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Promenade de santé

Publié le par Nikole

     Le soir toujours je lis un peu avant d'éteindre ; je lis dans mon lit, jamais très longtemps car je sombre assez vite. D'habitude, myope-astigmate-presbyte, de près je  m'en sors sans inconfort, mais hier soir y'avait un truc qui clochait, une sorte de trouble, de léger voile impalpable. Je me relève, sérum phy, pareil, re-sérum phy, encore pareil, larmes artificielles, mais que nenni. Je me force à lire un peu quand même, c'est désagréable mais pas douloureux du tout. Une bonne nuit de sommeil, la nuit résout tant de choses.
J'éteins. Noir.
    Quand je me réveille ce matin, rien n'a changé sous le soleil ni dans ma vision. Entre autres peurs relatives à la santé, je suis particulièrement anxieuse quand il s'agit des yeux. Je pense à ce truc qui arrive à mon âge, la cataracte (mais si soudainement ?), je pense aussi à tout ce qui peut flotter dans notre vitré mais ce n'en sont pas les "objets" habituels. Alors bien sûr je commence à baliser sévère, et me précipite sur doctolib : le prochain RV possible est le 13 février, va pour cette date-là ...
    Mais quand même, quelquefois que, je téléphone au cabinet. Étonnée, je reconnais la voix de l'ophtalmo au bout du fil. Elle semble étonnée aussi que je tombe sur son portable. Je la prie de m'excuser de m'être emmêlé les crayons. Mais du coup elle me fait expliquer mon cas, et me propose de venir dans l'heure qui suit. Je la remercie intensément :
- Vous savez comme je suis anxieuse ...
- Oui, je sais ...
   
Le jeu du hasard : je vérifie toujours le détail des numéros que j'appelle, là, non, et j'avais son numéro perso en premier sur la liste, elle me l'avait donné le jour où elle m'a rafistolé la rétine.

    J'ai le temps de petit-déjeuner mais ça passe mal. Je fais une toilette de chat, prend le minimum dans un sac de dame frêle : argent, téléphone, appareil photo, saute dans mes baskets, met un bonnet (bleu azur profond, cette fois) sur ma tête et pars me faire examiner.

    Le métro arrive rapidement. Par terre, quelqu'un a fait tomber un gros bonnet en laine gris chiné, que je ramasse et propose à la cantonade, mais il n'est à personne ; je le pose sur un siège.
    C'est à ce moment précis que mon cœur se met à battre fort, car je me rends compte que mon bonnet a moi a disparu ... quand ? où ? comment ? je n'en ai pas la moindre idée : je l'avais ôté et gardé à la main, qu'est-ce que j'en ai foutu ?!  Je me dis, à nouveau :
le jeu du hasard.
   Ce n'est rien de perdre un bonnet, mais cette incompréhension prend le pas sur mon inquiétude quelque temps, d'autant que je m'étais dit en partant, celui-là, tu y fais attention ... je me mettrais des baffes !


    J'arrive très très en avance. Je me pose et me calme. Je ne sais pas si c'est parce que je me sens en sécurité et au bon endroit mais j'ai l'impression que ma vue est plus nette, moins "cachée".
    J'ai presque envie de battre ma coulpe quand elle me fait entrer. Je me fais toute petite. 
- La cataracte est là, oui, mais pas importante, ce n'est pas ça. Mais vos yeux sont tout secs !
- Pourquoi ? Je ne comprends pas.
- Vous prenez des médicaments ?
- Oui, pendant une bronchite qui a duré un mois. Je liste.
- C'est ça ! Certains médicaments assèchent. Rien de méchant ! En plus de larmes artificielles, je vais vous prescrire des gouttes pour les yeux déshydratés à prendre un mois.
Ben v'là aut'chose ! En gros, les médocs, ça te soigne un truc, ça t'en dézingue un autre. En tout cas, dans l'instant, je suis soulagée, et si je vous raconte ça, ce n'est pas pour vous raconter ma vie (enfin pas que, warf !) et mes bobos anxiogènes, mais pour que si ça vous arrive, okazou (même si je pense que les ceusses et les ceussesses qui me lisent sont bien moins pétochard(e)s que moi) vous "sachiez".

 

    En retournant au métro, rassurée pour cette fois sur mon sort oculaire, je repense, par opposition, à mon couvre-chef perdu : c'est tellement frustrant de ne pas "savoir". De la vitre du métropolitain, en arrivant à ma station, je scrute à tout hasard le quai d'en face, à la recherche d'une petite chose molle et bleue qui serait restée là, mais que dalle. À tout hasard, je demande au guichet si personne n'aurait rapporté un bonnet bleu. Ils sont deux et me demandent si je veux signaler cette perte. Bah, je pense que ça ne servira à rien mais ils ont l'air tout contents de faire ça, alors je m'exécute :
- Bon, on a dit : un bonnet vert !
- Non, bleu !
  Ils se regardent, et d'un seul élan :
- Mais vous avez dit : vert !
    Le cerveau est un truc incroyable ! 

    ( https://loeildukrop.eklablog.com/2025/01/sortie-matinale.html )  

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