KroniK 61 (2023-semaine6)
Lundi 6 février
Je ne m'imaginais pas, au vu de la lumière, en sortant pour "chez Pilates", que le soleil serait aussi froid.
Autour de la boulangerie, les ouvriers étaient tonitruants et continuaient de casser ici, reboucher là, se rapprochant de plus en plus de mon immeuble. Interrogé, d'un homme avec un accent pour moi presque incompréhensible, on a fini par piger qu'ils installaient des caméras.
"Big Brother is watching you" : c'est juste pour citer la chanson de Mister Jones, car en soi les caméras ne me dérangent pas, j'espère seulement qu'elles peuvent servir.
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Vu cette affichette sur le Net :
Je présume que leur avenir sera aride, mais on dirait qu'il est construit sur des bases scolaires peu fiables, ce qui me semble un mauvais point (qui celui-là n'a rien à voir avec ceux de la retraite !)
Mardi 7 février
Vu un reportage sur le hérisson, qui malgré quelques trop peu nombreuses bonnes volontés ici ou là, est en passe d'être une espèce dévastée et donc en voie de disparition. Les raisons, on les connaît, mais plutôt que dire simplement que c'est une espèce protégée, la pédagogie demanderait qu'on explique en quoi c'est important que telle ou telle espèce ne disparaisse pas, et le soit, protégée ; j'ai déjà entendu des gens se contrefoutre que tel ou tel animal disparaisse, ne se doutant absolument pas des implications planétaires ... Bah, j'ai bien entendu une fille dire qu'elle se réjouit du réchauffement du climat, car elle aime la chaleur ! C'est pourquoi je n'utilise jamais cette expression, mais plutôt celle de dérèglement, plus parlante et illustrant mieux les bouleversements divers et variés que dramatiquement cela peut entraîner.
(Hérisson domestique ©hez le Krop)
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Le cours de théâtre1 a été surréaliste, le metteur n'étant pas dans son état normal. Certes, il se remet mal de la mort de sa femme (notre ancienne metteuse en scène) mais je ne sais ce qu'il avait absorbé d'antidépresseurs ou d'alcool ou des deux pour avoir ce débit incessant, blessé, parfois en ressassant les mêmes choses, pleurant même, et jouant, involontairement pour le coup, un personnage dramatique. Polis et gênés, nous nous sommes contentés d'être mal à l'aise mais ce fut interminable, désagréable et épuisant. À peine une demi-heure ou trois quarts d'heure de lecture des futurs textes sur les deux heures prévues et encore, il nous arrêtait sans cesse pour partir dans de grandes envolées lyriques. J'étais partagée entre la pitié et la colère, et je n'ai pas envie de revivre ça.
Mercredi 8 février
Ce matin sous mes fenêtres autoroutières ont cohorté vers Paris des tracteurs de toutes les couleurs. Le soir, les ralentissements intenses dans l'autre sens et dans la nuit (zeugme) seront peut-être en rapport avec le retour au bercail des betteraviers, puisque c'est de cela qu'il s'agit. Marnaise, je suis du pays, entre autres, des betteraves sucrières ; j'adorerais un jour trouver du sucre bio à base de betterave et non de canne à sucre, ça me ramènerait à mes racines, mais il paraît que c'est impossible, en tout cas pour l'instant.
Jeudi 9 février
Les jours où le gris est absent du ciel, une de mes premières joies matinales c'est cette lumière qui se lève en même temps que moi et qui m'accueille : "Encore une lueur !", me susurre le soleil.
Heureusement que mon tableau de cuisine me sert parfois d'aide-mémoire ; cet "essayer" me rappelle une histoire qui m'a marquée et que j'allais oublier de raconter, sur l'importance des mots et de l'écoute, de l'écoute et des mots. Je vais chercher des résultats médicaux dans un labo. Il y a là une mère avec un bébé qui manifestement est venue demander des examens spéciaux pour lui. Elle attend quelqu'un qui est partie voir, qui revient et lui dit que l'infirmière va essayer. Elle n'a pas le temps de finir sa phrase, la mère l'interrompt : "NON ! On n' "essaye" pas sur mon bébé ". La dame de l'accueil lui demande pourquoi elle s'énerve et lui affirme que la personne est compétente. Même si cela n'est pas dit, il m'est évident que la personne voulait dire que l'infirmière allait essayer de trouver un créneau de temps. Mais la mère n'écoutait pas et répétait en boucle qu'elle reviendrait quand il y aurait quelqu'un de compétent, qu'on n'essayait pas sur son bébé, on avait l'impression qu'elle était devenue sourde ; sourde, elle l'était quelque part, ne voyant plus son bébé que comme un cobaye torturé par des mains médicales incompétentes. Je suis sortie sans avoir le fin mot de l'affaire, mais ça sentait le vinaigre, l'incompréhension, le malentendu majuscule. Dérives.
