Eklablog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Ruines

Publié le par Nikole

 Ruines

  Ce titre est celui d'une expo du photographe Koudelka à la Bibliothèque nationale de France. Il vient à point nommé en ces temps  pendant lesquels s'affaissent un peu plus chaque jour les ruines de notre civilisation, car il s'agit bien de ça.

  Je me souviens que quand j'étais gamine, je ne comprenais pas l'expression guerre de religion. Je pensais qu'on disait peut-être ça à la place de quelque chose de politique, comment une croyance personnelle et dont on était libre pouvait-elle pousser à se faire la guerre, et qui serait assez irraisonnable pour penser pouvoir contrôler la pensée de quelqu'un et lui en vouloir à mort simplement parce qu'il ne penserait pas comme nous ? Me croirez-vous si j'affirme que je ne comprends toujours pas, aujourd'hui, comment on peut revendiquer ce droit, comment on peut défendre un tel concept aveuglé -ben oui, justement, aveuglé-. Et qui plus est, sans le moindre argument et en utilisant la force ; je ne me remettais pas de cet assassinat de Conflans, et c'est déjà du passé, et déjà d'autres sont morts depuis. C'est tellement fou, absurde, démesuré que j'ai envie de hurler. J'alterne avec les moments où je n'écoute plus rien et ne veux plus rien voir. Simple d'esprit, on a un peu de répit ...   Une image de fiction m'habite depuis longtemps, qui m'avait beaucoup marquée quand j'ai vu le film Conan le barbare, celle de la décapitation d'une mère devant son enfant. Je me rappelle m'être dit en voyant cette image qu'heureusement elle était fausse, et que plus jamais dans la réalité on ne coupait de têtes pour de vrai. Dire que je suis mal à l'aise avec cette pratique, c'est bien trop peu, en fait ça me rend réellement malade, cette façon de sectionner la vie d'un être, de supprimer sa visibilité, son cerveau.

 Clap de fin de séquence ! Promis, à partir de maintenant et jusqu'à la fin de cette page, on ne parlera plus que de l'expo qui prête son titre à ce billet !

                               clic pour ouvrir, merci

Ruines    Ce n'était que la deuxième fois depuis le premier confinement qu'on s'aérait culturellement, et pour une expo photo. Et même s'il a fallu me traîner un peu -mais il faut souvent, voire toujours qu'on le fasse pour me faire sortir- j'ai été contente d'y être, et de découvrir des images du vieux bonhomme que je ne connaissais pas (ces images-là) mais dont j'avais déjà vu des photos à Beaubourg, non mortes, mais avec des gens, ce qui, a priori en tout cas, m'attire davantage. Mais l'expo où nous allions comporterait d'immenses panneaux, dont la technicité de tirage serait parfaite, et dans des conditions d'observation (la presque obscurité) qui aideraient à une contemplation quiète, n'eût été le port du foutu masque, mais la sécurité est à ce prix, et ce qui me grrrr ! l'interdiction de faire des photos ... et ça, ça me met hors de moi, parce que je n'en comprends pas la raison. Bien sûr, rien de tel que cette interdiction pour me donner l'envie de faire le contraire. Allez, vous me suivez (et pour une plus grande proximité avec les images, vous pouvez cliquer dessus ...)?

Ruines  Je reviens un instant sur la défense de faire des photos : jamais on ne nous dit pourquoi, et c'est peut-être ça, le plus agaçant ... rien ne justifie cette interdiction ... soit, on peut se demander quel peut être l'intérêt de faire des photos de photos ... c'est ... un autre regard : de partage ; de différence ; de détail : la photo ci-contre est un extrait de l'ensemble, un re-cadrage, un crop ... notre œil, à la réception, est libre, devrait l'être ; un jeu avec les reflets aussi, qui si souvent ouvrent vers d'autres cadres, au sens propre et figuré, vers d'autres mondes, derrière le miroir. Non, décidément, je ne comprends pas cette interdiction-là : si vous avez des idées ...
  Cette statue était la première, à l'entrée, comme pour une invitation. Je ne regarde que rarement les dépliants explicatifs, ou après ... en fait, je préfère me laisser porter par les images et ce qu'elles provoquent en moi, et que lesdites ruines se trouvent ici ou là ne changeaient rien -je crois- dans la perception que je pouvais en avoir. Cette statue-là, immédiatement, me fit sourire, qui me rappela mon prof de latin-grec de quatrième-troisième, monsieur Échène (rappelez-vous, j'en ai déjà parlé, ici).

