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KroniK 63 (2023-semaine8)

Publié le par Nikole

 

KroniK 63 (2023-semains8)

 

 

 

 

 

 

 

 

Lundi 20 février

     À la télé, invitation voyageuse à Bali et Ibiza période hippie, un temps achevé, car peu des jeunes d'alors sont restés en ces endroits-là avec le même état d'esprit. La première destination est devenue un lieu bourré de touristes, la seconde un endroit sans doute pourri de '"fêtards" friqués, drogués à la techno de "jockeys du disque" et à toutes sortes de substances illicites hélas à la mode. Je sais, je cause de ce que j'ignore, et je subodore ... mais non, c'est de notoriété (presque) publique, une sorte de colonisation des lieux, c'est comme ça que je vois le truc. Et tant mieux si je me trompe, mais je ne me fais aucune idée vraiment positive de ce milieu-là.
    J'dis ça, j'dis ça, mais sans parler de techno "pure et dure", celle qui fait sans doute trembler les murs et les organes, j'ai quelques vieux 45 tours des années 80 qui bombinent du rythme, et donnent envie de se trémousser avec plaisir, ouais, mais sans rien qui enrichisse les dealers de tout poil. Je ne sais plus quel musicien américain disait en substance (c'est le cas de le dire !) que s'il avait mis tout l'argent destiné à ses drogues dans l'immobilier, il posséderait aujourd'hui une ville !

 

 

*

 

    Voilà, je sais : la cérémonie d'obsèques de ma tante Suzanne aura lieu vendredi. Nous irons avec mon frère, je vais "descendre" chez lui. Et je pourrai ainsi, de plus près, symboliquement, dira adieu à la sœur de ma maman.


*

    Comme je toussais depuis le matin, et que ça faisait deux ou trois jours que j'avais un peu mal à la tête, j'ai décidé d'aller quérir des médicaments à la pharmacie. IL m'a conseillé, "tant qu'à faire", de me faire tester covid : je n'avais pas plus de symptômes que mes rhinopharyngites quasi bi-annuelles, et en plus pas de fièvre, mais soit !
    La pharmacienne d'accord pour me donner les résultats par téléphone, j'ai été rassurée quand presque une heure a passé avant son coup de fil : en général quand le résultat est positif, c'est au bout d'un quart d'heure. Mais j'ai déchanté quand elle m'a dit qu'elle n'avait pas pu me prévénir avant, débordée, que j'étais "très" positive. Gasp ! Je tombais des nues. Mais tant mieux du point de vue du peu d'impact sur la santé, de ce p..... de virus qui passe aujourd'hui, souvent, presque inaperçu. N'empêche, vendredi ce sera limite. Bon, pour l'instant, attendre, se soigner "immunitaire" et retourner faire un test jeudi.


*

 

KroniK 63 (2023-semains8)


    C'est le soir, et à l'ouest il y a toujours du nouveau, dans la lumière ou ailleurs.

 

Mardi 21 février

    Pour me faire aider dans ma guérison et une tentative de confort corporel, et donc avoir des conseils, je suis allée voir ma toubibe ; à son traitement allopathique j'ajoute mes propres remèdes : zinc-cuivre, huiles essentielles -ravintsara, thym et autres-, miel de  manuka, citron, armoise ... si avec tout ça je ne retrouve pas vite la forme  ! !

     

Mercredi 22 février 

    Hier soir j'ai commencé ma nuit très tôt sur le canapé. Certes je m'assoupis souvent le soir devant l'écran, mais là, j'avais l'impression d'être une masse de pierre, de plomb, de métal. Le virus, et peut-être aussi un peu les médicaments, sans doute. Mais du coup, à cinq heures, réveil et impossible de se rendormir. Pas grave. Et un avant-goût de mon vendredi, avec un train tôt le matin et un réveil très très tôt.

 

*

 

KroniK 63 (2023-semains8)

 

    À sept heures, l'autoroute vers Paris est encombrée et des girophares pimpontent. Se déplacer en Île-de-France, et y travailler quand on le fait loin de son logis, relève vraiment de la folie permanente. Et si ça me fait bien tartir de vieillir, je me réjouis d'être à la retraite et de n'avoir presque pas de contraintes temporelles ni de déplacements obligatoires.


