Un prénom

Publié le par Nikole

   
    Sainte. Ma petite mère en était une, elle ne voyait pas le mal, ou ne le supportait pas quand elle considérait que c’en était. En tout cas selon un code de valeurs traditionnelles. Voire patriarcales. Et aujourd’hui c’est la sainte Bernadette. Maman s’appelait ainsi … enfin, à partir d’une certaine date. En fait son nom de naissance, c’était Bronislawa. Elle est née en Pologne, à Tyrawa Wolosca (mes filles, bien plus tard, feront le voyage jusque là), et enfant illégitime, y est restée jusqu’à ses 7 ans, abandonnée par sa mère partie en France sans elle, car objet visible d’un rejet … mais c’est une autre histoire, qu’il me faudrait bien raconter un jour, pour exorciser ses démons partis en cendres avec elle, voire les miens, peut-être, quelque part … puisque paraît-il existerait (pourrait exister ?) une mémoire génétique.

    Ma mère est finalement venue en France -un compagnon devant qui sa mère s’épancha sans doute un soir de remords l’enjoignit à le faire- pour finalement rester sous le regard et les ordres de sa mauvaise mère.
    Un jour elle a épousé mon père, d’origine polonaise lui aussi ; à y bien réfléchir, je n’ai pas une goutte de sang français organique même si mon cœur, mon cerveau mesurent le privilège d'être née Française et d’appartenir à ce pays, même malade et que je persiste à penser en déliquescence.

   
    Gamine, bien sûr, et même plus tard, je ne comprenais rien à l’administratif lié aux étrangers, à la naturalisation, tout ça, et il me faudrait bien, là encore -quelle manque de curiosité (de déni de quelque chose?) de ma part !- regarder de près toutes ces archives de papiers conservés !

    Mais revenons au prénom : je ne sais pas quel âge j’avais quand j’accompagnai ma mère à la mairie, même si je m’y vois encore à côté d’elle. J’ai en tête l’idée de naturalisation même si ça me paraît bizarre après tout ce temps passé en France mais peu importe ; ce que je me rappelle avec précision, c’est l’échange entre le secrétaire de mairie (et directeur de l’école) et ma mère. Monsieur Mollet (peut-être Mollé, mais on prononçait « è », alors … et puis comme il fit l’œuf, ce jour-là ! ) mon instituteur en CM2, était un sale type, même si je ne m’en rendais pas compte à l’époque, ayant intégré l’idée, même injuste, du bien fondé de l’autorité, alors qu’il s’agissait parfois d’autoritarisme (tournant les oreilles de Nono Parmentier jusqu’au violine) lié à un manque manifeste de psychologie (parlant tout haut dans la classe des règles de Brigitte Philippon ! ou me traitant de menteuse)  mais beaucoup de maîtres étaient je le suppose, intouchables ces années-là !
- Alors, Bro-nis-la-wa ! Bronislawa !
Il la regardait par en-dessous, scandait en détachant les lettres comme si c'était illisible, tripotait son stylo.
 Ma mère, je m’en souviens, avait la gestuelle d’une petite fille prise en faute et parlait tout petit :
- Oh, vous vous moquez …
  Elle disait ça mi-figue mi-raisin, les mains ballantes, ne sachant comment se dépêtrer des remarques et du regard du mec qui, je le comprends comme ça aujourd’hui, se sentait supérieur.
   Je me souviens de ma gêne, de cette sensation de malaise qu’on peut éprouver dans des situations, comment dire, décalées.
   Je me souviens aussi qu’en sortant du bureau, ma mère s’appelait Bernadette.

   Bonne fête, maman !

