Accompagner
C'est bien le moins qu'on puisse faire que d'être auprès des personnes côtoyées quand elles s'en vont définitivement. Les symboles, c'est important. Montrer à Marie-Hélène qu'on compatit, important aussi.
Cela faisait fort longtemps que je n'étais pas entrée dans une église, a fortiori pour des obsèques, et encore plus avec la surprise d'avoir à suivre une vraie messe comme celles de mon enfance.
Curieusement, la maîtresse de cérémonie (religieuse) est venue nous chercher pour nous placer au premier rang libre, à gauche. Ne laissez pas de vide auprès de lui. Sensation étrange qu'être tout près du cercueil, où Manuel reposait dans son sommeil ultime. Deux portraits de lui. Très jeune. Vieux. Quelques fleurs blanches.
Une cérémonie traditionnelle. Je ne bougeais pas. Ne chantai ni ne me signai (je ne crois pas en quelque dieu que ce soit). Larmes secrètes. Silencieuses. Le moment était diablement solennel. Et l'hommage émouvant, toujours, quand les proches racontent le mort. Voix qui s'étranglent et sourires, aussi. Mon père, c'était un esprit sain dans un corps pas très sain ... Me vient en tête, moi, sa malice. Il aurait aimé les jolis mots que ses garçons disaient de lui. Les trois fils se succèdent et disent de très belles choses. En chacun je devine des traits de mon voisin ...
J'avais oublié comme est longue une vraie messe. J'avais oublié la théâtralité des cérémonies religieuses. Étonnée de voir une bonne partie des gens présents communier, je l'étais aussi de voir les hosties dans les mains (à mon époque enfantine, il ne fallait pas toucher, on tirait la langue ; on n'avait pas le droit de "mâcher" non plus ... je me souviens encore de cette pâte gluante qui, à l'époque, me collait au palais !)
On nous a demandé de lui dire adieu. De la façon qu'on souhaitait. J'ai posé ma main sur le bois clair, puis lui ai fait une révérence, comme il m'en faisait une parfois, en un geste ample de la main.
On est sortis et nous sommes restés un peu à l'écart. Encore quelques instants. Les derniers.
Que l'éternité te soit douce, Manu ...