Fondu au noir
Le fléau n'est pas à la mesure de l'homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c'est un mauvais rêve qui va passer. (Camus, La Peste)
Ce qui se passe aujourd'hui en France atteste de la conscience (ou non) de nos peurs, de la notion de danger, de notre sens de la responsabilité, de notre perception du réel dans un monde sinon virtuel, en tout cas de plus en plus abstrait dans notre (non, pas le mien) ressenti.
Je suis étonnée, outrée de la bêtise inconsciente de supporters footeux qui se rassemblent dans la proximité la plus exacerbée en-dehors d'un stade, déplaçant, peut-être en pire, la proximité du dedans.
Je tombe sur le cul quand, parallèlement aux conseils multipliés de s'écarter par prudence les uns des autres, des stupidissimes décident de manifester bras-dessus-bras-dessous ! Comme si ce qui ne se voyait pas n'existait pas.
Les bras m'en tombent quand, alors que les bars et restaurants vont fermer à minuit, de jeunes Parisiens fêtards-connards (et je me modère) descendent vite s'y rassembler avant l'interdiction ! Hé, les cons, il ne s'agit pas de tout fermer pour vous emmerder, mais pour vous protéger ! Alors descendre s'en boire une petite en se mélangeant les postillons et les embrassades juste avant le couvre-feu, vous avez raison, c'est exactement ce qu'il faut faire, bande de bulbectomisés !
Leur attitude me fait penser à une histoire belge entendue jadis : Deux livreurs sont à l'entrée d'un tunnel dont la hauteur est limitée à 1,80 m ; or, la hauteur de leur véhicule atteint 2,20 m. Un des deux descend du camion, va voir de plus près et revient un sourire triomphant aux lèvres : "On peut y aller, y'a pas de flic !"
Entre ceux qui crient au complot, ceux qui prétendent qu'on les détourne d'autres questions (d'autres questions que la vie ?!) et ceux qui se croient immortels, on n'est pas rendus ! Attention, je critique aussi le gouvernement : plus vite un mouvement est pris à la gorge, plus vite il a de chance d'être éradiqué, et ils n'ont déjà que trop tardé. Et je ne parle pas en terrorisée, mais seulement en raisonnable : on n'est pas seul(e) dans le bateau, on y est tous, et si on veut que ça fonctionne, que ça fonctionne mieux, ne faisons pas n'importe quoi, comportons-nous de façon prudente et responsable de soi, ce qui nous fait nous comporter correctement vis-à-vis des autres.
Il ne s'agit pas de psychoter à chaque instant, mais de faire attention. Attention, simplement ! Ne serait-ce que par respect, même si nous ne nous sentons pas concernés (!!!), à être précautionneux auprès de la communauté humaine. Il y a peu de morts, mais il y en a trop. Il y a des hôpitaux et du personnel hospitalier, mais il y en a trop peu. Tant mieux si nous ne mourrons pas, même en attrapant cette saleté, mais comportons-nous en humains ... humains, solidaires, mortels, empathiques, responsables.