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A
Bronislawa ! C'est si joli à prononcer !<br /> Il y a quand même des cons qui sont toujours en circulation…<br /> Dans ma jeunesse, je fus l'amoureux transit d'une Bernadette ;-)
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N
;-)♥ ... et merci beaucoup !
P
Bonne fête à Bernadette que j'appréciais beaucoup. S'installer "ailleurs" n'est jamais facile. Mais c'est seulement dans un esprit de reconnaissance et de respect que ça arrive . Tout seul.
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N
Merci. Et nous sommes entièrement d'accord !!
C
c'est très joli comme prénom : Bronislawa, alias Bernadette, de nos jours son prénom serait très mode je n'en doute pas !<br /> mais je comprends que face à l'intransigeance de l'époque ta maman ait préféré le franciser, pas toujours facile de venir d'ailleurs ... <br /> n'empêche que tu es française, riche de ce que tu es et d'où tu viens !<br /> amitié et bonne fête à ta maman
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N
À vrai dire je ne sais plus si elle a choisi ou y a été poussée ... il est vrai qu'à un moment le père voulait franciser le nom de famille alors (pour le prénom ce n'était pas la peine les trois enfants ont eu un prénom français : Paul, Hélène et Maurice ...)<br /> Française avant tout : racines polonaises, branches, feuillage, sève français ! ;-)<br /> Merci.<br /> Amitié.
E
J'ai le coeur serré en te lisant. La "mémoire génétique", la "mémoire d'avant", et la mémoire gardée de la période du ventre de la mère, oui, tout cela existe bien.... Je t'embrasse fort.
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N
C'est gentil mais je ne suis pas malheureuse (dans ce que je raconte et constate du passé) un peu dans le doute de quelque chose, ou peut-être l'inachevé, mais ça reste flou ;-)♥ merci.<br /> Je t'embrasse fort aussi.
T
Mon père prisonnier de guerre travaillait dans une roseraie pas loin d' Hambourg, et il est tombé sur ma mère !<br /> Ma grand mère l' a reçu, malgré les risques encourus, et je suis venu au monde en 44 !<br /> Deux ans plus tard, mon père venait me chercher, et m' a fait naturaliser au consulat de Lille !<br /> Bien évidemment, pour le voisinage, ma mère était une sale boche, et à l' école primaire, j' ai eu la chance de tomber sur un instituteur bienveillant, heureusement parce que pour les autres élèves, j' étais aussi le sale boche !<br /> J' en veux à mon père pour toutes ces années difficiles qu' a vécu ma mère qui ne parlait pas un mot de français, et avait dû se débrouiller face à l' hostilité !<br /> Ellinor était son prénom !<br /> Bonne journée<br /> Amitié
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N
Ton histoire comme celle d'autres enfants qui ont vécu quelque chose d'analogue est terrible. On se méfie toujours de l' "étranger", même quand cet étranger est vertueux et respectueux du pays qui l'accueille (ce qui n'est hélas pas toujours le cas).<br /> On est fait(e) par l'école, beaucoup (enfin, beaucoup dans mon cas)<br /> Pensées pour ta mère et merci pour ce récit très émouvant !<br /> J'aime beaucoup ce prénom : Ellinor.<br /> Bonne fin de journée !<br /> Amitié.
B
Emouvant ce témoignage d'une vie qui a traversé des moments chaotiques.mais on est rarement maître de son destin. Une mère reste une mère et peu importe en définitive comment évolue son nom ou prénom. Ce qui compte c'est l'attachement et la reconnaissance que vous portez à la France.<br /> Un bel hommage à Bernadette ta mère, son souvenir reste vivant grâce à toi.<br /> Bonne journée.
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N
Certes, on n'est pas (pas forcément en tout cas) maître(sse) de son destin. "On n'choisit pas ses parents/on n'choisit pas sa famille ..."<br /> Je n'aime pas ce que la France devient, je suis triste comme devant une personne que j'aime et qui est très malade ...<br /> Merci pour ces mots et bonne fin de journée !
Z
Je considérais également ma mère comme une sainte... En tous cas une très bonne mère et qui passait son temps à venir en aide à ma femme et mes enfants... Evidemment, ceux-ci trouvaient ça étouffant... Mais c'est parce qu'elle nous aimait...<br /> <br /> Quand tu repense à ta mère, tu as certainement ce profond regret et peut-être des remords (injustifiés)...<br /> Très bonne soirée à toi.
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N
Des regrets ET des remords, envers ma mère, envers d'autres personnes aussi, je suis faite ainsi.<br /> Merci pour ton com et bonne fin de soirée à toi !
Z
repenses
B
Ma mère se prénomme également Bernadette, elle est née dans la Meuse et y a vécu jusqu'à son mariage. <br /> Elle aussi a connu un instituteur fou qui s'en prenait aux "mauvais" élèves - un enfant, la tête enfoncée dans le poêle à bois, heureusement en été... - un autre suspendu par les pieds à la fenêtre du premier étage de l'école ... C'était pendant la guerre et l'éducation nationale manquait de personnel, mais cet instituteur a tout de même fini par être placé en hôpital heureusement !<br /> Souvenir de ses souvenirs...<br /> Bonne fête maman !<br /> Bonne soirée.<br /> Bisous.
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N
Merci pour ce partage émouvant.<br /> Bonne fête à ta maman aussi.<br /> Baisers.