Le Jeu de la Paume
Narration reportagique
Il y a maintenant quelque temps on m'a dérobé argent et papiers ... enfin, cartes devrais-je dire, toutes cartes, des plus importantes aux anecdotiques ... n'empêche, faut refaire tout ça (enfin, faire refaire, mais on va dire que c'est comme l'exemple latin Caesar pontem fecit, que vous ne traduirez pas, dixit notre cher prof de latin Échène, par "César fit un pont", car ce n'est pas lui qui le fit avec ses petites mains, mais "César fit faire un pont", d'où ma tournure de phrases ... tant pis si je passe pour cuitre mais j'ai déjà si peu de souvenirs de grammaire latine, si en plus je ne peux pas de temps en temps avoir le plaisir de les retrouver et les partager ... fin de la parenthèse) et donc, nous allâmes au musée du Jeu de Paume, et voir l'expo en cours, et, accessoirement, m'avoir une nouvelle carte d'abonnement.
Un homme est là, à l'accueil, qui forme une stagiaire. Les deux personnes sont très amènes, la petite jeune fille attentive.
- Bonjour ! Voici : on m'a volé un porte-monnaie où j'avais ma carte du musée et je voudrais la remplacer s'il vous plaît. Et je voudrais des entrées pour l'expo.
La jeune fille fait mine de laisser sa place, elle n'a pas encore rencontré ce problème, mais l'homme la rassoit d'autor (bien qu'avec douceur): Je vais vous expliquer comment faire.
Ils me cherchent dans la base, vérifient qu'il s'agit bien de moi. (Je me consulte : c'est bien moi !).
Et me donnent deux entrées gratuites (j'avais un pass duo).
- Et pour ma carte ?
- Votre carte ?
- Pour en avoir une autre ?
Regard rond du monsieur. Je me rends compte qu'il a compris que je l'avais oubliée chez moi en fait.
- Oui, ma carte, on me l'a piquée ... alors il m'en faudrait une autre.
- Ok, on ne peut pas la faire là. Je téléphone à ma supérieure pour voir si elle peut vous la faire dans son bureau.
- Merci.
Et on enquille vers l'expo Jean Painlevé (fils de celui qui a une place à son nom que ne connaissent que les Nancéens ...) Volontairement, je n'avais pas regardé en détail de quelle expo il s'agissait : j'aime bien les surprises et la vue de quelques belles photos graphiques d'animaux marins m'avait suffi. De toute façon, je n'ai encore jamais été déçue. Allez !
(Bon, d'accord, ces deux-là sont assez mimis ...)
Il y a effectivement quelques très belles photos graphiques en noir et blanc, même si la vue en gros plans de ces monstres, pour certains, me fait frissonner. Mais ... mais il y a surtout des tas de petits films que je trouve très chiants et d'une facture un peu vieillotte, que j'ai ressentie comme poussiéreuse, décalée. Je suis désolée d'avoir emmené Clo qui n'a pas l'air de trouver plus d'attrait que moi à la chose.
On ne traîne pas, on s'ennuie trop. Il y a toujours une autre expo dans le lieu, plus, comment dire, alternative, indie, comme on dirait, en musique.
Alors on se dirige vers l'autre, des fois que ça nous ouvrirait des horizons culturels plus bleus. Au passage entre les deux étages, un élément me revient en tête, et je fais un détour par l'accueil :
- Pardon, c'est encore moi. Il me faut vraiment une carte, vu que je compte aller à Tours à votre annexe et que j'en aurai besoin aussi là-bas.
- Mais ils pourront vous "voir" dans leur ordinateur. (Euh, je revois l'accueil à Tours, chuis pas sûre qu'ils sont outillés idem ...)
La jeunette surenchérit avec un sourire encourageant : On a transmis à la personne concernée.
Le monsieur : Vous avez terminé la visite ?
- Non.
- Repassez avant de partir alors, la carte sera peut-être faite.
(Détail : La dernière fois, quand on m'a renouvelé ladite carte, ça s'est fait au comptoir de l'accueil, et a dû prendre quelque chose comme une minute trente. Allez, on va dire que les effectifs sont réduits (et ptêt bien les machines, réduites). Bon, j'ai l'air de me moquer, mais non, tout ça était plutôt bon enfant, et j'avais tout mon temps. et c'est les vacances ... l'air est tout autre ...)
Second étage. Marie Hugonnier. Vu que je n'ai rien compris, que le manque d'attractivité dans la présentation était manifeste, je suis allée voir (un peu) là, sur le Net ce qu'on en disait. La réalité était tout autre. Dans la première salle, une grande photo de soleil (levant ou couchant, je confonds toujours) et une enfilade (une douzaine d'exemplaires) de "première" du journal "le Monde", toutes similaires ... euh ?
On n'est pas les seules qui n'accrochent pas ...
