Métropolitaines
Ostinato. C'est ma petite mélodie. Celle qui chante cette phrase répétée à l'envi : Je suis bien chez moi. Mais .... mais régulièrement, ne serait-ce que pour mes deux séances pilateuses par semaine ou de mini-courses que je m'efforce de faire quotidiennes, je sors, dans mon quartier.
Plus loin ? Oui, parfois. Quand je reçois de la visite de gens d'ailleurs qui veulent optimiser Paris. Quand on va à des expos photo, le moins loin possible. Quand, comme récemment, on doit aller changer un livre-cadeau-fait-en-double (et qu'on -IL- ne se souvient plus de l'avoir déjà fait ! Ô distraction ennemie !) ... le cadeauté aura gagné au change : le livre du photographe Sobol est somptueux ... fin de la digression ...
Dans ces cas-là, c'est métro. Que je ne vois plus avec les yeux d'autrefois, quand je travaillais et que j'étais souvent dedans. Maintenant, je suis plus patiente avec ses inconvénients. Surtout qu'à l'heure où on le prend, on se piétine moins. Encore que ... ça dépend ... que font tous ces gens en pleine journée dans les transports au lieu d'être en train de cotiser pour nos retraites non mais sans blague !
Nouvelle digression enragée : un titre de transport à augmenté de vingt-cinq pour cent. Passant joyeusement de deux euros à deux euros cinquante (ça doit être pour notre bien-être : entrer dans une rame pour une, voire deux stations, ça ne vaut vraiment plus le coup !). Soit ! on peut prendre un pass Liberté (à l'ancien prix, prélèvement direct sur notre compte) mais c'est seulement pour les bienheureux Franciliens ; soit, il y a des Navigo mensuels ou annuels, mais ce n'est intéressant que pour les gens qui se déplacent sans arrêt, tous les jours. Moi qui m'énerve contre les fraudeurs, je suis à deux doigts, allez trois, de la justifier pour certaines personne ... les moyennes ... Et je vous passe les imbroglios des usines à gaz du changement anciens prix nouveaux, où il fallait attendre que la carte ancienne soit vide pour la remplir au nouveau tarif, et cela avec une attente entre les deux de cinq heures, détournable en se faisant faire une carte en attente, mais aux guichets non limités à l'info, donc pas dans toutes les stations. Je vous passe aussi le fait de ne pas pouvoir toujours prendre des tickets à l'unité partout. (Je vous en passe d'autres tout aussi absurdes : allez sur le site RATP, je vous somme de tout comprendre à leurs discours explicatifs -humour noir !- De quoi devenir fou, a fortiori si vous n'êtes pas familier du système -ce qui est impossible- et ne comprenez pas la langue !) Une hôtesse de caisse ratpienne était remontée contre Pécresse, apparemment à l'origine d'un système, qui, citait-elle, "avait réuni toutes les intelligences du gouvernement pour aboutir". Gasp !!!! Fin de la digression.
Le métro, donc ! Je ne vous apprendrai rien en vous disant que je scrute. Les visages. Les attitudes. J'ai longtemps photographié les gens en train de dormir. Si je le fais encore, mais j'en vois moins, je suis plutôt attirée à présent par ceux qui ont un livre entre les mains : ça me fait du bien, ça calme un peu ma vision-alien des forêts de téléphones et des corps penchés vers eux comme en une offrande païenne.
Elle, fronçait, comme ennuyée par certaines pensées désagréables. Mais mimi quand même, dans son abandon à une certaine somnolence. Plusieurs fois, elle a bougé, puis adopté une attitude que j'ai trouvée plus sereine :
Un autre a lu, puis, même si la lecture n'endort pas forcément, mais peut y pousser, si on se laisse bercer par les trépidations de la machine métropolitaine, a fermé les yeux, gardant ses mains sur le livre, comme en prière sur un bréviaire. Comme c'est beau, des mains !
Mais je ne suis pas attentive qu'au dedans, je le suis aussi au dehors, et aux gestes des gens sur le quai, les croisements, les élans, les routines, que sais-je :
A contrario de l'agitation festive des deux filles sur le quai, me plaisait la fixité du livre reflété (je sais, pas facile de voir, croyez-moi sur parole ; avec cette stupide nouvelle interface, on ne peut plus cliquer sur les photos ou alors il faut avoir bac+25 en technicité pour installer la chose ...)
En face de moi, à droite, un couple alternait paroles en pointillés et bouderies : il réglait des comptes. Je me suis d'abord étonnée de la façon de s'habiller du garçon, pour m'apercevoir qu'en fait il s'agissait d'une fille : j'avais été enduite d'erreur par, en plus d'un visage incertain sur le genre, une poitrine plate et des jambes velues (je suis de la vieille école, celles des filles qui n'aiment pas les poilopattes) :
C'est sur cette photo que je veux terminer ma page, pas de téléphone en vue, du calme et mon monde : un photographe, une lectrice, un rêveur ... tout pour me plaire !