Thèmagazine
Sujet : les arbres
Là-bas
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La Marne. J'étais dans le train et j'allais bientôt arriver dans la ville, le village de mon enfance, pour des obsèques. Le paysage était pesant. Qu'en est-il des arbres qui passent, laissant dans nos regards les lignes fuyantes de leurs voyages ?
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La Marne, encore. Une terre aussi triste, grise et presque calme, au Nord, qu'était tourmenté et violemment jaune le champ de blé de Van Gogh au Sud, alors que les corbeaux ponctuent les deux vues. Et plus proche, dans l'esprit, des représentations de sa Hollande natale.
3
C'est une contrée où la plaine est fantôme. Parfois. Et les arbres si discrets, si pudiques qu'ils se fondent dans les souvenirs. Dessins. Desseins. Destins. Seules leurs silhouettes peuvent briser une ligne d'horizon infinie.
Ici
4
Dans les villes, la nature accompagne la civilisation ou se bat contre elle. Cette photo dense témoigne de la difficulté, de la proximité de leur concubinage. Troncs qui encadrent mais semblent étriqués dans ce cadre.
5
Approchée d'eux, je fus émue par ces veines qui ressemblaient à celles qui sourdent sous les mains des vieilles gens. Rugosité des peaux fripées résistantes, résilientes. Je devinais un sang silencieux dans le travail des sèves, une lente persévérance dans la force de vivre.
6
Une sensation double m'étreignit devant cette image : la familiarité et l'inquiétude. C'est la Marne encore, qui coule à deux pas de chez moi, mais si loin de celle de mes origines : hasard de ma vie, qui me fait habiter à quelques dizaines de mètres de là où elle se jette dans la Seine. Ces tons gris, ces arbres à la fois protecteurs et dangereux me ramènent une fois de plus aux mondes engloutis de l'enfance et aux chemins qui toujours les ont bordés.
Et pourquoi sur cette photo cette eau qui coule me fait-elle penser à une autre, celle-ci :
(sinon, sur youtube, ici)
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Monde de l'étrange. J'aurai beaucoup circulé dans les trains. J'aurai capturé beaucoup d'images, dans ma tête et dans mon appareil photo. Alchimie du regard, des reflets, des réflexions, aux deux sens du terme. Ne dirait-on pas une sorcière-babayaga préparant des potions aux herbes ou rassemblant ses affaires et son balai pour rejoindre les copines au prochain sabbat ?
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L'arbre aux cigares. En photo, faire feu de tout bois, et fomenter un peu d'humour végétal.
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Luminarbre. Tendre complicité.
Ailleurs
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Un endroit, un moment que j'ai aimés et dont l'atmosphère un peu douce, un peu mélancolique heureuse transparaît, j'espère, dans la représentation que j'en offre.
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Un détail du même lieu, au milieu, quand on s'approche sur la pointe des yeux ... pour vivre heureux vivons cachés ?
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En contre-bas, en catimini et sur le fil, un arbre nu danseur s'avance, entre Loïe Fuller, Isadora Duncan et Carolyn Carlson, telles que, fières, je les imagine ...
René Aubry, Tree song (vidéo où danse C. Carlson ici)











