Interrogations

Publié le par Nikole

 Et puis quoi ?

 

Interrogations

 

 À un tout petit paquet d'années de la retraite, mon activité va changer. Mon labo explose et on va me trouver, si je ne le trouve moi-même, un autre placard où on ne me demandera probablement pas grand-chose d'utile à faire, quand bien même on me demanderait réellement quelque chose. Mais ce n'est pas sur ce sujet que je veux entamer de vastes discussions stériles sur la recherche en France. Non, ce préambule pour parler de l'extraordinairement positif-négatif (je m'en expliquerai) de certains aspects de l'éducation. Ce boulot m'a permis, -m'aura permis- des hommages collatéraux dont jamais je n'aurais imaginé qu'ils pussent (disons qu'ils puissent... à c't'heure, j'en aurai peut-être encore un peu) avoir lieu !
Il y a très très longtemps, je fus maîtresse auxiliaire. J'avais postulé dans le privé aussi, sachant que le public offrait -à l'époque- peu de places, et cela, de mauvais gré, étant a priori pour l'école laïque, républicaine, et séparée de l'Église. Je me souviens comme si c'était hier du papier reçu un vendredi pour commencer le lundi suivant à Bar-le-duc. J'avais seulement l'adresse. Parachutage en règle sans la moindre consigne, le moindre détail de rien. J'y restais plusieurs années, et les débuts me furent extrêmement difficiles : on peut savoir des choses et avoir des idées, la pédagogie, l'organisation ne sont pas des sciences infuses. Pendant ces années, j'étais devenue le bouche-trou : absences longues (voire, parfois, ponctuelles si j'étais libre), postes non assurés cette année-là, que sais-je encore : je remplaçai le français en sixième et le latin débutant en quatrième d'un dépressif ; j'assurai (toute une année scolaire) non le français, la (vraie seule) matière que je maîtrisais un tant soit peu, mais les matières d'éveil : histoire-géo, activités manuelles (oui, moi !) et tutti quanti (j'ai même oublié quelles autres) ; je m'occupais même, toute une autre année durant, d'une classe de tout-petits, ceux qui arrivent les premiers jours en hurlant parfois ou en foutant le bordel en salle de sieste : cette année-là est, du reste, mon meilleur souvenir, aussi difficile fut-elle physiquement, car je suis (j'étais, en tout cas) de nature maternelle et câline, patiente et empathique, avec les enfants, et le fait de leur avoir porté beaucoup d'attention, ce qui me fut bon, je fis tout pour que ça le soit aussi pour eux ; c'était si important ! J'en ai de tendres souvenirs (et des photos, aussi, quelque part).
Mais revenons à aujourd'hui. Moi, mon truc, c'est l'amour des mots, de la langue française, l'intérêt pour leur histoire, leur sens en fonction de leur origine, vous voyez le topo. En fait je suis -même si c'est dans le secteur littéraire- ingénieure d'étude (troufion quoi, dans l'échelle des grades). Hé bien figurez-vous qu'un(e) ingénieur(e) d'étude, ça peut donner des cours à des étudiants dans une fac, oui m'sieurs dames. Loin de moi l'idée de cracher dans la soupe -une soupe que j'aime beaucoup, en plus-, mais je trouve ça aussi ahurissant que mon premier parachutage. On m'a demandé, il y a plusieurs années maintenant,  d'assurer des cours (parce qu'en plus, vu que ce sont des vacations, que c'est relativement peu en heures et en argent, ce n'est autorisé qu'aux personnes qui ont déjà un emploi, même si, quand même, le cumul autorisé reste chétif, ce que je trouve normal) de français cette fois : cours magistral sur les pièges et difficultés de la langue française ; travaux dirigés sur l'expression française, et roulez jeunesse ! Succinct, euh, non, vaste, plutôt ! Notez, depuis le début je suis emballée, c'est pas la question, mais je trouve quand même les structures de ce pays un tantinet légères... Et je n'évoque là que mon cas, avec, même si je suis un peu foutraque, foisonnante, une expérience de la langue, une attitude un peu rodée à l'espèce humaine, une volonté à transmettre, qui font que je m'investis, que je suis enthousiaste et tente de me rendre utile et efficace, mais quand même ! Des étudiants et la langue (française) ? Vous surprendrai-je en vous signalant des lacunes en orthographe et en structures, un certain manque de vocabulaire et de repères chronologiques ? Je ne dis pas qu'ils ne savent rien, loin de là, je ne prétends pas qu'ils ne sont pas intelligents, loin de là, et puis généraliser, il ne faut jamais le faire, mais je suis quand même affligée et j'ai parfois l'impression de ramer si fort que je vais attaquer la falaise. Comment certains ont-ils pu arriver là avec un bac en poche !!! Alors ma tâche, ma quête, c'est essayer de leur faire prendre conscience de la langue, de ses rouages pour mieux la comprendre, et les faire bosser (nan, la connaissance n'est pas infuse). Cours magistral (qui n'en a que le nom, je ne peux m'empêcher de les faire réagir et de les questionner) sur les barbarismes, les familles de mots, la façon de découvrir leur sens, voire leur orthographe, en connaissant tout un tas d'éléments formants, de mots-étymons qu'on retrouve, faire gaffe aux mots qui se ressemblent, ce genre de chose ; tenter de donner des éléments de réflexion et d'instruction quoi (je caresse depuis longtemps l'idée d'un -troisième- blog dédié à la lexicologie mais... hmmm on verra plus tard, hein, ou jamais...). D'une année sur l'autre, mes cours ne sont jamais similaires, mais cette année, ç'aura été, en gros, vocabulaire-conjugaison...
Probablement ma dernière année ... changement de lieu, et sûrement plus (plu) de cours possible en plus, en marge, de ces marges où tout ce qui est inscrit est plus important que sur la page.

