C'est reparti ...
À travers les lumières du sapin aux branches maintenant tombantes et qu’il faudra que bientôt je mette en bière, les lumières pluvieuses et filantes des automobiles ont repris le rythme du travail dans la ville. Il fait encore noir et je me réjouis, une fois de plus, de ce privilège, malgré son gros bémol, la vieillesse, de cette liberté autorisée du rester-chez-soi et du je-fais-c'qui-m'chante quand on est à la retraite.
Pouet pouettttttt! Je fais un bond ! La vendeuse de la boulangerie, après m’avoir servie, resurgit avec une langue de belle-mère sonore. Elle explique qu’elle le fait chaque fois que quelqu’un lui souhaite la bonne année, ce que j’ai fait, comme volontiers autour de moi en ces débuts de janvier.
Je ris.
Au jeune homme derrière moi, à la triste figure fatiguée, qu’elle connaît manifestement, car elle le tutoie, elle lance :
- Je te sers des chouquettes, comme d’habitude ? ce à quoi il répond :
- Non, je suis en sevrage.
Elle éclate de rire :
- Je suis ton dealer ?!
(Curieusement, je le comprends, pour une fois, sans qu’il me choque, ce masculin comme un neutre général).
Je n’entendrai, en repartant, dans des phrases traînantes, que de vagues pas dormi, trop mangé, fêtes.
Il en est qui ont du mal à refaire surface.
Moi ça va. Et la vie reprend. Presque comme avant.