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Chronik (15)

Publié le par Nikole

 

 

Chronik (15)

 

Jeudi 13 janvier 2022

     Et toujours, toujours, ces rêves où je me perds dans des couloirs, dans des grands espaces, avec plein de gens autour. Pas d'angoisse réelle, mais du flou, toujours du flou ... existentiel ?

 

    Est-ce que le fait d'être attachée -relativement, certes, mais quand même- à certains objets (de toutes sortes, même des boîtes) sont un refus de la mort ? Peut-être, mais de quelle mort ? La nôtre ? celle des personnes, des lieux auxquels serait lié cet objet ? et donc, en quelque sorte, un refus de la mort du passé ?

 

Chronik (15)

 

Vendredi 14 janvier

     Je ne voudrais pas que cette chronique devienne le tonneau où je verse le vin de mes rêves mais la charge en est si productive -et parfois si présente encore au réveil- qu'elle m'habite au point d'avoir envie de conserver certaines images. Comme celle d'un homme, en redingote noire, qui, seul au milieu d'une place, déclame un poème sur Paris. Quand je m'approche, il a terminé, et je lui demande de recommencer, assurant que j'aurai grande attention à l'écouter ; il refuse en un non catégorique et froid.
Tout autour, c'est une sorte de fête, avec manifestations artistiques diverses, où je déambule un peu au hasard. J'y suis perdue.

 

Dimanche 16 janvier

    Est-ce que d'autres que moi rêvent des mots inventés ? Ça m'arrive parfois, et curieusement, ce mot qui ne sort de nulle part dans "ma" réalité, a cependant une résonance phonique dans "la" réalité. Cette nuit, dans la clarté d'un jour demi-gris semi-ensoleillé, un beau bâtiment clair arborait une plaque à son fronton où était inscrit ACRILUMO ... soit ! Une véritable usine a pour nom (après vérification) une marque pas si lointaine mais dans mon décryptage perso j'y vois quelque chose comme "haute lumière" ("acer, acris" et "lumen", en latin) ... disons que c'est ce qui m'est venu spontanément en tête au réveil ... quant à la véracité de la chose, mystère et boules de noël !

 

   IL me dit que je fais de drôles de rêves. " Tu crois que je suis zoum-zoum ? " Je m'étonne moi-même d'avoir employé un mot que je ne me rappelais pas avoir dans la tête, qui en surgit brusquement sans que je le décide, et qu'utilisait ma mère !


   "Je suis surpris, me dit IL, que ma cheffe ne fasse pas de fautes d'orthographe !"
[elle a la trentaine] et nous sourions (jaune) en nous disant que "normalement", c'est le contraire qui devrait nous étonner !

*

    J'ai vécu hier avec un bonheur immense les plaisirs simples de vie à deux : la cuisine mijotée - LUI la viande, moi les légumes-, la longue attente aux odeurs suaves et la surveillance du plat, les parties de triominos qui se succèdent dans le salon tiède. La lenteur tranquille et douce de la vie quand aucun drame ne la déchire. "Banalité" paisible.

Je me suis rappelé tous les jeux de société de jadis, dans ma vie : les petits chevaux, avec ma grand-mère, qui adorait jouer à ça, le "mille bornes", le jeu des "sept familles", le "nain jaune", le "monopoly" ... celui-là, je ne l'aimais vraiment pas (l'aversion de la gestion de l'argent ?) ; mon père avait construit un vaste plateau et y avait dessiné lui-même les hôtels, rues et autres ingrédients nécessaires à la recette du jeu. J'aurais pu garder cette œuvre, je ne l'ai pas fait ... sans doute n'y tenais-je pas ou ne tenais-je pas assez à mon père ...
En y repensant, le souvenir de la majorité de ces temps "ludiques" est paradoxal : c'était plutôt agréable de jouer, avec mon frère en particulier, mais le père lui était mauvais joueur (ah la belote où il engueulait ses partenaires !) et ça c'était désagréable, insupportable parfois -toujours cette possibilité de colère soudaine dans l'air !-. Je ne lui en veux plus du tout, mais des moments difficiles surnagent souvent dans le souvenir qu'on a de quelqu'un, on ne peut pas les effacer, les nier. Dommage, je serai passée complet à côté du père, ou pire, frontalement, non, plutôt sournoisement en fait, en face de lui ... je regrette le poids du silence, l'impossibilité verbale à communiquer. Le pire, et je n'en suis pas fière, c'est que j'acquiers de plus en plus certains traits de sa personnalité en vieillissant : des avis tranchés sur lesquels j'ai du mal à revenir ... la différence étant peut-être que j'essaie de m'en apercevoir, et qu'avec mes proches à moi, je communique plus facilement ... je l'espère ... non, je le crois ; mais la parole soi-disant libérée est quelque chose de tellement subtil et complexe !
De plus, en ce temps-là, n'existaient pas des jeux que j'apprécie aujourd'hui, "scrabble", "rumikub" ou le "triominos" subcité. Bon, faut ramer un peu pour qu'on daigne jouer avec moi hmmm ... mais quand on est dedans, qu'est-ce que je trouve ça prenant, plaisant !

