Chronik (32)
Mercredi 20 juillet
IL PLEUT ! L'air !!! Le plaisir d'ouvrir à nouveau, pleinement, ses branchies, comme en un arbre intérieur redéployé.
Je suis retournée dans mon lit, quelques instants, juste pour écouter la légèreté de l'eau sur les toits, les murs et les arbres alentour. La chanson d'une pluie.
Le soleil peu à peu revient déjà ... je crains que la fraîcheur, bien vite, ne disparaisse. Vite sortir un peu. Avant.
Jeudi 21 juillet
Du haut de mon cinquième étage, je l'ai regardé partir au boulot en passant par l'A4. Il sait maintenant que je le fais systématiquement, et j'aime bien le petit signe dansé de sa main avant de s'éloigner. Quelquefois je suis des yeux la silhouette grise de sa voiture jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'un point à l'horizon qui finit par disparaître dans les lointains.
J'ai souvent fait ça : regarder disparaître quelqu'un ou quelque chose jusqu'au dernier moment ou jusqu'à la fois suivante ... mais ce matin non. En contrebas, ça s'agitait véloce, entre vélos et trottinette, enfant dans la main d'un parent, automobiliste vérifiant un soupçon de griffure sur "sa" carrosserie et ouvrant son coffre avec inquiétude. J'ai incongrûment imaginé une grenouille se faisant avaler par un marais plein d'incertitudes dangereuses.
La journée se mettait en branle, pendant que je pouvais regarder à loisir. La vie quoi ! La mienne ...
*
À croire que je finirai par être sage, ou blasée, ou indifférente, ou sachant m'accommoder des entours de toute nature. À souffrir moins des nuits dysfonctionnelles. Celle-ci fut un véritable voyage. Chaleur. Nombreuses fenêtres ouvertes dans le grand carré des habitations. Au nord c'est ma chambre, mais en face et autour pas forcément. Ceux du bas ont ouvert tard leur courette mais d'une fenêtre bleue sur la gauche des voix d'hommes étaient vives et fort riantes. Ils semblaient jouer aux cartes. Poker ? On a tout fermé. Ventilo et somnifères légers. Ça l'aide mais pour moi ce n'est qu'un faux-semblant, un cautère sur une jambe de bois. Endormissement mais réveil quand même. Tenté l'ouverture. Même vie de fenêtre bleue dehors, ils en avaient pour la nuit. Je me suis exilée au salon. Il faisait frais mais bruyant dehors et pour une fois, c'est ce bruit-là qui m'a empêchée de me rendormir vite. Et puis dormir. Et à six heures réintégration du vrai lit, fenêtre ouverte enfin ... légères voix, comme si les joueurs de poker se disaient au revoir ! Mes nuits sont plus aventureuses que mes jours !
*
Je n'avais pas remarqué cette jolie nana sur l'image ... ça m'a rappelé que j'avais pris quelques photos de gambettes il y a quelques jours ... ça me fait plaisir que les filles dénudent leurs jambes dans cet étouffoir estival ... c'est joli et ça sent la liberté.
Quelques jours auparavant, j'avais déjà évoqué dans ce journal qui se pérennise la libération visible du corps de certaines jeunettes ... J'ai même pris en photos souvent trop vite et trop flou, quelques-unes d'entre elles, estomaquée un peu par une culotte devinée ou un string saillant ... certes je pourrais m'abstenir, mais si on me montre, j'ai le droit de regarder, et presque ingénûment ; de toute façon j'en suis, moi qui aime pourtant la mesure, à me voir défendre cela aux belphégorismes cache-femmes (et enfants !!!) tout compris, surtout leurs droits. On m'aura bien fait changer de position (philosophique ?) au cours de ma vie ...
Les belles jambes, moi, ça me fascine ... Cela dit, les corps, en général, même laids, me fascinent aussi, mais autrement, tant je trouve magique leur fonctionnement. Et tout braves poteaux campagnards que j'aie, je leur rends grâce de me permettre portage et mouvement.
Vendredi 22 juillet
J'ai re-tenté (car j'avais déjà tenté et tout fait cramer en laissant longtemps compoter -tu parles !- en position basse) les fajitas -guacamole une autre fois-, à l'aveugle, encouragée par Bénédicte et sa surprise mexicaine de l'autre jour. Je me souvenais d'oignons, de poivrons -et de haricots rouges en m'aidant de la photo prise- et puis j'ai improvisé, comme très souvent. Je suis une adepte de la cuisine éphémère, non par choix, car c'est trop souvent désagréable de ne pouvoir refaire "exactement" quelque chose que quelqu'un aimerait manger à nouveau, mais c'est plus fort que moi (même en pâtisserie !) : selon la texture, le goût, et ce que j'ai -ou pas- sous la main, je fais avec un peu plus de ci, un peu moins de ça, je remplace, j'adapte, c'est en somme une création ponctuelle (ou alors il me faut des repères -inventés- 50/50/50 gr etc.) ; bref vous voyez le topo : est-ce facile -et envisageable ?- d'échapper à sa nature ? En tout cas IL les a aimés, mes wraps à la mexicaine kropienne ...