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Je reprends parfois cette habitude du café-tartines-matin-télé. S'y déclinent des pays lointains invités à des voyages virtuels. Mon oreille attirée par un reportage sur les pommes de terre, j'ai regardé cette émission relatant les Incas et la patate, puis les Mayas et le maïs.
Au Pérou, on dénombre cinq mille variétés de "papas". La terminologie des Andes en est pour le moins pleine de fantaisie pour ces tubercules : "corne de vache", "sang de belle fille", "la petite noire" et autres "baiser de la fiancée".
Au Guatémala, où le maïs est une céréale sacrée, quatre couleurs correspondent à des éléments de la Nature : le rouge au soleil levant, le noir au couchant, le jaune à l'eau, le blanc au vent. On ne trouve que du maïs jaune en France, pourtant, je me souviens d'une époque pas si lointaine où l'on en trouvait du blanc, que j'aimais beaucoup, tendre de peau et doux à manger ; je ne parviens pas à savoir pourquoi il a disparu de la circulation.
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J'ai retrouvé, après avoir vu un téléfilm où il jouait, le nom d'un acteur que j'avais remarqué à la table d'à côté dans un de "nos" restaus à Arles, c'est Didier Flamant (ce qui, en Camargue, est un nom bienvenu ...) ; du coup, j'ai cherché un peu des trucs sur lui : il y habite, à Arles, le bienheureux homme, dans le vieux quartier historique. Peu de choses à son propos sur Internet mais y est signalée une lecture passée qu'il ne m'aurait pas déplu d'entendre, dans la belle abbaye de Montmajour.
La fondation LUMA vue de Montmajour
L'abbaye de Montmajour vue de LUMA
Vendredi 10 février
De ces jours de glandage, ou quasiment, généralisé, avec station en chemise de nuit jusqu'à une heure avancée. Si je n'avais pas dû me préparer pour dîner avec Toinette, je crois que je serais passée ainsi de la nuit à la nuit. Du reste, je fus piètre convive, sans rire autant que d'hab avec elle ... déprime passagère ? Je ne sais pas.
Samedi 11 février
Atteinte (bien trop) souvent d'hypocondrie galopante, à moins que je n'aie raison de m'inquiéter de dysfonctionnements soudains dans mon corps de tamaloue, je me suis demandé si la douleur qui m'étreignait soudain dans le coin interne du genou droit, m'arrachant force grimaces, n'était pas la manifestation d'une phlébite fulgurante. Et puis j'ai opté pour une crise, ou une crisette d'arthrose, mes genoux me faisant mal, mais par période. Cela a quand même duré un temps long et ma séance de courses s'est faite avec une arrivée chez moi la patte traînante et toujours aussi douloureuse ! Faîche notre obsolescence programmée, à nous aussi les humains !
(Un jour, faudra que je leur dise que potée, ça prend un -e !)
Sur le chemin de mon aller, elle était dans ce café, lisant, au chaud, au milieu de son refus de la solitude ; à mon retour, elle n'avait pas bougé d'un pouce, absorbée par sa lecture et passant un après-midi tranquille.
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Quand j'ai entendu que les deux types qui étaient dans la voiture accidentée de Palmade s'étaient enfuis, j'ai supposé qu'ils n'avaient pas envie d'avoir à subir un test toxico. C'est avéré pour le comédien conducteur. Il était sous cocaïne. Et il est mal barré. Je ne vais pas le plaindre, ne supportant pas les gens irresponsables : on ne conduit pas sous coke. Et puis tous ces célèbres qui nourrissent et enrichissent les mafias narcotiques, qu'ils ne s'avisent pas, ensuite, de venir nous donner des leçons de citoyenneté, ça s'est vu.
Première fois que j'entends le mot "chemsex", mot-valise utilisé lors du récit de la chose, encore un truc inventé pour un "loisir" moderne, associant substances stupéfiantes et sexualité. Je suis toujours irritée par tous ces mots ne correspondant à rien. Y-a-til un mot pour chaque façon de faire ? Allez, inventons : "richsex", sexualité en écoutant du Richard Claydermann, "strawsex", sexualité en mangeant des fraises, "cherrysex", sexualité le corps calé contre un coussin de noyaux de cerises, et coïtera ... Allez, encore un ptit coup de gueule lexical ... flexitarien ... euh, omnivore de qualité, en somme, pfff ! ...
C'est marrant, si je puis dire, la coke, elle était aussi au cœur du film que je me suis regardé en replay, allongée sur le canapé pour reposer mon genou douloureux, "Les ripoux". Je ne me souvenais plus de tout, et ça se laisse regarder ; ces ripoux-là sont à mon sens loin d'être les pires. Et puis Philippe Noiret, quel talent et quel charme ! Enfin, ce dernier plan, du cheval qui s'éloigne dans la brume !
