Sons de nuit
Se réveiller à quatre heures : ridicule ; tourner encore une heure et demie en s'efforçant de retrouver le sommeil : encore plus. Draps blancs, carré blanc presque, de la vitre, fenêtre que je n'ouvre pas, pour éviter de le réveiller, même si dehors ce doit encore être le silence des oiseaux, et le bruissement intime de l'air même chargé déjà des bruits de la ville, sur l'autoroute, qui jamais ne s'arrête. Plus tard ici, devant cet ordi, j'entendrai ce léger déroulement d'écharpe sonique en contrebas, des véhicules qui déjà se hâtent vers quoi, on se le demande. Travaillez, prenez de la peine ...
Chanson (Patti Smith, Helpless, au cours de La Nuit blanche)
Mais ce bruissement réel des sons, deux jours après, je suis ravie de l'entendre. Étrangeté des hasards : au moment, où est-ce ainsi que je m'en souviens ? ... les perceptions mmm ... autour de ce moment où sur ma page précédente j'inscrivais le mot silence, un fort bourdonnement s'installait dans mon oreille droite ... Comme ça m'est déjà arrivé, mais quelques instants, j'ai attendu ! Mais non, ça n'a pas cessé, et, en attendant le rendez-vous du lendemain, j'ai vécu dans une semi-entente, oreille droite out, toute la journée, à demi-sourde et entièrement stressée. On ne mesure pas le bonheur d'une complète perception des sens, quand on la vit. J'ai imaginé avec terreur ce que peut être l'enfermement de la surdité. Série noire ? Après l'œil droit, l'oreille droite : Est-ce que j'ai une gueule d'hémisphère ?
Au réveil, le chant des oiseaux me parvenait des deux côtés, sans que j'y croie. Je tournais ma tête comme une girouette, masquant alternativement les deux conduits. Bon, un léger truc à droite, encore, mais plus cette sensation de bulle cotonneuse isolante.
J'ai retrouvé le cher docteur o.r.l. qui m'avait coupé couic une moitié de thyroïde et l'ai écouté, ses yeux bleus dans mes yeux bleus, m'expliquer que j'avais très bien fait (écoutez les ami.e.s, si ça vous arrive, ne négligez surtout pas la chose !) de consulter, parce que ce n'était pas anodin, et que si j'étais venue avec le problème non résolu, il me gardait et m'hospitalisait illico presto, sous perf. Alors quoi ? me direz-vous ... Mais c'est que la science du corps n'est jamais exacte, vous savez bien.
- Qu'est-ce que j'ai eu ?
- On appelle ça un "arrêt brusque d'audition". Deux possibilités : soit un virus ...
- Covid ???
- Non, ça ne se serait pas arrêté aussi vite (moi, dans ma tête : vite ... vite ... une journée quand même !)
- Non, épisode viral ... ou plus embêtant ... un manque de vascularisation temporaire (gasp ! pensé-je !)
- Alors je risquais quoi ? Un a.v.c. ?
- Non, mais la surdité, oui.
Et voilà, encore un truc de corps qui lâche avec l'usure de la vieillerie ... subodoré-je !
Et allez ! des médocs en plus ! ...
- C'est nécessaire, puisque l'épisode est terminé ?
- Oui, mais faudrait éviter que ça recommence !!!
Micro-corticoïde et gingko...biloba-jolies-feuilles en traitement ... partagée je suis entre la grimace devant la boîte à médocs qui s'alourdit d'année en année et une reconnaissance rassurante envers ces médocs qui, quand même, nous soignent. (Même si ma peut-être future thérapeute de fille ainée me prône d'écouter ces signes de mon corps que je ... n'écoute pas ... en tant que tels, comme dirait Perceval ...)
Vous savez quoi : j'ai pris une résolution : me réjouir quand tout fonctionne et tenter d'arrêter de râler ... un peu.
Chanson (Santana, Jingo...loba)