Dans la deuxième salle, un mastodonte cinématographique bruyant à bobines nous présente un film qu'on prend en route sur Ukrainiens et Polonais, dont je ne comprends pas bien le message. On attend que ça reprenne au début mais la salle reste dans le noir trop longtemps ... faut rembobiner ? À ma décharge, il y a peut-être quelque explication du truc quelque part, mais je ne le vois pas, et de toute façon, quand je suis irritée, j'ai tendance à être de mauvais foi, ben ouais.
En attendant, on se fait la dernière salle, où une repro de "La liberté" de Delacroix est installée à l'envers, entourée de toutes sortes de produits chimiques. Euh ...
Heureusement, dehors, par la fenêtre, aux Tuileries, il y a toujours ces affreux manèges qui renversent les estomacs (eux, je dis ça parce que l'expo dont il est question est : "Le cinéma à l'estomac") : je fais quelques photos.
Il y a un gardien. Je lance un regard sur la salle et lui dis que je ne comprends pas. Il ne répond pas. Je lui demande alors s'il ne s'ennuie pas. Il fait un vague geste de dénégation.
J'ajoute encore : Bah, il y a la clim, c'est déjà ça ! Ce à quoi il répond un laconique c'est ça. On sort. De loin, il nous lance : C'est pour montrer comment on restaure un tableau, c'est deux fois par semaine à 14h et 18h ! Il sourit genre c'est pas de chance ce n'est ni la bonne heure ni le bon jour.
On repasse dans la pièce à films : c'est un historien italien qui théorise sur la société actuelle, en insistant sur la violence et le sourire. Je ne me lancerai pas dans l'explique (si ça te chante, Clo, n'hésite surtout pas, en commentant) trop long et inadapté pour moi, malgré un exemple, un seul, car j'ai beaucoup de mal avec une théorie, qui pour moi est fumeuse à partir du moment où elle ne s'appuie pas sur des exemples bien concrets. Touche personnelle complètement arbitraire, il a cité Derrida, qui pour deux ou trois raisons me hérisse le poil ... et quand chuis irritée je suis de mauvaise fois (oui, je sais que je l'ai déjà écrit plus haut : bis repetita mihi placent, enfin, certaines, sometimes ...)
On se casse et après une descente aux toilettes où on se prend un fou-rire parce qu'on ne retrouve pas la sortie, on retourne à l'accueil :
- Coucou
- Ah c'est vous !
Ils rigolent.
- La personne est en train de faire la carte ... vous vouliez partir ?
- Je peux attendre un peux, je vais en profiter pour aller regarder les ouvrages de la librairie.
- D'accord, merci !
Je suis toujours partagée, dans une librairie : happée par certains bouquins, mais j'ai appris à me retenir (j'y suis parvenue, yes !) et dégoûtée de voir quelles imbécillités (ouais, je sais, ce n'est que mon avis) on édite, par réseaux, népotisme etc. etc. Bon ... je tourne un peu ... Clo, qui se bat sur un canapé au loin avec son téléphone qui fonctionne mal, me lance des regards interrogateurs ou interrogatifs en me montrant le comptoir et j'y retourne donc.
Le monsieur a perdu sa stagiaire. Il ne me voit pas et je l'entends programmer son prochain week-end au téléphone. J'essaie de me manifester par quelque menu bruit, papier froissé, mouvement du corps ; il lève la tête et dit à la personne au bout du fil qu'il raccroche.
- Oui ? Ah ! la carte ! Mais, euh, on ne vous avait pas déjà délivré un duplicata ?
Je prends la tête d'une poule dévisageant un couteau.
- De toute façon (j'adore ce : de toute façon), on ne peut pas vous délivrer de nouvelle carte, il y a un bug avec la machine ! (Ce doit être un bon jour parce que j'ai juste envie de rigoler aux péripéties attenantes à la chose !) On vous préviendra par mail quand elle sera faite !
- Mais euh ... il faut que je revienne ? Un temps. J'habite loin (et en plus, pensé-je, je ne vais pas dépenser deux-tickets-qui-coûtent-très-cher-pour-ça). Mais ... vous ne pouvez pas me l'envoyer ?
Grand silence réflexionneux qui dure des plombes du monsieur encarteur, enfin, non, du coup.
- Si, on peut vous l'envoyer.
On peut. (Mais le fera-t-on ?). J'attends de voir.
- Merci.
Je suis vraiment désolée d'avoir entraîné mon amie dans cette galère mais elle semble ne pas m'en avoir tenu rigueur, on est sorties, on a marché, on a rigolé, on fera mieux la prochaine fois.
Le truc positif pour moi, c'est qu'ayant pris le métro, j'ai repris mes bonnes ou mauvaises habitudes et fait, à nouveau, des photos.
L'Oeil du Krop.










