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Kronikole semaine 45

Publié le par Nikole

    

Kronikole  semaine 45

 

 

     Alors que nous sommes le 11 novembre, je ne m'étais pas rendu (sic) compte que nous étions ce jour important où l'on devrait fêter encore ce que fut la fin d'une boucherie. Aujourd'hui nous fêtons, en restant figés en face d'elle, des morts atroces sans passer par les champs de guerre, comme si ça n'en étaient pas, des guerres, alors qu'il s'agit bien de cela, mais la lâcheté et la mauvaise foi, c'est le cas de le dire, règnent. Oui, j'avais oublié, un temps, les gueules cassées, les vies déchirées, pour une fois de plus des histoires de pouvoir. Pour les grands. Les grands lâches, ceux qui bien à l'abri derrière les immondices de leurs cerveaux, sans aucun scrupule, envoient des humains, les autres, se faire tuer à leur place, alors qu'eux sont bien au chaud dans leurs retranchements, se permettant même de donner des leçons.

 

 Kronikole  semaine 45

 

   C'est le lot humain : les détails quotidiens côtoient les grands évènements. Le cœur et l'esprit ballotés, on continue de vivre comme on peut, avec révoltes, doutes, certitudes et douceurs, malgré tout. Parce que se sentir victime affaiblit les consciences ; parce que s'épuiser à se ronger les sangs n'arrange pas la santé. Alors on oscille comme sur une échelle de Richter, au gré des douleurs et des inquiétudes, au gré des sourires et des volontés d'espérance, entre le bas et le haut, avec les tripes qui montent et redescendent, avec le champ réduit des intérêts humains : vivre, être là, penser aux nôtres et les aimer. Cela seul est inamovible : l'amour qu'on porte, même s'ils sont loin, car ils sont toujours là, aux êtres qu'on aime plus que tout, et parfois plus que nous-même !

 

Kronikole  semaine 45

 

    Ma grande est là, peu, entre deux villes. Son train, quand elle repart, passe presque sous mes fenêtres. Parfois, je le prends en photo. Mon appareil est le continuum de mes regards et de mes actes, de mon œil et de ma main. Le témoin de ma vie, c'est comme ça.

 

    Courses. Je me découvre, dans le magasin, sans téléphone ni appareil. Embryon de panique immédiat. Je sais, c'est logique, que je ne les ai pas égarés, qu'ils sont forcément, à cause de ma distraction, restés dans l'entrée ou même sur la table.  Mais y'a rien à faire, les objets que je ne vois pas, je les ai perdus. C'est une pathologie contre laquelle je lutte, mais l'émotion, ça se contrôle difficilement. Du coup, je me hâte, mais la file d'attente à l'unique caisse humaine est longue. Non, je ne dérogerai pas, c'est un principe. Je ralentis par ma volonté le sentiment désagréable qui m'agite en cette attente fiévreuse. Je zappe le second magasin où je devais passer, pour vite rentrer.
    Bien sûr, la pochette verte où je balade les deux outils m'attend bien sagement dans le salon. Je me bafferais !

 

    Ma grande est passée, et a rallongé son passage d'une nuit, la courte visite entre deux villes était trop frustrante par sa durée à notre goût. L'utile, voire l'essentiel, a pu être joint à l'agréable, puisque le dernier matin, c'est elle qui a tout géré, et encore une fois, mon angoisse, quand Internet a disparu ... parce qu'on m'avait (encore) coupé le fil de ma fibre. Marre !
    Mais grâces soient rendues à Free, dont le technicien est passé à peine deux heures après la panne, et qui a réparé avec efficacité et amabilité !

 

    Vive la Poste, à cause de qui je n'ai pas reçu un papier à remplir. J'ai donc reçu un mail comme quoi si je ne le remplissais pas, je paierais une amende etc. etc. Une heure au téléphone avant de les avoir et d'expliquer que je n'y étais pour rien. En plus de la technique qui lâche, l'administration déficiente. Semaine d'emmerdes, pas vital, certes, mais épuisant ! Comment s'étonner après ça que le corps souffre, somatise à donf pour les sensibles-trouillettes comme moi !

 

 

Kronikole  semaine 45
(Expo A. Varda, Arles)

 

    Découvert par hasard sur arte-tv une rétrospective Agnès Varda ! PLAISIR ! Pu revoir, enfin !!! L'une chante, l'autre pas, et même Le documenteur, vu et enregistré sur une cassette dans les années 80 et que feu le père de mes enfants avait effacé par inadvertance.
    J'ai beaucoup d'admiration pour cette femme dont la fantaisie et l'intelligence manquent au monde. Au mien.

 

 

 

Kronikole  semaine 45(Maison des voisins, musée loufoque)

 

    Chaque fois que je sors, la saleté et l'incorrection -moindre mot- des gens me met en rage. Sans blague, à deux pas du café, cet homme qui urine, et dont on voit même le jet. Passé mon moment de sidération, je le traite de dégueulasse mais ça ne le dérange pas le moins du monde, et il fait comme s'il n'entendait pas. Je m'éloigne car des envies de violence physique m'assaillent, et je me mets à éructer tout haut dans la rue : c'est moi qui doit passer pour une folle !
    Un autre jour, j'ai déjà traité de gros dégueu un mec qui urinait sans se cacher : heureusement qu'il était occupé, parce que je crois qu'il m'aurait giflée ! Déjà loin, je l'entendais encore me traiter de putane en levant le poing !

 

    En fait ça faisait un moment que ça me tarabustait, ces paniers métalliques à fleurs vides aux fenêtres de l'ancien appartement de Claudine. Ils restaient là, comme une présence fantomatique de ce que fut le passage de la vieille femme en cet endroit, à qui je parlais du trottoir, son corps auréolé de fleurs aux couleurs vives. Je ne parvenais pas à comprendre si l'appartement était habité. Repris, peut-être, mais les volets étaient fermés la plupart du temps. Sauf aujourd'hui, où en levant les yeux j'aperçois trois belles ados noires à la fenêtre, jouant du téléphone. Je les interpelle :
- Bonjour. Pardon, mais vous habitez là ?
Elles se regardent, qu'est-ce qu'elle nous veut celle-là ...
- Je connaissais la vieille dame qui a habité dans cet appartement et qui est morte à l'hôpital.
La plus grande prend un air désolé.
- Je n'ai pas de souvenir d'elle : vous pensez que vous pourriez me vendre ses bacs à fleurs. Je pourrais vous donner 20 euros, c'est d'accord ?
- Je ne sais pas, il faudrait demander à notre père (apparemment absent).
Elle se ravise vite ...
- De toute façon on ne s'en servira pas.
Elle descend. C'est une bonne affaire pour elle, et moi je suis satisfaite.
   J'embarque les objets et je rebrousse chemin chez moi. Je l'avoue, même si ça me fait plaisir d'embarquer ces reliefs de souvenirs de la vieille Claudine, j'ai, quelques instants, un petit coup de mou qui me donne presque envie de pleurer.

 

  Je parlais d'un train. Me revient en tête cette chanson un peu triste peut-être, au moins mélancolique, et que j'aime bien :

   
    Elle pourrait parler de bien des choses d'aujourd'hui. Mais avec douceur.

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