Symboles

Publié le par Nikole

 

 Symboles


  En fait je la trouve -je l'ai toujours trouvée- assez moche ... cette couleur ... orangeasse d'un côté, crémasse de l'autre (comment était-elle, aux origines, je ne m'en souviens plus !) Elle a une histoire, bien sûr qu'elle en a une, sans quoi je l'aurais déjà donnée, ce qui arrivera un jour, et sera bon signe dans mon histoire à moi, celle de mon esprit, et de mes acceptations ... Bon, d'accord, elle est chaude, grande, confortable, idéale pour le lit des invitées frileuses ou le canapé de quelque patateuse hivernale, certains soirs, mais quand même, cette couleur ... qu'est-ce qui leur a pris ? c'était la dernière en rayon et ça urgeait ? elle fut d'une couleur lumineuse et ensoleillée qui rehaussait le sombre alentour et j'ai oublié ? Je ne sais plus car ça me paraît si loin, tout ça. Sans doute, telle celle, partie, du conte moyenâgeux (c'est-à-dire partagée) cette grande plage de laine ne parvient-elle pas à séparer un présent raisonnable d'un passé -mélangé douloureux heureux mélancolique fort doux mystérieux tant de sentiments diffus s'y glissent- d'un passé de souvenirs dont je ne parviens pas à me défaire, comme si les souvenirs avaient forcément besoin d'un support pour exister ! C'est le sort de bien des objets auxquels on attache une valeur dont on ne sait plus bien si elle est abstraite ou concrète.

  Je me suis décidée à retourner la chercher au pressing : l'avant-dernière fois, quand je suis passée devant, c'était fermé, et ensuite, l'employée était absente "cinq minutes"... j'ai souri ... cinq minutes depuis quelle heure ? Je n'ai pas attendu, je sais bien que ces minutes-là durent toujours longtemps ... La chose emballée dans les bras, presque re-neuve, en tout cas rafraîchie, comme stérilisée, je me suis laissée aller, sur le chemin du retour, aux images qui m'assaillaient.

  J'ai revu des enfants qui jouaient, et puis eux, et puis elle, malade, ou très fatiguée, plongée dans le sommeil lourd d'après une journée de labeur incessant, cette couverture-là remontée jusqu'au menton. Dans son lit. Le lit de mes parents.

 

 Symboles

 

 

 

 

 

 

 

 

La ©ouverture du Krop

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
F
Comme quoi, il suffit qu'une vilaine couleur agace notre regard pour que notre humeur devienne grise et morose ... Florentin
Répondre
L
Au fur et à mesure de ce texte faussement lumineux, le cœur se serre, et la fin n'est pas vraiment une surprise, mais un accord final plein d'émotion contenue... <br /> C'est très beau, et profondément touchant.<br /> Bises tendrement émues
Répondre
B
Quel beau texte, chargé des souvenirs de ce temps là, et pourtant si légers ces mots...
Répondre
P
nous sommes d'une génération pour qui la durée de vie des objets a été un critère de choix primordial pour leur achat. Ton expérience  le prouve<br /> si j’achète  une couverture aujourd'hui, mes enfants , ou petits enfants pourront ils encore , 30 ans apres, en apprécier la douceur te la chaleur ? ( à condition que la couleur leur plaise)  pas si sur .<br />  
Répondre
L
Une chute impressionnante car tes propos sibyllins ne laissaient deviner ce dont il s'agissait. Une couverture, une toute bête couverture de la couleur des feuilles d'automne qui n'est pas sans rappeler les feuilles d'automne. mais quelle couverture ! Celle de tes parents. Rien d'anodin en fin de compte. Et ce sont dans ces objets qu'on retrouve maints souvenirs qui font chaud au cœur et qui nous assaillent sans avertir. Est-ce bête d'être nostalgique ou émotionnellement perturbés par un simple rappel du passé ? Non ! Ce sont nos souvenirs qui nous rattachent à ce qui fut et qui nous a comblés. Beaucoup d'émotion à ce rappel impromptu qui n'est pas sans me ramener quelque 30 ans en arrière pour des souvenirs à la fois tristes et doux. Merci Nikole.
Répondre
C
Une simple couverture, mais la couleur est elle importante quand elle apporte douceur et chaleur? La beauté lumineuse n'assure pas toujours le confort<br /> Amicalement<br /> Claude
Répondre
T
Le point de vue change tout...
Répondre
C
j'ai eu du mal à rentrer dans tes mots, prenant pour objet, le massif de fleurs, la pensée de ton fil conducteur ... <br /> et puis en toute fin, j'ai compris le souvenir bien certain de cette chose fine et chaude aux couleurs d'antan qui tenait chaud à ton enfance : la couverture de tes parents !<br /> amitié 
Répondre