Le pire (le semblable, veux-je dire !) c'est que c'est la même chose pour tout : en ces moments où l'on peut être tenté de manger des choses fraîches en toujours un peu les mêmes ingrédients, j'aime bien arranger mes assiettes avec l'inspiration de l'instant ... ça m'amuse, oui j'aime bien.
Allez, instant instagram futile (oui, encore !):
Samedi 23 juillet
Curieusement, je me suis réveillée shootée, comme si j'avais pris des médicaments pour dormir, ce qui n'était pas le cas, et même si je me suis tournée et retournée longtemps avant de parvenir à sombrer dans le repos nocturne. À croire que l'appréhension en face du mur de mes lamentations me perturbe inconsciemment le moral. Appelez moi Pavlov(a) ! Mais non, la nuit était normale. J'ai beaucoup rêvé mais en ce moment je ne me souviens plus au matin des multiples songes qui sans cesse habillent mes nuits trop souvent courtes.
La veille, j'avais eu envie de revoir "Love story", des années après, en replay, mais il n'était pas proposé ... dans quelque temps peut-être, à ce que j'ai cru comprendre ... comme sans doute bien des films, ça a dû vieillir mais je suis parfois curieuse, justement, de revoir des films découverts il y a si longtemps, histoire de constater la différence de ressenti ; c'est du coup ce que j'ai fait avec un autre, vu il y a des lustres, dont au visionnage je ne me rappelais qu'une -une !- image, celle de la séance de gym où le protagoniste se pend par les pieds pour faire des abdos ... la mémoire et ses sélections : un truc qui m'abasourdit. J'ai donc post-prandialement un peu comaté devant "American gigolo" dont je n'ai, pour le coup, retenu qu'un détail qui m'a intéressée : la bande-son avec un classique de l'époque, décliné sous toutes ses formes et rythmes en leitmotiv.
Dans les années quatre-vingts j'aimais bien cette Debbie mimi alerte et à la mode, une petite poupée du moment, dont je dois avoir un ou deux tubes en 45 tours. C'est curieux d'ailleurs, car pour ça comme pour bien des évènements -importants ou pas ?- j'ai une mémoire anecdotique et de détails qui n'ont souvent aucune importance, en face de trous -de gouffres?- d'évènements bien réels : s'ils ont été difficiles à vivre je veux bien croire que mon cerveau les mette de côté mais pour les autres, je ne comprends pas ; combien de fois mes deux filles me rappellent un moment vécu avec elles que je ne me rappelle absolument pas ! Parfois ça m'inquiète, et puis j'en prends mon parti. Pour en revenir à la petite Harry qui rencontre Blondie, je me souviens d'une interview lue, je ne sais plus où, ni quand, ni de qui, racontant que quand il était allé chez elle, la chanteusse lui avait fait des crêpes aux pommes : tu parles d'une info capitale ! J'aimerais comprendre pourquoi j'ai bêtement retenu ce truc.
Cette remarque en appelle une autre, très importante celle-ci : la façon dont on nous apprenait certaines matières à l'école, au moins élémentaire ... anecdotiquement, précisément. Les faits étaient isolés comme des pierres au milieu du désert. "Les trois pyramides d'Égypte sont Khéops, Khéphren et Mykérinos" ; "Christophe Colomb découvrit l'Amérique en 1492. La Nina, la Pinta et la Santa Maria étaient ses trois caravelles". Bon, sur un plan "encyclopédique", pourquoi pas, mais rien du contexte, des gens, de la chronologie ; rien sur une réflexion éventuelle. Et qui eût été nécessaire pour notre construction de "personnes". Je ne critique pas, comme d'habitude je constate, pour peu qu'on ait été bien guidé(e)s par la suite, j'allais dire qu'on s'était "rattrapé(e)s", mais toute reconnaissante que je sois pour les bases acquises dont j'ai pu bénéficier à mon époque -lire, écrire, compter- et que j'ai définitivement gardées (ptêt moins pour les problèmes de calcul, et encore, à vérifier !) j'ai le sentiment diffus d'avoir perdu du temps pour mon développement personnel. Ce n'est pas pour autant que je vais défendre, loin de là, ce qu'on accepte aujourd'hui du discours de certains ados. Non, le monde n'a pas commencé à votre naissance, et non, on ne peut comprendre son présent si l'on n'apprend pas son passé, mais bien en le considérant comme un passé, non comme présent. Allez, me voilà reparti sur l'enseignement, mes doutes, mes rejets et mes amours le concernant.
(... près de ma première é©ole -aux tilleuls-...)










