Question
La misère est-elle un sujet artistique ?
Dit comme ça, ça ressemble à une provocation.
Il est des sujets plus ou moins tabous, et celui-là, assurément, en est un.
Doit-on photographier les miséreux ? Pourquoi pas ? Pourquoi ?
C'est la honte de croire qu'ils croiront qu'on les montre comme des bêtes de foire qui nous arrête.
C'est leur regard qui nous en empêche.
Même quand ils ne nous voient pas.
Pourtant, ils sont citoyens du monde au même titre visuel que les autres, et si un photographe est témoin du monde, pourquoi ne pas les prendre, ces photos-témoins-là ?
Tant de photographes l'ont fait. Tant d'images fortes n'existeraient pas s'ils ne l'avaient pas fait.
Le droit à l'image ? Oui, mais alors, là encore, au même titre que celui de toutes les autres personnes.
Pas plus. Mais pas moins.
En fait j'ai la même attitude avec tous les gens, quelle que soit leur apparence : parfois je suis poussée à les photographier, quelquefois non.
Une sensation. Quelque chose dans l'air. Dans les ondes. Une énergie. Un besoin.
Et je les vole. Oui, les images, je les vole, à un instant de la vie des gens. Et sans leur demander.
La plupart du temps, c'est pour cette unique raison : le désir, fugace et tendre, de montrer une part de leur vérité.






