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éKlats 36/52 - 3/3

Publié le par Nikole

 

Éclats de voix, de rire, de tristesse, de temps, de vie ...

 

 

éKlats 36/52 - 3/3


   Grosse pute ! L'insulte fuse en pleine nuit par ma fenêtre ouverte et me réveille en sursaut. Je ne sais d'où elle vient, de quel immeuble ni quelle direction. Elle m'atteint, par sa tonalité méprisante (la phrase ressemble à un crachat) en écho, c'est le cas de le dire, à celle qui la reçoit quelque part dans le carré de bâtiments. Je suis triste et en colère. 

 

    C'est en face d'un des plus dangereux et plus beaux spectacles du monde que j'ai grignoté mes biscottes en buvant un peu de café du bout des lèvres (depuis la semaine dernière, mes plaisirs gustatifs matinaux sont encore en berne) : des volcans en éruption. Magma épais, ocres, jaunes, oranges, lave, fusion. Et cendres, aussi, figement, empierrement définitif. Herculanum. Les derniers jours de Pompéi. Mais bien des volcans, aujourd'hui se réveillent et d'autres le feront encore.
    Un de mes meilleurs souvenirs télévisuels enfantins, c'est, blottie, seule, dans le canapé de ma grand-mère, ma découverte d'un film : "Les rendez-vous du diable", pourtant en noir et blanc, qui a un moment fait trotter dans ma tête l'idée que j'aimerais, comme cet Haroun Tazieff, être, plus tard, volcanologue.
    Cela m'a passé assez vite mais j'ai longtemps gardé une admiration sans fond pour ce phénomène, et maintes fois consulté un petit livre de poche, avec quelques photos en noir et blanc, lui aussi, qui traîne peut-être encore, va savoir, dans une des innombrables piles de mon atelier
    Un jour, lors d'une participation à "Pyramide", à la télé, j'ai choisi le thème : "Machine à lave", mais je n'avais plus guère de souvenirs volcaniques, et j'ai perdu. En revanche je me souviens d'une éruption de rires !

 


 

   

    Depuis quelques jours, Toinette n'allait pas bien. Déjà qu'elle traîne depuis des semaines une snow-boot (elle s'est cassé un métatarse, en marchant !) qui la gonfle (elle a quatre-vingt cinq ans mais se balade beaucoup plus que moi), la voilà qui me téléphone, inquiète, parce que depuis plusieurs jours elle a mal aux intestins, et là de plus en plus fort. J'ai l'impression de me revoir il y a si peu, dans sa description des symptômes. Bien sûr, c'est la fin de semaine et notre toubibe est absente. Tête de pioche des vieux qui croivent que les choses disparaissent comme ça ! Ben non. Je vous passe les inquiétudes et les tergiversations : elle n'ira au SAMI que le lendemain, en insistant, et se fera envoyer dare-dare en hosto, où elle attendra des heures avant prise de sang et scanner. Finalement, elle a comme moi (les maladies s'attrapent par lot ?) et se retrouve perfusée d'antibios et de liquide pour la ré-hydrater !

 

    Spontanément et volontiers, je parle aux gens, dans les attentes aux caisses, sur les bancs, dans la rue ; il suffit qu'un détail m'interpelle pour que je sois tentée d'engager la conversation.

    La femme est assise devant la porte, des vraies lettres sur le banc à côté d'elle. Je ne sais plus ce que je dis mais que ça me fait plaisir et nous partageons ce goût pour le courrier véritable, épistolaire, en papier (L'autre jour en passant près de la librairie, entendu une femme disant, haut et fort, à celui qui l'accompagne, qu'elle préfère les livres en papier, et son contact ... ben oui !). Elle a aussi mis de jolis timbres, et s'étonne (me demandant si j'ai déjà vécu ça) que pour un achat de timbres, ils lui aient demandé numéro de téléphone et autres coordonnées (j'ai oublié lesquelles) !
- Mais pourquoi ?
- Je ne sais pas.
- Vous n'avez pas demandé ?
- Si, mais je n'ai pas compris, ils ont parlé de sécurité.
Bien sûr, je ne comprends pas non plus mais tant de choses me sont incompréhensibles en ce monde.

    Allez, moi qui râle en pensant que (trop) peu de gens lisent (comme si je savais ce que font tous les gens, pfff !) je dois reconnaître que j'en vois régulièrement, comme cette jeune fille sur le même banc, en face de la Poste, et qui lit ... La guerre de Troie n'aura pas lieu.
- Vraiment ? demandé-je.
- Elle a eu lieu, me répond-elle.
On rigole.

