Natures mortes
De tout bois il faut faire flèche parfois, et de tout sujet écriture. C'est la même chose en photo. Tenter de faire son petit Baudelaire du dimanche (ou d'un autre jour) :
Ô vous soyez témoins que j'ai fait mon devoir
Comme un parfait chimiste et comme une âme sainte
Car j'ai de toute chose extrait la quintessence
Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or.
Littérature, peinture ou photo, tout se vaut dans l'engagement et la recherche, l'impact.
Mes fraîches fleurs valentines furent passantes. La chaleur de l'atelier a eu raison d'elles, malgré mes soins pour les préserver. Soit ! Elles sont devenues natures mortes, au sens pictural du terme. Et des fleurs séchées, ce sont comme des fleurs de papier ... ça ne sort pas de mon cercle vertueux.
Je ne ferai pas aussi bien que Chardin ou Renoir, mais moi aussi, même sans pinceau, je rendrai un peu de vie, même virtuelle, aux corolles symboliques éphémères d'un amour qui ne l'est toujours pas.
Mes quatre roses sont cuites, sans avoir pris la cuite d'un four roses.
Elles sont fragiles et tournent de l'œil du pétale, mais n'ont rien perdu de l'éclat du plaisir. Celui que je reçus en les recevant.
J'ai rassemblé toutes les autres fleurs froissées comme des brouillons qu'on garde. Souvent je conservais des végétaux dans mes livres et des années après je retrouvais des giroflées ou des feuilles qui avaient imprimé leur couleur au papier déjà jauni, ajoutant ainsi des niveaux de lecture ...
Sans doute ferai-je ainsi avec quelques pétales qui garderont à jamais sur le papier leur empreinte posée comme la trace d'un baiser.