incertaine et résolue, forte et fragile, entre deux vies, entre deux larmes, entre deux rires, me regardant du coin de l'œil avec tant d'amour, quand elle m'aperçoit. J'attends qu'elle ait fini, je la prendrai dans mes bras plus tard, inutile de la troubler davantage ...
*
Regardé "Je vais bien, ne t'en fais pas" à la télé : beau film ; j'y ai admiré le jeu de Mélanie Laurent. Des autres aussi d'ailleurs, contente de voir pour une fois, comme trop rarement, quelque chose de qualité ... bon, c'était sur une chaîne à pubdem...., donc film tronçonné coupe-suivi : je ne m'y étais pas prise assez à l'avance pour mettre sur pause.
Le film était tiré d'un roman d'O. Adam, que j'ai vu un jour dans une émission littéraire ; j'avais détesté certains propos tenus par l'écrivain, mais comme je ne sais absolument plus lesquels ...
Samedi 12 novembre
Éveillée à cinq heures et demie, j'ouvre la fenêtre noire. L'habitant oiselier trille déjà ses premières gammes, puis s'arrête. Je ne parviens pas à me rendormir. Comme de plus en plus souvent, une forêt de mots me submerge, comme les photos végétales déployées en accéléré : je suis recouverte d'alphabets virtuels qui m'enferment dans leur gangue.
Les mots. Les mots. Les mots. Les mots. Qu'est-ce qu'on a tous, avec cette araignée tendue vers l'Azur, qui nous court dans les doigts ? !
Je me dégage : le café et les tartines m'attirent ; LE CORPS !
*
Je retourne au chaud du lit, pour lire un peu sous la lampe. "Claudine à l'école" : estomaquée par le décalage entre mon attente de quelque chose de "bien" -Colette, quand même- en me disant qu'il faut avoir lu certains auteurs classiques ; mais cette fille qui se la pète dans un style que je trouve convenu-autocomplaisant me déçoit depuis que j'en ai commencé la lecture ; je continue pourtant.
*
Parallèles synchros. Je parle beaucoup d'araignées, en ce moment, et pour cause. Dans Colette, je tombe là-dessus :
clic !
*
Et puis, au Jeu de Paume aussi ! Gasp, nous sommes cernés par les arachnides !
*
Soit je perds la boule, soit mon ordi accumule les bugs ... ne me lâche pas, toi, support que je souhaite pérenne de mon expression éphémère. Je dois oublier de valider du texte car je me retrouve avec des manques en étant persuadée d'avoir bien fait. Ré-écrire sur du papier avant toute chose ? Pourquoi pas ? C'est d'ailleurs étonnant que moi, si rétive aux machines, je n'écrive que sur ordi !
Peut-être s'échapper un peu ... envol !
clic !