 

éKlats 36/52 - 3/3

 

    Une autre fois, une habituée d'un des bancs en face du Monop est comme à son ordinaire, en train de lire (parfois c'est d'écrire). Elle m'avait bluffée, la dernière fois, quand j'avais vu qu'elle était plongée dans une grammaire latine ; et s'était étonnée que je le remarquasse* (ah ! ah !). Cette fois, Annie lisait du Teulé. On commence à parler de lui. Et d'autres. Son livre est tout neuf et pas de poche, on parle prix : elle m'apprend alors qu'elle trouve tout ou presque dans la boîte à livres du quartier (y compris la grammaire latine ... quel(le) élève dégoûté(e) de la chose avait bien pu l'abandonner là ?) On parle conjugaison*, aussi, et sa fille, qui est instit, n'a pas le droit d'enseigner le passé simple. Je suis désespérée par la déliquescence programmée de la langue française dans ses nuances, son jeu, ses énigmes pas forcément compliquées.

     Parfois, ce n'est pas moi qui entame :
- Madame, je vous suis !
- ?
- J'étais derrière vous à la caisse du Monop et depuis on marche dans la même direction.
- Mais oui, c'est vrai, je vous reconnais.
Le maghrébin et moi, on papote du quartier, des enfants : ses filles s'appellent Dalia et Lyne (comme Line Renaud, précise-t-il, mais avec un y). Je souris, je me dis que voilà une jolie françaiserie prénommesque. Il ajoute que le grand garçon, lui, s'appelle Souleyman. Mouais ...

 

éKlats 36/52 - 3/3

 

    Je ne les vois jamais déposer le rituel bouquet annuel célébrant la mort de leur fils (alors ado) sur le pont (suicidé ou poussé - la police avait interrogé toutes les personnes susceptibles d'avoir vu quelque chose, dont moi ... qui n'avais rien vu, il y a maintenant de nombreuses années -). Le message en est toujours le même, Martin leur manque et la vie est dure sans lui. Chaque fois que je découvre ce nouveau bouquet, ma gorge se contracte et j'ai envie de pleurer. Le pire dans la vie, la mort d'un enfant.

 

 

éKlats 36/52 - 3/3

 

    Une feuille de gingko abandonné par une semelle, dans l'ascenseur. Petite chose parfaitement insignifiante mais qui me fait sourire. Un de mes végétaux préférés !

 

 

    Cela fait plus de dix ans qu'on n'est pas passés chez eux. Comme, après Arles et le Sud, on va villégiaturer pas loin de leur bourg, dans le Massif central, je propose qu'on se voie, s'ils peuvent, s'ils veulent ... ça fait si longtemps que les souvenirs de la dernière fois sont flous, je ne me rappelle qu'une atmosphère douce, souriante.
    Ils mettent des jours à répondre à mon mail, s'en excusent mais "Le temps file".
La phrase suivante me glace : Lors de votre dernier passage, nous avons eu l'impression d'être des hôteliers et non des amis. Bien entendu, c'est notre ressenti. Aussi, nous vous laissons vous organiser pour votre hébergement. Je suis sonnée comme par une violente claque. Tout se brouille. Qu'est-ce qu'on a fait ou pas ? Aucune idée, rien. Je me demande tout à coup si nous sommes des monstres d'égoïsme. Ce mot "hôteliers", est si violent ! Je ne comprends pas. Ils veulent bien nous voir, "avec plaisir", mais sur un terrain neutre. J'ai du mal ...

 

éKlats 36/52 - 3/3

 

    C'est moi ou les Paralympiques comptent pour du beurre chez les politiques ? Il fallait attendre la fin de la "session 1" pour nommer un premier ministre mais pas la "session 2" ... du coup moi je n'en ai pas beaucoup entendu parler autant sur les ondes de ces surhommes et surfemmes qui se sont couverts, avec bien plus de mérite que les "normaux", d'or, d'argent et de bronze. Je les admire infiniment.

 

   Longtemps je n'ai pas aimé les dimanches. Dès midi, je pensais au lendemain qui recommencerait avec ses contraintes d'horaires, de transport, voire de travail inutile. Mais les dimanches après-midi, quand on a l'esprit libre, c'est délicieux. Même si le film était largement commencé, je me suis laissé aller à regarder, une fois de plus, "Les aventuriers". Quelle émotion, par exemple, de voir Fort Boyard avant ... Et quel beau film sur l'amitié, l'amour ...

 

éKlats 36/52 - 3/3

 

 

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