Question

Publié le par Nikole

 

     La misère est-elle un sujet artistique ?

 

    Dit comme ça, ça ressemble à une provocation.
Il est des sujets plus ou moins tabous, et celui-là, assurément, en est un.
Doit-on photographier les miséreux ? Pourquoi pas ? Pourquoi ?
C'est la honte de croire qu'ils croiront qu'on les montre comme des bêtes de foire qui nous arrête.
C'est leur regard qui nous en empêche.
Même quand ils ne nous voient pas.
Pourtant, ils sont citoyens du monde au même titre visuel que les autres, et si un photographe est témoin du monde, pourquoi ne pas les prendre, ces photos-témoins-là ?
Tant de photographes l'ont fait. Tant d'images fortes n'existeraient pas s'ils ne l'avaient pas fait.
Le droit à l'image ? Oui, mais alors, là encore, au même titre que celui de toutes les autres personnes.
Pas plus. Mais pas moins.
En fait j'ai la même attitude avec tous les gens, quelle que soit leur apparence : parfois je suis poussée à les photographier, quelquefois non.
Une sensation. Quelque chose dans l'air. Dans les ondes. Une énergie. Un besoin.
Et je les vole. Oui, les images, je les vole, à un instant de la vie des gens. Et sans leur demander.
La plupart du temps, c'est pour cette unique raison : le désir, fugace et tendre, de montrer une part de leur vérité.

 

 