 

Jeudi 20 janvier

    Est-ce que c'est parce que quand IL est là le temps a une épaisseur, une densité tout autres que cette chronique ne m'appelle pas, ou moins ? Quelquefois, "se contenter" de vivre (à deux) est bien plus fort que l'envie d'écrire sur son petit monde (son nombril ?) quand on est seul, alors tournée vers nous plutôt que vers moi ... c'est une hypothèse ... que j'échafaude en écrivant car je n'y avais jamais songé. Vaste sujet que l'attitude qu'on a en fonction de sa situation amoureuse versus la parenthèse sans elle. Il ne s'agit pourtant pas, pendant "le manque", d'un ennui, juste, "juste" d'un autre point de vue sur les choses, "it depends where you sit", comme je l'écrivais il y a peu.

Et d'ailleurs, que dire de ces jours qui ne soit d'une banalité commune effarante et délicieuse, au moins à part quelques dysfonctionnements organiques, qui logiquement devraient bêtement avoir lieu de plus en plus souvent. Dimanche après-midi était comme je les aime quand je glandouille : calés au chaud (mon plaid à sapins rouge et blanc doudou sur moi -oui, je sais, ça fait vieux, mais comme je m'en fiche !-) "dans" le canapé, nous avons entamé le visionnage d'une série ("Vigil", vraiment pas mal mais un peu éprouvant psychologiquement) et comme d'hab, emportés, nous étions partis pour la totale, six épisodes de presque une heure -sisi, une série, c'est addictif, et qu'importe, je n'ai rien contre cette addiction-là- et ... à quatre et demie, je commençais à me recroqueviller sous l'effet d'une  douleur se baladant entre estomac, reins, que sais-je, tournante, piquante, tordante (combien, la douleur, demandera le toubib ... cinq, répondrai-je, ce qui somme toute reste supportable tout en étant inquiétant sur l'origine). C'est là que si je quitte le Val de Marne, je sais ce que j'en regretterai, ses "SAMI" toujours accessibles où l'on peut se rendre pour être soigné quand rien d'autre n'est ouvert. Comme souvent, j'ai eu mal, mais sans raison "apparente" ni décelable à un simple examen. En somme, quand je souffre tout va bien ... Alors échographie ... puis scanner ... Toujours rassurant de constater sur des images que nos organes vitaux, "en gros", sont valides, en tout cas que votre mécanique a bien passé la révision. Vous allez bien. Et c'est tant mieux. J'ai besoin d'être rassurée sur le fonctionnement de mes organes (peut-être, en plus du fait de voir l'âge augmenter à la vitesse grand V, suis-je un peu marquée par ces maladies autour de moi, et le cancer du pancréas invisible avant sa gravité, de feue notre metteuse en scène). Fort à parier que c'est un calcul minuscule qui vous a égratignée au passage ("l'hématurie isolée") mais s'il en est un autre resté dans vos reins qui a priori ne sera pas gênant, celui, minuscule gravillon sous roche, s'est barré.
Je n'ai jamais aimé les mathématiques. 

 

 (dEUS, "Little arithmetics")

 

 Vendredi 21 janvier

    Souri, ce matin, en remarquant un journaliste pourtant pas d'un âge antique évoquer le calendrier de la "bamboche" à propos de la réouverture des discothèques : ça faisait longtemps que je n'avais pas entendu ce mot, argotique ou familier, désuet et charmant.
"Discothèque" m'évoque "disco" ... ça fait longtemps, encore, que je n'ai rien écouté de tout ça. Je n'irai sans doute plus jamais (je n'y suis de toute façon allée que très rarement, et en y étant "traînée" par d'autres) mais remuer du popotin dans mon salon, voilà qui tout à coup me fait envie.
"Et j'ai des souvenirs comme si j'avais mille ans ..."

 

Ah ! ah ! ah ! Robin !

*

    Gasp ! Bizarrement, le temps d'une fraction de seconde, j'ai pensé qu'il faudrait que je téléphone à ma mère, oubliant qu'elle était morte ! Comment puis-je avoir une telle réaction après tant d'années d' "absence" !

 

Chronik (15)

 

*

 

    Regardé ce soir un film de Xavier Dolan pour voir Gaspard Ulliel. Je n'avais pas aimé "Mommy", j'ai détesté "Juste la fin du monde" : malsain, intelloïde, faussement psychologique, plans visages très rapprochés, bien trop ; lourdingue en diable. Gaspard U., je préfère en garder le souvenir dans "Le premier jour du reste de ta vie". Cela dit, oui, ces deux titres sont troublants, parlant de quelqu'un qui vient de mourir.