Dimanche 12 février
Le mot "pisel" m'a cueillie au bord de l'éveil, sans que je comprenne rien de son existence. J'ai pensé à "pixel", spontanément, et ai cherché sur Internet, qui est quand même souvent fort utile. Commençant par "Google translation", ça me donnait l'estonien comme langue, et "dans un pincement" pour la traduction. Partie sur "DeepL Translate", tout autre chose : c'était de l'anglais (j'aurais juré que quand j'avais cherché quelques minutes avant ça me disait que c'était italien, mais bon ...) et il y avait trois traductions : "ciseau à bois", "ciseau", et "pistil" ... je délaisserai le sens botanique et me plais à avoir réinventé un mot inconnu de moi qui ait un rapport avec la main, et un sens, finalement, pas si loin du domaine de l'écriture, ne creuse-t-on, ne cisèle-t-on pas les mots et la langue. Je rapproche ce mot d'un autre, qui, il y a quelque temps m'est, avec surprise, tombé du cerveau devant mes yeux -plan rapproché- avec la brusquerie d'une araignée au bout de son fil (souvenirs anciens de la "cabane noire" de mon grand-père), le mot polonais "pisac", signifiant "écrire" ... il y a combien de multi-dizaines d'années que je n'avais entendu ce mot, qu'il m'était sorti de la tête ?
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D'une ignorance historique crasse, ce n'est que ce matin, sur Public Sénat, que j'ai eu quelque connaissance de ce qui s'était passé le 6 février 1934. Le monde sera toujours secoué par la violence politique, c'est à désespérer. Je m'aperçois avec un certain désespoir qu'on a omis de m'apprendre bien des choses à l'école dans ce domaine ... bon, d'accord, ce n'est pas en histoire que mon oreille était la plus attentive et mon apprentissage le plus forcené, mais on s'arrêtait le plus souvent avant l'époque contemporaine, et rien n'était chronologique, de quoi être sinon perdu, au moins désemparé. Je ne sais comment est enseignée l'histoire aujourd'hui (en cela comme en toute chose, je suppose bien évidemment que tout dépend de la façon de faire des protagonistes, les professeurs). Le film de Public Sénat vu ce matin m'a beaucoup intéressée ; je ne sais pas si on peut le revoir, je ne trouve pas.
Toujours d'actualité, et entendue lors du film, cette chanson : "Jeu de massacre"
À la supérette d'à côté, ils me refont le coup des ptits mouchoirs mal étiquetés. Déjà la dernière fois, à la caisse le prix payé n'est pas celui affiché (il est évidemment supérieur) : je m'insurge mais c'est moi qui ai tort ... pour une subtile raison de différence étiquette fournisseur et je ne sais quoi, je ne comprends rien à l'explication vaseuse du monsieur, j'affirme qu'il s'agit de publicité mensongère, il me dit que non, et j'en rajoute une couche, enfin vous voyez bien que le client est trompé ! Il se hâte d'ôter l'étiquette. Et aujourd'hui, rebelote : dans le coin promo, mouchoirs sans étiquette en dessous, mais à côté, étiquette à un euro. Qui devient 1 euro 34 à la caisse ! Je m'insurge encore, prouve de visu qu'ils se fourvoient, ce à quoi je m'entends répondre, et il rigole presque en me disant ça, que ce n'est pas la bonne étiquette ; quand je lui demande comment je peux le savoir, il ne sait évidamently pas quoi me répondre. Non mais sans blague faut faire attention à tout, aux détails, c'est fatigant. Et quand je me fais rembourser, je sens comme un agacement, je rêve !
À la boulangerie d'à côté, quelques minutes plus tard, il y a devant moi une femme qui demande à sa fille si elle veut le petit paquet de bonbons devant elle. Puis elle reste en arrêt et se met à réfléchir à quelque chose, dit à sa fille qu'elle va demander au monsieur lui il sait. Ils sont ... h. a. l. a ... vous savez ... ? j'ai l'impression qu'elle baisse le ton, comme si elle avait honte ... le boulanger (maghrébin) sourit et fait un signe mou de la tête. Vous êtes sûr ? J'ai envie de me marrer, elle prend des airs de conspiratrice gênée. Elle achète les bonbons sans gélatine porcine mécréante ... whah ... ouf, elle part, libérée et rapide.
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La résistance humaine, le destin ? sont vraiment étranges et affaires de personne : dans le tristement récent séisme (entre les violences naturelles et les autres s'opère une sélection incontrôlable !) après plusieurs jours on a retrouvé vivants, sous les décombres, une jeune fille et un bébé (un bébé !) : une pépite infime d'or, la vie, dans la brutalité de ce monde. À se mettre à croire (pour eux, leur famille) à quelque puissance protectrice, astrale ?
Texte et photos (sauf indication contraire) par le Krop.
Les images vous paraissent petites ? Vous avez raison, mais il suffit de cliquer dessus, et elles s'ouvriront à vous, comme par magie.















