Territoires
Sans doute ne devrais-je pas m'aventurer sur le sujet Israël-Palestine auquel je ne comprends rien ou pas grand-chose. Cela dit, d'autres, sans doute aussi incultes que moi, ne prennent pas de gants et la ramènent sans doute aucun. Je me sens candide. Mais comme chacun, je ressens.
Il me faut préciser le préalable : tout peuple a droit à un pays. ET tout peuple a droit à un pays où il ne soit pas soumis à des forces qui le dépassent : il me semble qu'en disant cela on a déjà dit beaucoup de choses.
Et même si la religion a à voir dans tout, mais comme support idéologique, je dirai peu d'elle : me dérangent autant les kippas et ficelles que les voiles, car pour moi la religion est intolérable quand elle sort de la sphère privée (en plus d'être intolérable, quelle qu'elle soit, pour les injonctions merdiques qu'elle fait subir aux gens et particulièrement aux femmes) ; comme pour la sexualité, je n'ai pas à savoir comment les gens vivent chez eux (même si ça aussi, je me permets de le critiquer, mais chez moi).
Là, il s'agit de forces, de pouvoir. D'armes. De vie. De mort. De terrorisme. Quoi qu'il se soit passé avant, et quelle que soit le difficile problème entre, en très très gros, Juifs (certains) et Arabes (certains), RIEN ne justifie le 7 octobre d'il y a un an, et je suis abasourdie d'entendre que les extrêmes appellent les extrêmes ... les conflits appellent donc la barbarie la plus insupportable, pour les yeux, le cœur et l'esprit ? Passaient il y a peu les images filmées par les terroristes à la r'Hamas des horreurs développées dans les rires et les hurlements de joie du sang qui gicle et des démembrements, des crachats dessus ... je n'ai pas voulu regarder ce film, qui m'aurait fait probablement sangloter et cauchemarder des nuits après : le peu entrevu ici et là par hasard, même flouté, me procurait déjà des hauts-le-cœur ! Comment défendre de telles actions, avoir la honte d'affirmer qu'il s'agit de résistance ? Et les otages ? LES OTAGES !
Israël, à ce niveau-là, se défend, il n'a pas le choix de faire autrement. Et il le fait, lui, sans attaquer sciemment des civils ; mais si ces civils sont érigés en boucliers devant les connards qui se cachent derrière eux, que faire ? Des civils ont toujours, hélas, trouvé la mort dans les guerres, et là, c'est une guerre qui répond au terrorisme, une guerre c'est forcément sale. Bien sûr que je ne justifie pas, j'essaie juste de comprendre. J'espère ne pas dire trop de conneries et je veux bien qu'on revienne sur ce que je dis, car ma perception est sans doute parcellaire, voire en certains points fausse, mais j'ai cru comprendre que par le passé des ententes avaient été tentées de partage des terres*. Sans succès et probablement parce que c'était insoluble et mal fait, injuste. Mais aujourd'hui, clairement, les terroristes arabes ne veulent plus qu'une seule chose : détruire Israël jusqu'au dernier bâtiment et au dernier humain, et plus rien d'autre ... et c'est dans l'autre sens que d'aucuns osent parler de génocide ? Le 7 octobre en était la volonté, sans aucun doute possible pour moi.
Qui aurait dit qu'après la deuxième guerre mondiale, on remettrait ça ? Je crois qu'il n'y a pas, qu'il n'y a plus de solution à ce problème, je ne vois pas comment cela pourrait évoluer favorablement pour, des deux côtés, toutes les personnes de bonne volonté qui ne souhaitent qu'une paix impossible à installer dans le bordel total qu'est devenu ce conflit. Je ne voudrais pas avoir à le faire, mais s'il faut choisir son camp et ses méchants, je choisis les Juifs.
Et si, pour tous ces gens qui souffrent, partout, qu'on tue et qu'on abîme, qu'on sacrifie, la vie, c'était ça :
Dans ma nuit, il n'y a pas le bruit des bombes ni l'éclair de feu des explosions.
Les vies sont silencieuses et sereines. En tout cas ici et maintenant.
Pas de sang pas de larmes pas de corps estropiés torturés là tout près.
Dans mon horizon le noir tranquille et les passages réguliers et doux des métros et des trains.
Fenêtre grande ouverte à la nuit qui scintille, les heures passent, encore un jour, jusqu'au matin.
En ces instants précis, il ne se passe rien, pas encore, pas ici. Ce rien, tant d'êtres voudraient le vivre.
Et je mesure, à l'aune des horreurs du monde, le privilège, immense, d'être là.
* Lors des Rencontres photos à Arles cet été, nous avons visité une expo sur le conflit israëlo-palestinien. Qui ne m'a pas fait comprendre davantage que d'hab, sinon qu'avec des images le problème paraît relever encore plus, si c'était possible, de la quadrature du cercle. Car certains lieux paraissent autant justifiables du point d'ancrage d'un peuple que de l'autre, à Jérusalem en particulier. Ces images mettent aussi en lumière des nuances nombreuses à apporter : de l'extérieur, on a l'impression de deux blocs monolithiques, alors qu'il s'agit souvent de mélanges, j'allais ajouter ... de genres ... (en plus, même pas, elles se ressemblent par tant de côtés, les traditions et les croyances de ces deux peuples-là !) Je suis allée chercher les photos que j'avais prises. Curieusement, et totalement à l'inverse de ce que je pensais, j'en ai pris très peu, et elles sont toutes floues, in-visibles : cette découverte m'a infiniment troublée.
Le monde est un mur déchiré où sanglotent les lamentations.
