Chronik (19)
Lundi 28 février 2022
Découvert le peintre russe Ilya Repine ! Tant d'œuvres d'art inconnues quand on nous montre toujours les mêmes, ou celles de "rigolos" sans talent mais qui ont de la gueule et des relations.
On parle beaucoup "aussi" de l'art des Russes, en ce moment. Je vous conseille cette vidéo :
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Éloigné quelques jours, il me manque. Je suis alors son lapin blanc et j'imagine un lagomorphe albinos se diluant dans la couleur du temps. La vie ici.
"Be careful with a fool" ... c'est bien le moment tiens !
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Re-re-revu toujours avec le même plaisir et la même émotion "Les aventuriers" de Robert Enrico. Parce que l'amitié, la dimension épique. Et Fort Boyard. Celui de jadis. Le plaisir simple des films sur l'art, l'amitié. Acmés vitales.
Jeudi 3 mars
Leur existence s'arrête telle qu'elle était hier et la nôtre continue. Pour l'instant. On aurait presque honte de notre vie à nous, de notre impuissance en face de leur souffrance et de leur mort, potentielle ou réelle. Mais faut-il arrêter de penser et de décrire sa propre paix quand d'autres vivent la guerre ? Faut-il parler d'autre chose ? Raconter autre chose ? À quoi servent les paroles quand on n'a aucun pouvoir militairement ou diplomatiquement ? Je n'ai rien compris au "déclic" de guerres antérieures, je ne comprends pas plus celle-là, ni comment le destin d'un pays peut être bouleversé dans le chaos volontaire d'un seul homme, par la détermination mégalo qu'il s'octroie sur d'autres. Je ne comprends rien à la folie du pouvoir, à l'exultation qu'on peut conserver en sachant qu'à cause de soi des gens innocents meurent et meurent encore. Je ne comprends rien à ce monde.
Est-il alors si étonnant que je me réfugie dans d'autres, paradis artificiel de la poésie, des images et des songes ensommeillés ? N'est-il pas logique qu'inconsciemment je retourne souvent en pensée vers un passé où tout était encore possible, où je pensais béatement l'humanité à venir évoluant vers quelque chose de plus en plus beau. Je ne veux pas me complaire dans le malheur même si je pense vraiment qu'il y a de quoi. Je ne veux pas être négative non plus. Et ces humains qui luttent avec un calme puissant et une détermination infinie nous, me donnent une leçon de courage et de grandeur.
Pour autant, je vais continuer à m'écrire et décrire mon carré de luzerne protégé comme par un sortilège. Mes rêves me font sauter par-dessus les palissades du présent, et vouloir prendre la clef des champs.
Dimanche 6 mars
Quand j'ouvrais l'œil, le battement d'ailes rapide d'un oiseau traversa le carré de la fenêtre ... de droite à gauche ... auspices favorables, disaient les Romains. En même temps, je me sentis penser : "la circulation des sèves inouïes" ... et je voguai tout de suite alors vers elles, vers eux, là-bas, si loin si proche, avec un chagrin languide et une espérance folle, résistante.
"L'espoir est ce qui meurt en dernier", m'avait mis IL en tête un jour. Un proverbe russe. Ou ukrainien. Enfin, de "par là-bas" ...
Lundi 7 mars
Alors qu'au pays natal d'une de mes grand(s)-mères c'est la guerre avec sa cruauté essentielle, je vis ici la vie fragile d'une paix dérisoire car jamais sûre nulle part. L'idée de la mort contrainte m'a toujours été insupportable. Je pensais à tout ça, hier, et en complet décalage, je vis à la télé un reportage exaltant sur les arbres et leurs "conscience" inouïe. Je sursautai involontairement quand j'entendis parler de "la circulation des sèves" que j'avais citée le matin même mais surtout, j'appris des choses incroyables sur l'intelligence -oui- "végétale", une chercheuse expliquant que, hors lumière et hors gravité, ce qui fait exceller la vie des arbres, c'est leur force unie et sans compétition ! Elle émettait de fait la douce et si terrible hypothèse que si les humains prenaient en compte cette donnée et l'appliquaient à leur vie (en cessant la course au plus ceci ou cela) ça changerait sans doute la planète, à tous les niveaux. Dit comme ça, ça peut sembler nunuche et simpliste, mais de la façon dont elle le développait, ça paraissait "plausible". C'était sur la cinq ou arte et je ne retrouve pas l'émission sur le Net, dommage.
Mardi 8 mars
J'allume la télé le matin avec la crainte d'images, d'actes et de paroles "encore plus" folles. Le statu quo n'est pas plus optimiste. Seul l'arrêt des guerres, de LA Guerre, éternelle, sècherait les larmes et remettrait du cœur au ventre des encore vivants. Même si des larmes, il en verseront toujours pour les morts. Inutiles. La mort naturelle est déjà une idée dégueulasse, alors les morts imposées, subies, quel déchirement éternellement insupportable !
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Sur un blog que je suis, la personne a supprimé ses mots et ses photos du jour, estimant cela dérisoire par rapport à la situation du monde. J'ai évoqué la chose récemment dans ce succinct journal de bord. Mais je ne fais qu' "à demi" la même chose ... je n'ose plus poster quelque chose qui ne serait pas en rapport avec la catastrophe guerrière vécue en ce moment, comme si retenir le souffle, la voix, les mots pouvait atténuer quelque chose. Hypocrisie de ma part dans la mesure où je continue de poster une photo par jour sur Aminus, comme si de rien n'était, en parfaite étanchéité. Il est vrai que j'y parle peu, mais quand même. Toutefois, vivre en apnée ici ne supprime pas leur apnée à eux, et pourquoi se sentirait-on coupable de se comporter en personnes libres (avec avec tous les guillemets de l'Inconnu, la fragilité sociale, guerrière, économique, j'en passe) ?
Jeudi 10 mars
Pendant que pas si loin la neige tombe sur le sol et dans les cœurs, un soleil soudain a envahi ma ville. D'une fière clarté presque indécente. Dehors, une fois de plus, j'ai écouté la paix avec une reconnaissance simple et essentielle devant ce miracle de chaque jour : vivre.
Ici, protégée et méditative, j'ai (re)commencé à tenter d'alléger un peu tout ce qui obstrue ; à réorganiser, compacter, jeter -trop peu- en me forçant, (re)découvrant des choses oubliées. Dans un fatras quelconque, je suis tombée sur des vieux bouquins que j'ai exhumés :
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Je n'ai pas regardé la télé, écouté les infos aujourd'hui. Je ne sais où en est la situation ... demain sera assez tôt pour compatir encore. Mais un mot depuis quelque temps me trotte dans la tête et que je pensais à jamais disparu, "honneur" ... il y a aujourd'hui des gens qui nous prouvent qu'existe le sens de l'honneur. Et celui de la dignité.