 

 
Richard Anthony, Je suis fou de l'école (sinon ICI)

 

 

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M
J'n "rirais" presque" si je n'avais pas derrière moi toute une carrière d'enseignante et formatrice. J'en "sourirais ""presque car tout cela est si bien raconté, mais le constat est sans appel.
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F
Avec une proféseuse comme toit, j'aurait eut une bonne notte aux baque. Florentin
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L
Hélas, tu dresses un constat pas si récent et qui va s'aggravant... Mais savoir qu'il existe des personnes telles que toi, attachées aux mots, à leur importance, et, cerise sur le gâteau, attachées à partager, faire savoir, faire progresser, aller chercher le meilleur en chacun, ça fait un bien fou!<br /> Merci. 
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P
Une belle réflexion, on ne sait plus trop ce qui est bien et ce qui ne l'est pas tant cette société prône la consommation, uniquement la consommation !!! J'ai beaucoup de considération pour tous ceux qui exercent leur métier avec cœur, là est le chemin, celui qui enrichit l'autre et qui ouvre un chemin lumineux. Belle journée Nikole.  brigitte
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D
C'est un beau texte et une belle expérience. Il faut dire que les SMS n'aident pas beaucoup à la connaissance de notre langue !!
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B
Sont mimis ces petits élèves bien rangés pour la photo d'année... J'en reconnais 2, mais je vais pas cafter ....<br /> Aujourd’hui, mon directeur général (pourquoi pas directeur colonel...:-) ) fait des fautes horribles dans ses mails, et tout le monde s'en moque, parait que ce n'est pas ça l'important... Je crois que ce qui compte c'est le fric, donc faut te recycler en prof de maths ....<br /> Allez bon courage, à la retraite tu pourras toujours t'occuper d'alphabétisation des nombreux migrants qui ne demandent qu'à apprendre la langue pour s'intégrer dans notre beau pays...
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T
Courage camarade.
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M
Je crois que la réussite des niveaux académiques relatifs à la langue française passe par l'habitude de la lecture.Nikole, tu devrais devenir correctrice pour une maison d'éditions! J'en ai croisé quelques unes, et elles avaient tes qualités et tes connaissances.
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L
Dur d'être enseignant. Surtout aujourd'hui où le savoir de nos anciens maîtres n'existe plus. J'ai encore la nostalgie de cette époque où les instits savaient enseigner, notamment dans des classes à plusieurs niveaux. Une époque où la plupart n'allait pas au-delà du certificat d'étude mais savait écrire parfaitement, sans faute d'orthographe ou de grammaire. Un temps disparu depuis belle lurette, notamment avec 80 % de la population au bac. C'était les années 1980. Adieu les cours à l'ancienne, les devoirs à la maison, les corrections et les notes qui sanctionnaient les savoirs... Le nivellement par le bas en quelque sorte. Et ce n'est pas la dernière tentative de tout transformer (pour déformer) qui pourra relever le niveau.