 

Samedi 22 janvier

    En parcourant les chaînes télé pendant mon petit déjeuner, j'ai vu qu'arte passait un documentaire sur la vigne : cela m'a semblé logique quand j'ai inscrit à la craie la date d'aujourd'hui sur mon tableau de cuisine : c'est la saint Vincent.
Même si j'aime le vin, je l'apprécie moins qu'avant (mais avant quand ?). Fut un temps où je n'aurais pas aimé me passer d'un peu de vin au cours des repas, même seule ... ce qui ne m'est plus vraiment une source de plaisir aujourd'hui ... en tout cas je ne pense même pas toujours à le sortir s'il m'en reste. Bon, il ne s'agit pas de grands vins non plus ... peut-être que si de vieux Meursault m'attendaient à la cave ... (je n'ai pas de cave !). Et si tout simplement je ne me satisfaisais vraiment du vin qu'en partage ?

* 

 

Chronik (15)

 

     Cette nuit, je serrais dans mes bras une très ancienne collègue de travail que je croyais morte (en réalité elle l'est) : nous pleurions toutes deux, moi de l'émotion de la savoir vivante, elle parce qu'un homme "l'avait humiliée".
Tout ça se passait en Lorraine ... je proposais qu'on reparte ensemble chez nous, à Vandœuvre, où toutes deux nous habitions (dans la réalité aussi) ... mais nous étions perdues dans la grande ville, etc. (comme d'habitude dans mes rêves quoi !)
Vandœuvre, LUI, "jadis" ... et ce souvenir, comme dans un rêve au ralenti : LUI et moi nous sommes quittés, un temps, et je passe dans sa rue, cela, au moment précis où je le vois penché au-dessus de sa voiture, capot ouvert, se demandant ce qui ne fonctionne pas. Le tableau est en image fixe, moi qui arrête à sa hauteur sans qu'il me voie, lui dans sa réflexion figée et attentive ... Tout est bleu : sa voiture, ses habits, mon souvenir ...

Et cette nuit encore, je marche dans un parc où une averse a laissé son empreinte luisante. C'est la première fois que j'ai le souvenir olfactif d'un rêve : cette odeur si caractéristique de l'air après la pluie, mêlé parfois à celui de la terre ou des pierres. Une pierre, j'en tiens alors une précautionneusement et malhabilement dans la main, elle est lourde, à la fois acérée et douce (pierre de Rosette ? relief oublié de Malpasset ?)

 

Chronik (15)

 

Des cailloux, des galets, j'en ai un peu partout où je vis ... j'éprouvais "naturellement" l'envie d'en ramasser, surtout sur les plages, j'essaie de ne plus le faire, je suis déjà tant envahie ... Mais c'est si beau, si ... fort ! Achevé, parfait ... des œuvres d'art "simples", et qui me font du bien. Qui signifient quelque chose, quelque part ...
Dans les années soixante, ma mère remplissait la Dauphine en revenant du Tréport ou d'ailleurs, le père râlait ... Et je me mets à rire toute seule tandis que me revient ce souvenir ...

 

Dimanche 23 janvier

    Le temps d'un réveil fugace et d'une roucoulade de pigeon perçue près de la fenêtre et je me retournai en me rendormant aussitôt, pour deux bonnes heures ... et juste avant le réveil, dans une frange de conscience entre songe et réel, je tends la main à quelqu'un en lui donnant une boîte à outils (abîmée) que je veux "laisser dans mon rêve" ! Allô, Sigmund !
Du reste du songe, je ne sais plus rien, les images de nuit s'effilochent le jour quand on ne ravaude pas aussitôt le tissu aux fils parfois un peu lâches.

 

   Semblant de "vie sociale" hier : restau de quartier avec la petite Julie, qui jouait au théâtre avec nous et est partie dans une autre troupe. Moments agréables. Restaurant presque vide ! IL se demandait si les gens sont paranos ou sages. Si J. ne m'en avait pas conviée, c'est vrai que je ne serais pas sortie. Derrière nous, un ancêtre parlait, aux paroles entrecoupées, rarement, par une voix de femme. Il a, à un moment,  évoqué Anne-Marie Peysson ! ... une fois de plus, j'ai eu l'impression que les vies -sur terre- duraient mille ans, tant certains souvenirs paraissent lointains.  En partant, j'ai constaté qu'en fait à la table ils étaient quatre, deux couples de vieux ... curieux comme il y a toujours une personne dans un groupe qui ramène sa gueule sans que s'expriment les autres (habitude ? timidité ? soumission ? ... les raconteurs et les écoutants ...)

 

    Paressé "en diagonale" devant un film qui m'a semblé surréaliste dans sa conception, son intrigue. Je n'aime pas Louis de Funès, qui m'exaspère quand il est censé amuser, mais le film, avec beaucoup de danse -c'est sans doute ce qui a retenu mon attention- m'a semblé, là encore, si loin d'aujourd'hui !

 

Chronik (15) 

 


Afin que la journée ne soit pas "productivement" vide, je me suis forcée à faire une tarte à la banane pour sauver ce qu'il restait des pauvres fruits. Impossible de savoir ce que ça donnera : en cuisine, je suis incapable de faire deux fois quelque chose de façon identique ... ma vie est décidément "construite" comme sur le sable si volatil ... une façon comme une autre de rester à la p(l)age ...

 

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