*

 

    Journée au ralenti. Reprendre des forces. Mettre toutes les chances de son côté pour que vendredi soit valide. Jeux dits de vieux mais les gens qui pensent ça, je les enflûte : j'aime le sudoku, et j'aime Rummikub et Triominos, moins polluants et agressifs que les rodéos à moteur et faisant davantage travailler le cerveau ; curieux d'ailleurs que moi qui aime tant les mots et les lettres, je leur préfère les jeux de chiffres !

 

 

KroniK 63 (2023-semains8)

 
 

Jeudi 23 février

     Admiré (sur arte) des pilotes-sauveteurs-sauveteuse de glacier (dans les Alpes suisses) : ces personnes-là, oui, font preuve d'actes héroïques ; on ne parle pas assez des gens bien, des utiles, des sauveurs, des efficaces. Des pylônes. Des fondations. Ce qui est souvent mis en exergue, ce sont les fariboles, le marketing, la com. Mais les vrais gens, ceux qui font un pays, on les relègue dans les basses-fosses. Et là je ne parle que de considération et d'honneur, même pas d'argent !

 

 *

 

KroniK 63 (2023-semains8)

      
    IL a enfin accepté de me faire une natte ... depuis le temps que je le lui demandais ... Pas

  facile de faire ça toute seule. Et je n'ai plus de coiffeuse à domicile. J'ai toujours aimé ça, les

   tresses. C'est une des raisons pour lesquelles je garde les cheveux longs, alors que je sais que

   les cheveux courts, ça me va mieux. LUI, trouve ça bof.

      Il y a des lustres, j'avais envie d'avoir des filles aux longues nattes ; ça n'a jamais été leur

   truc ... Tiens, en y repensant, je devais porter, au moins parfois, des nattes, enfant, puisque

   je me souviens qu'un garçon, à l'école, tirait dessus.

 

*


    Je suis allée me faire re-tester le cœur presque léger, toussant un peu encore certes mais me sentant "normale". Ben non, shitouillasse, je suis encore positive. On ne comprend pas bien toutes ces choses et selon ma toubibe j'étais contagieuse encore au pire demain. "Vous mettez un masque ssp2 (le lapsus -moi !-, foutreciel !!) "ffp2", donc, vous ne faites pas de bisous, en principe c'est bon". J'étais prête à faire très attention avec les gens que je côtoierais mais je suis persona non grata pour une des personnes qui allaient m'accueillir. Je ne m'y attendais pas, puisque de mon point de vue, a fortiori chez des vaccinés, les manifestations ne sont que modestes désagréments. L'appréhension, la préhension différentes des évènements. La peur que je la contamine, voire peut-être aussi les chiens et les chats alentour, va savoir. Je suis donc priée de rester chez moi.
   De ne pas prendre le train payé. De ne pas assister aux obsèques de ma tante. Honnête, je n'y serais pas allée sans prévenir, mais je me pose des questions sur cette honnêteté-là : après tout si je n'avais rien dit, personne ne se serait aperçu de rien. Et je suis sûre que des tas de covidé(e)s se baladent sans le savoir.   

 

KroniK 63 (2023-semains8)

 

*


     J'ai envoyé un petit texte-hommage : j'espère qu'il sera lu.
    Je pense tout à coup que je ne connaissais pas les goûts musicaux de ma tante. Bien sûr j'ai spontanément pensé à la chanson triste de Léonard Cohen :

 

 

    Pourtant, en y réfléchissant bien, c'est une autre chanson, bien plus gaie, qui me vient à présent en tête, parce que comme je l'écrivais dans le petit mot envoyé, c'est quand même essentiellement son rire généreux et son sens alerte de l'humour qui, entre autres qualités, la rappelleront toujours à mon souvenir :

 

 

Vendredi 24 février

 

  

KroniK 63 (2023-semains8)

 

     Fenêtre ouverte au petit matin, j'ai entendu le chant de l'oiseau à l'éveil : il m'a semblé triste.

