Deux nuits plus tard
Il faudrait, comme dans Une saison en enfer, fixer les vertiges pour vivre le paradis des univers parallèles, tisser le tapis des nuits pleines de lunes et de soleils en déroulant le fil de l'encre, goutte après goutte, sans s'interrompre et en fermant les yeux pour voir se dessiner les scènes avec précision.
Il faudrait.
Car elle était là, cette nuit, avec le décalage d'heures qui ne se mesurent pas forcément là où elle est ou là où je l'imagine, ma mère.
Il faudrait pouvoir accorder sa main aux souvenirs, peindre d'un trait, sans rature et sans fausse note, les images si présentes et celles qui déjà s'en vont et s'en sont allées au matin : la maison de mon enfance ; les animaux empaillés sur les tumulus où ils dorment à jamais, Charlie, le bobtail, un lévrier qu'un jour je rêvai d'avoir, des filaments de laine blanche qui volent à la brise comme autant de toile douce d'une araignée qui serait d'azur.
Il aurait fallu que je puisse te voir plutôt que te deviner, présente mais invisible, dans ce rêve-là, en retrait près de moi, surplombant toutes deux le jardin où se battent en jouant deux lions à tête bleue.
