Sans s'amuser des horreurs
Revenue de mes emplettes, une phrase dite par une mère à son enfant dans la rue m'est arrivée aux oreilles : Mais à l'école on ne te touche pas les fesses ?!
Le sujet n'est pas la question (quoique) mais avez-vous remarqué que bien souvent les gens parlent comme si on n'entendait pas ce qu'ils disent ? Je n'ose ajouter : comme s'ils s'en moquaient ! Et est-ce qu'on peut tout dire quand des gens peuvent nous entendre ? Sûrement pas, bien sûr. Cela devrait sans doute aller de soi, ce qui n'est pas le cas. Cela a un nom, ça s'appelle la pudeur, au moins la discrétion. Rien que ces termes-là semblent être des gros mots, tant ils sont peu employés.
Ça me rappelle un repas au restau. Attablés près de nous, quatre jeunes hommes déjeunaient avant de retourner au boulot. Comme souvent dans un groupe, il y en avait un qui monopolisait la parole, et ce n'était pas le plus délicat. Il racontait sans se soucier qu'on l'entendît ou pas des anecdotes relatives à son couple. Ma copine s'est ramenée toute fière d'avoir acheté un pyjama en pilou. Je lui ai bien fait comprendre que si je la voyais avec ça dans le lit je ne la baisais plus. Et de s'esclaffer, tout fier de sa saillie, verbale celle-là. J'étais outrée mais je n'osais rien dire, craignant que Lucie, la maîtresse des lieux, ne perde ses clients. Du coup, je faisais presque la tronche à mon compagnon, confite de colère, alors qu'il n'y était pour rien, le pauvre. Je n'ai respiré et apprécié le repas que quand ils se sont cassés, heureusement bien avant nous.
C'est marrant parce que j'ai retrouvé par hasard hier un petit dossier avec cinq photos éparses témoins visuels de choses que j'abhorre. Je ne sais pas pourquoi je fixe ces images d'actes qui me débectent : est-ce que parce que je n'en crois pas mes yeux ? est-ce que c'est, comme d'écrire parfois des choses qui nous dérangent, pour au contraire se débarrasser de ces visions (mais comment ? pourquoi ?)
Je ne compte plus les agressions visuelles masculines rencontrées : les urineurs, les caleçons à l'air, les gratteurs de génitoires. Toujours des trucs au-dessous de la ceinture (même sans ceinture). Question d'âge ? Même pas sûr. Question d'éducation. De décence.
Celui-là, jeune, passant à côté de moi sans s'en préoccuper, fourrageait tranquillement dans son bermuda-molleton. J'aurais voulu l'engueuler, mais j'étais pétrifiée devant tant d'impolitesse (le mot est faible) audacieuse. Après, c'est trop tard. Et me connaissant, il vaut mieux que je ne fasse rien, je me sens tellement en rage que j'aurais du mal à me contrôler : au mieux, je cracherais des insultes ... oui, je sais, c'est pas bien, et pas, pas quoi ? efficace ?
Mais les incorrections ne sont pas seulement masculines, et je les mesure à mon aune, qui n'est peut-être pas la vôtre. En matière de vêtement, il y aurait beaucoup à dire, particulièrement en matière de ridicule.
Hé gamin si t'as voulu faire genre avec ton marcel de traviole, c'est raté, genre oui, mais de quoi ?
Comment peut-on ne pas avoir honte de se balader volontairement en guenilles, et en payant pour ça ? Et quand je pense aux gens qui ont des habits déchirés involontairement ceux-là, et qui aimeraient bien en avoir des corrects, entiers, ça me met en rogne ! On a tous (?) des vêtements qu'on garde même abîmés parce qu'on les aime bien et qu'ils nous restent encore confortables, mais on ne les achète pas troués !
Autre domaine : les cheveux. Et la mise en beauté en général. Je ne parle pas du privé, même si je considère que (dans une moindre mesure) c'est la même chose, mais quand on se présente, notre préparation à l'apparence, selon moi, se fait en coulisses. Je ne supporterais pas d'aller me faire coiffer ou teindre au vu de tous, même à travers une vitrine, alors aller se montrer dehors en cours de, le crâne recouvert de pâte boueuse, en ces moments qui devraient avoir lieu en catimini, dépasse complètement mon entendement. C'est comme si tout le processus était d'importance égale, sans étapes ! Non, je ne comprends pas, et ça me dérange fortement.
Et ça ? Ferme ta bouche, mal élevé ! Est-ce que tu as besoin de me montrer tes entrailles ! Peuh !
Je n'ai pas fait le tour mais je crois qu'il y a déjà un drôle de compte. C'est moi ou vous aussi ce genre de trucs vous irrite, voire plus, sans affinités ? Dites-moi, je serais curieuse de le savoir.
Allez, à force, je vais passer auprès de vous pour la mégère qui grogne à propos de tout et de rien (non, ce n'est pas rien) ... alors, chasser ces images et repartir, en bouclant la boucle humaine, avec un peu de lueurs :