AVEC LE TEMPS (30)
Fatigues *
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© L'oeil du Krop
* et vie
Elle s'en est allée ce matin, tout doucement, en s'éteignant comme la flamme d'une bougie qui vacille. Une longue vie qui s'achève. La mort fait partie de la vie, c'est comme ça. J'ai pensé à ma mère à moi, partie il y a longtemps maintenant. Et je me suis mise à songer, non pas à la mort, mais aux fatigues, au corps las qui s'abat dans le sommeil, qui est, après tout, une mort vivante. J'ai revu ma mère, qui abattait chaque jour un travail colossal à la fleur de son âge, qui ne s'arrêtait jamais ("Avec tout ce que j'ai à faire, j'aurai jamais le temps de mourir") et qui, le soir, s'écroulait d'un coup, de sommeil et de lassitude, et tombait, littéralement, sur son lit ("Je ne tiens plus"). Ce matin, l'autre grand-mère, a enfin reposé pour de bon son vieux corps fatigué. Il ne faut pas que ce soit triste, pas vraiment, pas longtemps. On l'a vue, il y a peu. C'était un adieu et elle le savait. De cette journée, si j'ai le souvenir d'une émotion, c'est surtout son air facétieux, et son humour, que je me rappelle, et que je veux me rappeler encore. Il faudra se souvenir de cela. Les souvenirs, ça continue de faire vivre ceux qui ne sont plus là.