<br /> J'ai trop fréquenté d'étudiants pour ignorer qu'ils n'ont pas le bagage indispensable à une vraie culture. Tant qu'ils ne font que parler, ça va à peu près, mais quand on doit les lire... la catastrophe. L'inculture est crasse. Je récupère des élèves qui ont un défaut d'enseignement. Pas simple de les amener à un niveau respectable. En revanche, c'est intéressant car cela demande de faire des efforts pour les conduire jusqu'à un niveau correct, voire acceptable.
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E
je lis dans le com de Patrick "si c'était le foutoir uniquement dans l'enseignement, ce serait moindre mal"... hé bien non, je ne crois pas, ce mal-ci est terrible... de là découle tous les autres maux... 
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P
Oui mais malgré toutes ces réticences c'est quand même une bonne nouvelle pour toi ! Et pour tes futurs étudiants également j'en suis sûre. Bons préparatifs de cours ! :)
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P
Ton texte est très beau , et il cerne parfaitement, en les pointant d'un doigt précis , les problèmes qu'on rencontre avec nombre ( pas tous heureusement ) de nos jeunes collègues,  pour qui Grammaire , syntaxe et vocabulaire sont les 3 mamelles de la pauvreté de leur capacité a s'exprimer.<br /> ils ne sont pas bêtes , et le bac qu'ils ont eu , comme tu le dis , a été obtenu grâce a une baisse significative du seuil  de tolérance a l'erreur. (quand on était jeunes , 5 fautes a 4 points dans une dictée , c'était zéro sur 20......... et maintenant   ? )<br /> Mais, je ne vais pas en dire trop, je noircis pas mal de pages blanches ici, ;) et il faut savoir dire Stop.<br /> Moi aussi , j'aime les mots , ayant passé 41 ans a travailler sur les maux qu'ils cachent.<br /> Je suis depuis longtemps , et le suis encore maintenant, surpris par cet "amalgame " créé et perpétué par le corps "en saignant" , enseignant consistant à travailler sous la bannière erronée de Ministère de l' Éducation Nationale.<br /> comment peut-on ne pas être gêné aux entournures en étant enseignant et travailler dans l’éducation ?<br /> Ce paradoxe linguistique et sémiologique ( j'ai trouvé Saussure a mon pied ... ) me trouble toujours , et je ne peux m’empêcher d'y voir les raisons des difficultés rencontrées par l' ensemble élèves / parents / enseignants, 2 d'entre eux se trouvant investi d'une fonction éducative , non définies.<br /> les parents éduquent les enfants / les enseignants enseignent , certes avec la dimension éducative sociale et de groupe qui relève de l' Ecole Publique.<br /> cela dit , ce n'est pas rassurant , mais si c'était le foutoir uniquement dans l'enseignement , ce serait moindre mal , non ?
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C
tu ne m'étonnes pas, ma belle-fille qui enseigne le "droit constitutionnel" en Belgique découvre tragiquement que ces futurs "maîtres" de la parole en droit ne maîtrisent pas l'orthographe la plus élémentaire ... où sont passées les bases d'antan ?<br /> amitié .
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