De chez moi
Si loin si près. Du monde et de moi. Des gens. Des espoirs. Désespoir. La vie n'est plus faite que de moments. Kaléidoscope. Tristesse. Gaieté. Douleur. Réparation. S'acheter des fleurs. Regarder la télé. Bruits qui enflent et raisonnent. Crise d'acouphènes. Cortisone. Produit magique. Encore cette fois. Croiser les doigts. Lire. Un début d'autre livre encore. Lydie Salvayre. Le style. Autoportrait à l'encre noire. Sourire : ça ne s'invente pas ! Relire bientôt L'étranger, édition hors poche. Les yeux ne supportent plus bien les petites lettres. Se motiver. À tout. Au cerveau. Mémoire ! Quatre mots par jour puisés dans le dictionnaire à se rappeler le soir. Livres. Mots. Lettres. Chiffres. Tsundoku ET sudoku. Inattendu que la littéraire que je suis a priori préfère les grilles de chiffres aux grilles de mots. Le cadrage. Le contrôle. Le monde des lettres est trop immense. Je m'y perds. J'y perds mon contrôle. Navigue entre la concision anorexique et le fleuve boulimique. Comment parvenir ainsi aux rives d'un livre réel ? Pareil pour les images. Trop. Comment faire des dossiers achevés ? Avec en plus les manquements techniques du traitement. Pour ça, juste un œil je suis. Ma tête est trop pleine de vagues. Ou mon âme. D'ailleurs léger mal de tête survivant au doliprane. Arrêt orange.
Je mange des trucs de fille quand il s'absente un peu. Des betteraves. Des brocolis. Des salades vertes. Tout ce devant quoi il fait des grimaces beurkées. Mais là, la simplicité sans cuisiner. Soupe. Industrielle. Potiron. Poivre et curcuma en sus perso. L'idée me prend d'ajouter une biscotte. Et une fois de plus tilt. Enfance. J'avais oublié. On mettait des biscottes dans la soupe. Je rigole. Je pense à Proust et sa madeleine. D'ailleurs certains textes font état d'une biscotte plutôt que de la petite coque ventrue. On ne saura jamais. La littérature travestit les faits puisqu'elle passe par notre perception.
Motivée à ne pas me laisser. S'occuper du corps aussi. Bouger. Faire circuler la lymphe. Mais sans sortir ? Vacance des activités pendant les vacances scolaires. Trouvé la parade sur conseil. Tapis de marche. Rester ermite. Avancer sur place mais au rythme de la musique choisie. Renforcer ses muscles. Son genou gauche, le maillon faible ! Un gros objet de plus dans mon atelier. Bah, ne te mets pas à penser à ça. Au vide et à ses volumes ! Quoi qu'on dise et fasse, là où l'on vit est le reflet non pas de ce qu'on voudrait être, mais de ce que l'on est. Après, il y a des contraintes ou bien l'on s'en crée. Manque d'énergie. Surtout ça. Gigantesque. En des heures qui sont peau de chagrin. Chaque jour. Et puis habitude. Semi-résignation. On croit toujours à la suite et il faut qu'il y en ait une. Trop de coups de mou sinon. Corps ou cerveau, ça, je l'ignore.
Je ferme souvent les volets du salon. Alternance de soleil et de pluie. L'écran proche s'efface alors ils restent fermés et je ne pense pas à les rouvrir. Lumière artificielle. Sombritude. Le corps est plus au repos à l'ombre. Je vais sortir un peu. Quand même. Me mêler aux autres. Même si paraît qu'ils sont l'enfer. Et voilà que je me prends à citer un écrivain dont, s'il vivait aujourd'hui, j'aurais sans doute détesté la personnalité.
Sortir de mon carré fleuri et m'approcher de la ville. Oui. Un peu. Plus tard ...