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Kronikole semaine 37

Publié le par Nikole

 

Kronikole semaine 37

Septembre
Mardi 12

    Toujours je me dis du nord (très vague, la notion), par opposition au sud sud qui pour moi est tout en bas, mais mes délimitations s'effrangent peut-être au cours des années. L'influence d'Arles, sans aucun doute, de la Camargue autour de la ville aussi. Bien sûr la cité arlésienne, je la vis en privilège-parenthèse, rien à voir avec la réalité du quotidien. Mais quand même, je l'ai bien senti, ce rythme plus lent, cette fréquence moins grande à faire la gueule pour un rien, à se disputer, m'ont été agréables. Le grand soleil rendrait-il les gens moins aigris, moins irritables, je ne sais pas. Faut dire que je ne viens pas au plus fort de la foule, et que si même il y a beaucoup de villégiateurs, il y a beaucoup de gens du cru, en même temps, à l'inverse des boîtes à touristes visitées ensuite, faisant des villes attendues des décors de théâtre désincarnés, sans âme et sans désir. Et puis il y a la photo, omniprésente, passionnante, passionnelle, même avec des expos qui m'énervent, des démarches à la mormoil. Je râle beaucoup pendant les rencontres, au moins autant, sinon plus, que je m'extasie, mais tout ça est d'une force, d'une attirance pour moi ! Enfin, révélation, j'ai découvert que la Méditerranée, parfois, a des vagues dont la vélocité m'ont assaillie et qui, sans remplacer l'océan, me l'ont, un instant, évoqué.

 

Kronik semaine 37

 

Mercredi 13

    Mis à part quelques soirs à Arles où nous regardions la télé affalés sur le canap, clim à l'appui, après nos rudes mais délicieux kilomètres photographiques, j'ai vécu sans écran et sans électronique (bon, je regardais les coms à mes blogs sur le téléphone de mon compagnon mais même ça j'aurais pu attendre mon retour ordi sans frustration). Ben non seulement ça ne m'a pas manqué du tout, mais encore (flash latin : non solum ... sed etiam ... ah, drôle, la mémoire !) ça m'a fait du bien de ne rien savoir ou presque du monde. C'est de l'égoïsme ? Ah ! Tout de suite les grands mots, les clichés ! Non, c'est de la préservation. Et puis on en sait toujours un peu. En ouvrant la télé ce matin, pour voir, j'ai constaté les mêmes infos en boucle et la même liste de malheurs assassins et de catastrophes naturelles ou pas de par le monde, j'ai coupé le robinet d'eau sale. Le peu que j'entends suffit à me rappeler, comme en un coup violent à l'estomac, la monstruosité de pseudo-humains, juste organiquement, qui n'ont rien d'humain.
   J'ai parcouru chez des amis un livre de R. Malka sur l'historique de l'islam ; j'ai beaucoup appris, en particulier la folie (calculée) intense et morbide de gens qui ne savent même pas, aujourd'hui, de quoi ils parlent, et travestissent les seules paroles avérées de leur connard de dieu (pour moi tous les dieux sont des connards) qui à l'origine a toute puissance mais n'a jamais demandé à ses sous-fifres d'être sa main. Quand on n'est pas d'accord, on n'écoute pas et on passe son chemin. Si on ne peut pas argumenter. Et en religion, il et impossible d'argumenter en face de qui se bouche les oreilles (mais sort la machette).

*

    Sur le trottoir, le type de la boutique photo discutait avec une vielle dame en affirmant que si on voulait déménager, il fallait le faire avant soixante-dix ans. Après, c'est mort, ajouta-t-il. J'avoue que l'expression m'a fait sourire, mais pas très franchement.

 

Jeudi 14

    Passé la nuit à faire des photos de grands maîtres, mais en rêve seulement hélas. Pour une fois mon monde de songes était en noir et blanc, ce qui somme toute allait bien avec la photo humaniste passée.
    Tu aurais pu faire l'effort d'être là cette nuit, petite mère, puisque aujourd'hui c'est ton anniversaire, mais c'est de ma grand-mère que j'ai rêvé, la paternelle. Après les photos.

 

 *

    Ah, ce besoin terrible de reconnaissance ! Les ailleurs servent peut-être à ça aussi, à ne plus y penser, ni souffrir de seulement être soi comme un point invisible, un pixel isolé dans un grand canevas indistinct.


Vendredi 15

    On ne devrait rien attendre. De personne. Jamais. Tout ce qui nous est offert alors nous est ressenti de façon beaucoup plus forte qu'on se le serait imaginé.


Samedi 16

Kronikole semaine 37

 

    Rêvé d'un tableau, ou d'une photo, je ne fais plus bien la différence dans certaines images de mes songes, à la Hopper ... je sais, ce n'est pas évident crédible avec ce croquis, mais je ne sais pas dessiner, pas du tout du tout (un jour peut-être je vous montrerai mes dessins de grande enfant, c'est une calamité !). En fait, l'attitude, et pas loin de la morphologie, était celui de la femme dans cette page.

*

    Me suis arrêtée, happée par un reportage spéléo, sur les entrailles de la terre (grottes de Riesending, bande-annonce ici , mais le film en entier est sur le Net) et admiré le courage et la passion qu'il faut pour traverser un monde souterrain plein d'embûches de textures, de boue, de passages difficiles, en se hissant comme à la montagne ou en rampant sans presque avoir assez de place pour passer. Mais aucune angoisse sur leur visage, juste de la fatigue, des sourires et de la satisfaction devant ce qu'ils découvrent en murs minéraux ou sculptures naturelles. L'héroïsme me fascine (car oui, pour moi ces hommes sont des héros).
   J'ai eu une pensée émue pour un des garçons qui partageait notre colloc étudiante il y a si longtemps, Lionel, dont on m'a appris un jour qu'il était mort au cours d'une expédition spéléo : ça avait glacé la claustro et angoissée que je suis et je ne l'imaginais tellement pas pratiquer un jour ce loisir-là. Ce qu'on est, ce que sont les autres, est tellement loin.

Kronikole semaine 37


    J'ai repensé à cette étape de nos vacances à Fontaine-de-Vaucluse, où éclot la source d'icelui, même si ce qu'on ne peut en voir de l'extérieur, en ce moment, n'est qu'une vague flaque boueuse nauséabonde dans un paysage asséché (je crois sur parole ceux que se sont aventurés sur le sentier caillouteux, glissant et interdit qui menait à cette bouche d'ombre) même si c'est plus compliqué que ce que je dis là, car en aval, il y en a, de l'eau. Mais je ne comprends rien à tout ça. Sur ce sujet aussi, il y a quelques vidéos youtube étonnantes, et passionnantes, si ça vous dit de creuser, c'est le cas de le dire, le sujet.

Kronikole semaine 37

 

Dimanche 17

    Il fait plutôt doux. J'aimerais qu'il pleuve ce soir, cette nuit. Que l'air se rafraîchisse plus encore, que boivent les fleurs et les herbes trop sèches. Que ruisselle l'eau sans inonder, juste abreuver. Que la Nature ne soit pas aussi sauvage que les humains, même si ce sont eux qui l'ont rendue sauvage.

 

Kronikole semaine 37

 

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