 

*

 

    Loin de Saintes, je me sens orpheline de cérémonie, prisonnière de l'absence. C'est une impression curieuse, et bien trop éloignée de la raison. Les moments de rupture, le sentiment d' "abandon" de quelque chose, sont une clef dans ma personnalité, je le sens bien ; mais une clef de quelle porte ? Et je crois que ce sentiment-là est très partagé, "du coup", dans le monde ... alors quoi ?
    Je tourne, je symbolise chaque instant. Disproportions. Au moment précis où, je le suppose , "la fin commençait", à quatorze heures, j'ai voulu "faire quelque chose", alors j'ai pris un papier, de la craie -famille marnaise- et tracé, dessiné, effacé, puis écrit en un long mouvement ininterrompu et fervent -"émotion automatique"- : j'ai ainsi eu l'impression, à tort ou à raison, de présenter, même décalé, un hommage réel.

 

KroniK 63 (2023-semains8)

 
*

 
    Tombée sur cette phrase de Maïakoski aujourd'hui : " Il nous faut arracher la joie aux jours qui filent", je l'ai longtemps retournée dans ma tête sans comprendre pourquoi elle me mettait mal à l'aise. J'ai trouvé : c'est l'association des mots "joie" et "arracher" que je trouve incongrue. Comme si la joie s'obtenait par l'injonction d'une sorte de violence. Alors que pour moi, cueillie, elle est un feu qui chauffe, une couleur qui flamboie, un métal en fusion, uniquement destiné à vivre et à construire.

*

    Aïe ! IL est fiévreux, courbatu, mal foutu, douloureux de partout ! Je crains fort de l'avoir contaminé, ce qui serait assez logique, compte tenu de notre proximité, y compris avant de "savoir". Et puis le temps d'incubation, tout ça ... je m'en veux, même si mon action a été involontaire.

 

Samedi 25 février

    Il fait grand soleil. Demain est passé (quel lapsus !) ... "hier" est passé ... hier est un autre jour, il n'y faut plus songer qu'en termes de pierres dans un grand édifice, strate, strate, strate ... et start vers le suivant, même si regarder les tonalités et les textures diverses d'un mur n'a jamais fait de mal à personne ... et puis, l'observer, le mur, c'est faire gaffe aux lézardes, et accepter de les réparer ; hé, miss bakélite (encore que), miss métaphore, sors de ce corps !

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KroniK 63 (2023-semains8)

 

 

    Il est allé se faire tester, toujours aussi mal en point, et il est ... négatif (y compris à la grippe, ils font souvent les deux tests en même temps) ! C'est à n'y rien comprendre : je suis positive sans plus aucune manifestation négative, il est négatif avec tous les symptômes positifs en masse. Le caractère (moi plutôt positive, lui plutôt négatif, trouve-t-il) aurait-il quelque incidence ? On a rigolé à cette idée mais va savoir ! En tout cas, les mystères liés au corps et à la maladie sont vraiment affaire de personnes et sont loin de permettre une connaissance universelle des êtres. Je dirai que ... tout dépend de tout, et lycée Papillon ... avec effets, "du coup" ...

 

*

    Décidément, la télé peut être, "aussi" une formidable instructrice. Tombée sur une émission botanique forestière, j'entends des gens parler avec passion de strates de végétation, d'ail des ours (comestible, bien sûr, mais à ne pas confondre avec une forme de muguet toxique), de sabot de Vénus qui est, je l'ignorais, une orchidée, famille végétale qui jamais ne m'a séduite mais "les goûts et les fleurs" sont particularités personnelles.

 

KroniK 63 (2023-semains8)

 

*

    Damned, pommes pourries et cornegidouille ! je suis encore positive  ... ça finirait presque par me faire rire, tant ça me semble absurde et illogique ... Bon, ben finalement j'ai bien fait, "on" a bien fait, "vraiment", de ne pas me déplacer vendredi matin ... épi entre les sons de cloche différents de ma toubibe l'autre jour sur le temps de contagion et celui de ma pharmacienne tout à l'heure - dix jours versus cinq jours - faudrait ptêt accorder vos violons les doctoresses es médecine ! Et d'ailleurs pas logique car si l'on est par exemple négatif au bout du cinquième jour, comment pourrait-on encore être contagieux au dixième ? y'a d'quoi y perdre son latinus de vulgum pecus ! Sans compter que d'une fois l'autre, les conditions changent. Positive en juin dernier, j'ai souffert trois jours et suis redevenue négative en cinq ... so ... what ?
Prochain titillage nasal mardi : théâtre ? pas théâtre ? les paris sont ouverts ! En attendant, je recluse, et moi ça me va.

