Retrouvailles

Publié le par Nikole

Travail saisonnier

 

Retrouvailles

 

C'est sur la liste chaque mois d'août, je remets un peu le nez, les yeux, les mains sur mes étagères bourrées de livres, empoussiérées, pleines de mystères. Je tombe sur des livres cherchés, oubliés, égarés, je redécouvre. J'ai envie d'ouvrir mais je me freine ... déjà que c'est lent ... je repense au livre de Perec Ranger, classer, où il passe en revue les différentes façons d'organiser une bibliothèque ... c'est vrai c'est si illogique, quelle qu'en soit la méthode. La quadrature du cercle. Comme, en ce qui me concerne, je ne vais pas démonter un meuble si bien arrimé, ni pousser les murs puisque de toute façon la place est insuffisante, il faut, sans devenir fou, faire au mieux, au moins pire, ôter par paquet les couches, les rangées, les bouquins posés à la va-vite par inadvertance, répartir, pas forcément complètement par domaines ... ne pas trop se poser de questions ... faire avec ...

 

Retrouvailles

 

Curieusement, je suis tombée presque tout de suite sur ce livre :

 

Retrouvailles

On peut y lire le nom de Jean Teulé, dont je parlais dans mon billet précédent, dans les auteurs.
J'avais presque oublié ce livre-là, et je l'ai emporté avec moi dans la chambre.
Des textes, des photos en noir et blanc, des témoignages. Les mots "suranné", "enfance", "passé" m'ont assaillie.

 Les seuls paradis sont ceux que l'on a perdus. À commencer par la jeunesse. (Proust)

 

Une page est assez troublante pour moi, c'est cette photo de Laurent Fignon (né un mois d'août, mort un mois d'août) assortie d'une autre, glissée à la même page, d'un proche cher (né la même année d'ailleurs) avec lequel une certaine ressemblance est indéniable ; en tout cas il y a quelque chose.

 

Retrouvailles

 

Je me suis couchée avec le bouquin aux échoppes et revécu des souvenirs très anciens. Revu le minuscule antre de la vieille qui nous vendait des caramels à un centime. En sortant du collège, je passais devant et m'arrêtais parfois. La porte glonguait clochettes et je voyais sur la gauche s'entrouvrir une porte où, intriguée, je jetais un œil curieux : la petite dame claudiquait lentement en délaissant un instant le café qu'elle sirotait, et venait piocher dans les tout petits bonbons carrés à papier bleu, rose ou jaune en échange de ma pièce de cinq ou dix centimes. Retournait à sa bouche d'ombre étouffante et sombre, au moins dans ce qui me reste d'images.

Je me suis couchée avec le bouquin et je n'ai pas pu dormir. La lumière éteinte, je me retournais sans arrêt, moi qui m'endors si vite d'ordinaire. Alors je rallumais et continuais ma lecture en regardant les photos de gens qui n'étaient plus, de lieux qui n'étaient plus. Le livre avait été édité en mille neuf cent quatre vingt onze, il s'agissait d'un autre monde, de métiers perdus, en tout cas tels quels, de gens qui en parlaient avec nostalgie ou mélancolie.

Je me suis décidée, les heures passant, à prendre un truc pour dormir, le cerveau et le cœur en ébullition, après avoir découvert quelque chose qui m'a ramenée à la journée de l'anecdote précédente. Un interviewé raconte : ... juste avant d'arriver à la place (de la Bastille) par la rue Saint-Antoine, il y avait là un coiffeur ... à qui l'emplacement frontalier de sa boutique conférait à mes yeux le privilège exorbitant d'être au contact de deux mondes. "Il lui suffit de sortir sur le seuil de sa porte, me disais-je, de tendre l'oreille, et, hop, de tout savoir."
Vendredi, quand j'ai croisé l'écrivain à la photo, j'étais sur la placette qui commence la rue des Tournelles, entre la rue citée et la Bastille. Je me suis demandée avant de sombrer dans les rêves si cette coïncidence, le lieu, le rendez-vous chez le coiffeur -même un autre, forcément- étaient l'illustration consciente, ou inconsciente, de l'ancienne page d'un livre auquel il avait participé, et dont les souvenirs l'habitaient encore.

 

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L
L'arrivée d'une "boite à livres" dans mon village m'a permis de faire du tri dans ma bibliothèque? Du coup j'ai moi aussi rangé tous mes bouquins sans rien changer à l'organisation qui me permet de les retrouver au premier coup d'oeil (ou au deuxième) et de  vérifier que PERSONNE n'y touche. Sinon, il y a l’étagère à coté de mon lit, mais là c'est vraiment le gros bordel entre les bouquins à lire, ceux à relire et ceux qui ont parfois peur de dormir loin de moi ;)... <br /> Si tu recroises l'écrivain, tu pourras peut-être lui demander ce qu'il pense de cette étrange coïncidence... 
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L
Une bibliothèque rangée, je ne connais pas. Les bouquins chez moi s'empilent ici et là dans un beau désordre. Il m'arrive de relie tel ou tel des livres dont j'ai aimé la lecture. A chaque fois, c'est le même plaisir, parce que cela me parle. je note que ces autres lectures me font découvrir un détail qui m'avait échappé. Ou noter des phrases auxquelles je n'avais pas vraiment prêté attention. Oui, un plaisir renouvelé que ces secondes lectures, plusieurs années après.
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M
Tout cela est bien troublant et beau. Tu écris bien.
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B
Mais pendant que tu écris (bien) et que tu photographie (bien aussi), sur ton passe temps du mois d'aout, qui range tout ça ? :-))<br /> Allez on s'y remet, du courage, du courage ...<br /> Je sors, je suis déjà dehors ...
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E
co-incidences... Il a raison M. Teulé, tu es "mignonne" et tu écris bien !
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M
Pourquoi cet espace vide, sur les étagères ? Là où se trouvaient les livres de la première photo, peut-être ?
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M
La photo de la page couverture est ce genre de truc que j'affectionne et que je place sur un de mes lieux.Lire en se couchant est idéal pour alimenter l'insomnie ! Je n'y échappe pas...Au fait, relire ce qui a déjà été lu est excellent, car on y découvre plein de nouveaux trucs. C'est peut-être pourquoi je garde tout, disques et livres, même si, au premier abord, je n'avais pas aimé. Qio sait si quelques années plus tard, la perception n'aura pas changé.
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T
C'est marrant j'ai rangé ma bibliothèque "théâtre" la dernière fois ça m'a pris bien plus qde temps que je ne le pensais... Courage.
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