Sem. 35 et 36, grosso modo
Me voilà revenue depuis peu. La vacance de notre lieu habituel, d'habitation, est une bien étrange chose. Car on est tout autre. Je suis tout autre, même si s'installent ailleurs, précisément dans les lieux où l'on retourne, comme un autre chez soi, d'autres rituels, d'autres sensations récurrentes. ARLES, Camargue, Salins de Giraud, Piémanson, Aigues-Mortes, Montpellier, St-Guilhem-le-désert, Carnon, Fontvieille, Gordes, Cavaillon, Fontaine-de-Vaucluse, St-Didier, le mont Ventoux, Dieulefit, Drôme provençale ... longs, moyens ou paysages courts, seulement entrevus ou traversés le temps d'un arrêt, d'un point de vue, d'une photo, d'un monaco, d'un sandwich, d'un regard. Et puis le retour, les panneaux aperçus, noms oubliés, listes qu'il me serait amusant d'égrener, si j'avais noté (les listes me divertissent), et ce roulage si rarement fait, comme cette fois-ci, avec la nuit qui tombe et s'installe, et où les sentiments d'approche de la grande ville sale bruyante et polluée de tant de choses nous enserrent. On aurait voulu oublier mais on retrouve vite. Et on se ré-habitue. On est à nouveau chez soi : à la protection de la liberté belle, fatigante ou blessante par ses déceptions, parfois, succède la protection du cocon presque étanche. Le carré est délimité, plus étroit (voire !) mais on rentre dans ses pantoufles, on n'a plus mal aux pieds : c'est autre chose, et pour des raisons opposées, les retours sont aussi importants et forts que les départs.