 

Dimanche 26 février



   
    Cette douleur, "là", réapparue hier soir, en un point "digestif" précis, m'a endormie avec l'inquiétude au ventre, c'est le cas de le dire, et enfoncée dans des rêves étranges et morbides. Allant jusqu'à me mettre en menace de mort malgré mes supplications. Mais heureusement me réveillant avant que, attachée à elle, un homme ne fasse tomber ma voiture dans le vide. La douleur ce matin était toujours là. Et comme je suis une trouillardissime de la santé, l'inquiétude s'installe. Encore aller voir ma toubibe et cette fois, faire quelque examen qui me rassurerait peut-être enfin.
    Un mot déterminant en exergue dans le songe de ma nuit : "passion", dont je n'oublie pas qu'il signifie aussi, et avant tout, "souffrance".
    J'aimerais avoir "le courage des oiseaux" !
   Ces kroniks sont devenues décidément un journal intime, mais qui m'est nécessaire ; être lu(e) ou pas, c'est une chose, mais faire couler le sang, le "sans", le "sens" d'encre de la tête, au cœur, au corps, à la main, à l'extérieur, c'en est une autre, qui m'est devenue importante, pour ne pas dire plus. Je fais pourtant ce que je critique chez d'autres : cette sorte d'exhibition ... morbide, précisément ? je ne sais pas. La vie est marées, et à ce déferlement bleu sombre ou de nuit, succèderont peut-être, je l'espère tant en cet instant précis, des bleuités, "délires et rythmes lents", "rutilements du jour", comme dirait Arthur, peut-être plus claires, argentées douces et avec une plage calme seulement habitée d' une légère brise bienfaisante.

 

KroniK 63 (2023-semains8)

 

 

    Plus tard, j'ai cessé de jérémiader, et me sont revenues des phrases qu'on entendait dans mon enfance et qu'on disait aux oins-oins, comme "ne pleure donc pas avant d'être battu(e)" ou qu'on leur faisait, avec une torgnole "comme ça tu sauras pourquoi tu pleures" ... demain est etc. Je me suis anesthésié les sens en zyeutant quelques images télévisuelles, et puis, j'ai farfouillé, espérant en jeter beaucoup au passage, dans les innombrables papiers disséminés partout : lettres, cartes, bouts de phrases notées ici et là, dans mille cahiers, carnets commencés, refermés et abandonnés ; citations recopiées, poèmes exhaussés. J'en rapporte des bribes ici, qui me réconcilient avec ou non quelque lueur :

    - Il fait si beau, courir dans le désert en fermant les yeux.

    - "Rangez ces ouvrages compliqués, les livres comptables feront l'affaire ... Ne soyez ni fier, ni spirituel, ni même à l'aise, vous risqueriez de paraître arrogant. Surtout, aucune bonne idée, la déchiqueteuse en est pleine". (Alain Deneault, "Médiocratie")

    - Elle aura toujours porté ses souvenirs en bandoulière. Même si à cause d'eux on la tient assise. Rigide. Sur le bois ciré. Au banc des accusés.

 

    - "À coups de marguerites et de doigts enlacés, de saveur de lumière,
      Ce long silence qui s'installe sur les choses, sur chaque objet, sur la peau heureuse des lèvres,
      Quand tout semble couler de source comme rivière
      Dans un monde qui n'est pas bloqué, qui est même un peu ivre, qui va et vient, et qui respire ... (Salah Sétié)

 

     - Pas loin d'ici,
       Un peu de poésie sur Paris
       Où l'on rit aussi (si ! si !)
       Peut-être serez-vous réjouis,
       Promis !
       Il n'y aura pas de pluie ...

  
 

KroniK 63 (2023-semains8)

 

 

 

Textes et photos : Le Krop (mais la première image allie une photo d'Ergy Landau à mon reflet s'y diluant).
Les images sont petites, parce que je souhaite une harmonie de forme, mais clic ... and ... collect.
Ah, mais si, encore une remarque : ce n'est pas moi non plus qui me suis prise tressée (nan, j'ai pas dit stressée) mais l'auteur de la natte, à ma demande : il fallait que cet instant fût immortalisé !

 

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