 Je me trouve bien bavarde aujourd'hui ... allez, je me tais et on se balade de pierre en pierre. Ah, encore un truc, je me souviens que ce même prof nous avait donné un jour comme sujet de rédaction : "Les pierres nous parlent" ... ma note avait été moyenne, elles étaient restées silencieuses, les pierres de mon imagination ... j'y ai pensé, souriant, en parcourant les travées.

Ruines
C'était LA photo de l'expo ... elle me parle ...

Ruines
Pavés luisants du passé, intemporalité, incertitudes ... ce silence, ce vertige, ces mystères !

Ruines
Pas d'échelle ni de lieu pour ces biscuits craquants, ces champs, ces dessins de nulle part. Seulement le passé qui parfois, patine, graphise et embellit tout.

  Ruines

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(extrait)

 

Fleur de pierre échouée, dent minérale, engrenage (dé)chu, rouage antique ...

 Ruines

Temple d'ailleurs, tribu, rassemblement ramassé de volutes, de volumes, de traits, de creux et de reliefs, monolithes épuisés, colonnes échouées de tempêtes, de conquêtes et d'usure des temps.

 Ruines

Flou des souvenirs se mouvant comme des hommes en marche. Me revient l'image du Festin de pierre (en fin de séquence ...)

Ruines

 On se noie, perdu dans les proportions d'un paysage lointain se fondant dans un masque géant ... gorgone égarée dans une nef de pierre ...

   Ruines

Semi-rêve et semi-réalité. Présence et absence des reliefs minéraux, virtuels, et des corps, organiques, presque inventés dans la pénombre.

Ruines

Théâtre. Parfois les scènes du passé servent de décors à celles du présent ...

RuinesRuines

 

 

 

 

 

 

 

 ... où des ombres défilent comme des personnages de fiction, figurants, silhouettes, joueurs silencieux, sages et contemplatifs.

 

Ruines
Il s'agit bien de théâtre : faux-fuyants, rideaux, images glissantes, clairs-obscurs, trompe-l'œil, où est le réel et où la fiction ? Jeux de la présence inventée, ou partielle, ou rêvée ... à demi.

 Ruines

 

Ruines Les pierres, un pont entre le passé et le présent ... l'avenir, on ne sait pas encore, par définition ...

 Ruines

Les pierres, une porte vers les rêves, les symboles ... comme on parlerait de peinture symboliste, car c'est un Böcklin que m'évoque cette image-là, ou même, bizarrement, un Redon ... l'esprit de leur art, tel qu'enfin je le ressens.

    Et, soudain, au détour d'une allée, un jardin, et un poème qui remonte de ma mémoire :

RuinesRuines

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je n'ai pas oublié, voisine de la ville
Notre blanche maison, petite mais tranquille
Sa Pomone de plâtre et sa blanche Vénus
Dans un bosquet chétif cachant leurs membres nus ...
                                  (Baudelaire)

 

 Ruines  Voilà. Beaucoup de mots me sont venus ("Tu vois, me dirait peut-être mon vieux prof, quand tu veux !"). Des mots qui sont tombés sur le papier, comme se détachent en reliefs qui s'effritent, pointu, le calcaire d'une falaise. Le vocabulaire est une chose étrange, qui suit, sans que j'en sois parfois consciemment responsable, le rythme des images. Et des images, il y en a beaucoup dans cette page. Parce que je les ai trouvées belles, sans doute, mais aussi parce que les photos étaient interdites, et que je déteste cette injonction-là. Qui me fait capturer, par bravade, plus sans doute que je n'aurais envie de prendre. La chasse, la cueillette plutôt, devient alors un jeu, presque un défi. Alors que rôdent dans la salle semi-obscure des gens qui vous surveillent comme des gamins mal élevés ...
   Le regard flou, dubitatif ou terrorisé, étonné ou incompréhensif de cette statue, visage convulsé de vieil enfant perdu, lieu anonyme, clôt cette visite noire et blanche un peu longue. La prochaine ... la prochaine ! ... ne sais point quand elle reviendra ... Le monde est figé lourd comme massue de pierre.

 

Partager cet article
Repost0

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>