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P
La notion d'art renvoie à celle d'émotion qui est nécessairement intériorisée. Photographier (qui revient à "re-garder"), vient nourrir cette démarche introspective. Elle ne relève pas du voyeurisme mais d'une tentative de compréhension du monde qui nous entoure, avec ses beautés saisissantes comme ses injustices odieuses.<br /> Vous photographiez, vous passez l'image au crible de votre sensibilité, puis vous nous l'offrez.<br /> Merci!<br /> (ajournementdespossibles)
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M
Je n'arriverais pas à faire ce genre de clichés non que cela me dérange mais d'autres savent mieux que moi montrer la misère "silencieuse", celle qui peut gêné le regard.<br /> Je préfère être "active" en bénévolat dans des associations.<br /> Bises de Mireille du Sablon
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L
Il y a les témoins "discrets", comme toi, et puis aussi les photographes et autres grands reporters, et encore les reporters de guerre. Tous, vous montrez, pour faire toucher des yeux la réalité du monde. C'est nécessaire, souvent choquant, toujours dérangeant, mais c'est la vérité du monde tel qu'il va, avec ses grâces et ses horreurs. Montrer ce qu'on sait, ce qu'on voit, c'est une action. Regarder, s'informer, c'est aussi une action. Un éveil à une forme de vigilance, qui permet de répondre à certains appels.<br /> Après, j'essaie, depuis pas mal de temps (ça n'a pas toujours été le cas, j'étais assez radicale dans ma jeunesse), de garder un certain sens de la nuance. La faute unilatérale au pouvoir et aux privilèges? Ça me parait un peu simple. Nous sommes tous responsables de la façon dont toutes choses se passent, je veux dire, passer devant ceux qui dorment dehors ne nous empêche pas de rentrer chez nous dîner et dormir... <br /> Les choses empirent-elles? Je ne crois pas, non, mais l'immédiateté des informations qui nous parviennent nous empêche de dire "Ah mais je ne savais pas". La différence fondamentale est là, je crois, avec les générations précédentes, nous savons, à la minute près, ce qui se passe partout dans le monde, et nous voyons continuellement qu'il n'est pas si beau que ça, pas tout le temps, pas si souvent.<br /> Alors, en vouloir aux dirigeants, aux riches, aux "puissants"... pour proposer quoi, une égale répartition du travail et des revenus, tous ensemble et en uniforme? Hum...<br /> Si on prend exemple sur "Mère nature", que voit-on? Loi du plus fort, disparition des faibles, des malades, des vieux, des différents... Au moins, au fil des civilisations humaines, on a obtenu globalement que le fragile soit considéré comme ayant droit à la vie, et mieux protégé. Alors bien sûr, pas partout, pas tout le temps, pas assez. Il reste du chemin à faire, mais c'est toujours le chemin qui importe, et vraiment, si on regarde ce qui se passe autour de nous, vraiment là, juste autour, on peut voir de belles choses. Le mal n'est pas plus banal que le bien, mais le bien ne dépend que de nous, tous et un par un. Celui qui répond à la misère par le don, au froid par une soupe chaude, ou un café, à la solitude ou à l'angoisse par l'écoute bienveillante, qui remplace le manque de moyens par le bénévolat, qui calme la colère par le sourire, qui témoigne de choses douloureuses et parfois sauve celui qui subit la même douleur, celui qui partage un bien, un savoir, une admiration, celui qui dit "merci", celui qui dit "je suis désolé", celui qui vote pour la raison plutôt que pour une idéologie, tous ces individus qui font leur part, tous les jours, partout, en silence mais qui font que le monde tient. Rien qu'en France, il y a 15 millions de bénévoles, dans tous les domaines...<br /> Alors voilà, le monde n'est pas si beau, on y fait ce qu'on peut, "on va tous pareil moyen moyen", mais on peut y faire ce qu'on veut, aussi...<br /> Et je suis bien incapable de répondre à ta question-titre, mais je sais que ton regard est de ces choses qui ne font pas de bruit mais qui font le bien ♥♥♥<br />  
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Z
Ce sont des témoignages et au moins cela force les lecteurs à tregarder, eux, qui détournent le regard dans la vie réelle, au moins là, ils n'ont pas peur des photos...<br /> Très bonne journée
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B
Photographier ceux qui souffrent permet aussi de porter un témoignage réel à ceux qui n'osent ou ne veulent pas voir la misère du monde. ce n'est pas du voyeurisme  c'est montrer aussi une réalité.Je me souviens qu'avec un ami Grand reporter nous nous étions posé la question de savoir si on filmait et photographiait ceux que nous découvrions dans un dispensaire de brousse en Afrique, l'horreur pour nos yeux d'occidentaux.Nous avons choisi de montrer. Généralement quand on montre cela, il y a un grand silence qui s'instaure.......<br /> Merci de ton billet.<br /> Bon mercredi
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C
je te vois très courageuse d'ainsi (en toute dignité) montrer une seconde (le temps d'un cliché) ce qu'ont des humains à vivre dans nos rues, à cette heure, au sein d'une société pas totalement équitable, loin s'en faut !<br /> merci<br /> amitié . 
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P
Désolé Nikole , excuse moi de t'avoir oubliée sur ce coup là : je me souvenais plus que tu étais présente au Casino de Paris .. . tu y étais les 3 soirs ?
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B
je n'arrive pas à photographier le malheur, je m'y trouve indécente dans mon confort, les photographier et ne rien faire, il faudrait les rémunérer pour leur tirer leur portrait.  je suis allée à Cuba et me suis sentie mal à l'aise dans les hôtels étoilés avec piscine quand les cubains n'avaient l'eau courante que tous les 3 jours etc... je ne veux plus faire du tourisme dans la misère du monde. mais les photos présentées sont de qualité. 
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P
Je me demande si une des "difficultés" ne vient pas , en fait , de QUI prend la ou les photos ..?<br />  Un Photographe d'agence de Presse, ou un journaliste de tel journal ou telle TV se verra quasi auréolé de bienveillance car sa photo sera ( serait / devrait ) diffusée pour la "bonne cause " dans un but d'information des masses , pour que les Foules  sachent que cela existe. Le citoyen Lambda ne sera pas souvent comparé dans sa Mission , à ce photographe, qui montre et fait découvrir l'horreur de la Misère ( comme celle de la  guerre ). Le photographe Lambda d'emblée est assimilé/ assimilable a un voyeur qui se repait de la misère du monde, étant donné que c'est juste pour sa "consommation personnelle ". Alors que le photographe pro alimentera les colonnes de son canard, ou de son JT, a la recherche d'audience , de ventes donc de recettes et de bénefs, le Lambda , LA lambda , devrais-je dire puisque tu parles de tes images , n'est pas dans cette dynamique. tu nous fais partager TA vision de cette Société, en l'agrémentant de tes réflexions. Nul besoin que ce soit porteur et encore moins vendeur.<br /> Les photographier n'est pas l'enjeu, en fait: ce qui est fait de la photo, si.<br /> En Février 2009 , en allant avec ton frère et un autre larron, voir les 3 concerts de Magma au Casino de Paris, nous avions été à la fois surpris , et bouleversés, par l'aspect "normal" de la rue vers 19h00, en se rendant aux concerts, et son aspect à la sortie des concerts vers minuit : les entrées de portes cochères , les recoins les plus propices à être moins exposé au vent et au froid étaient occupés par des hommes , des femmes et quelques enfants , absents 3 heures plus tôt, et installés , chez eux, pour la nuit, dans ces conditions sordides. Je dis chez Eux, car 3 soirs de suite , ils étaient là , aux mêmes places , les matelas de fortunes installés dans le même ordre, aux mêmes endroits avec les mêmes protections de cartons et journaux anti-froid ... c'etait a pleurer et / ou hurler de rage . Pas pris de photos , non. Mais ces images sont encore là, en mémoire , bien assez précises pour du 13 ans d'âge. en 1985, le philosophe Michel Colucci avait créé les Restos du Cœur sous le slogan : " aujourd'hui, on n'a plus le droit ni d'avoir faim ni d'avoir froid "... en 2009, ça faisait deja presque 25 ans , et aujourd’hui bien qu'on en soit à 37 ans de " on n'a plus le droit ... " pas un frémissement  ne laisse penser a une amélioration prochaine.<br /> j'ai lu quelque part que lorsqu'un fléau social comme la drogue , , la Faim , la Misère , la Guerre tue moins de personnes qu'elle n'en fait vivre , il n'y pas d'espoir de voir changer les choses. Sur ce ,  bonne journée .<br />  
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