KroniK (54)
Lundi 12 décembre
Après le chat, me voilà à rêver de chiens. Est-ce parce qu'hier je découvris l'existence du peintre Heinrich Vogeler (à la télé), dont certaines scènes familiales faisaient place à un barzoï, chien que je trouve fort beau et noble, que je rêvai de ce chien-là ? Impact des images sur notre cerveau.
*
Dans le métro ce matin sur le chemin d'un toubib, je me suis étonnée d'autant de monde à neuf heures du matin, et de si peu de monde avec masque, alors que nous étions compactés, ou presque.
(château de Vincennes)
Dehors, je m'étonnai de la piqûre glacée du froid sur mes joues et sur mes mains sans gants, qui me rappelait les froids de l'enfance, et la neige qui les accompagnait, ce qui n'est pas, ou pas encore , le cas.
Dans le métro encore, au retour de Vincennes, je ratai, comme toujours, une photo de bâillement d'une jeune fille ne mettant pas la main devant sa bouche. Je remarquai, et cela me fit penser à une gueule de lion, même si ladite avait plus la carrure d'une biche, des fils de salive s'étirant entre dents du haut et dents du bas.
Dans les couloirs, je revivais, quelques instant plus tard une scène vécue déjà il y a des mois auparavant au même endroit :
J'étais en rage. J'ai dit : "Cessez de vous comporter comme un animal, c'est indigne !" Elle n'a pas bougé. La soumission revendiquée. Insupportable !
*
Suis tombée sur une vidéo qui m'a remplie de sourires ! Ah, la jeunesse de certains vieux !
Dis, TOI, kantesse qu'on fait la même chose ? (Je me gausse !)
Dietmar et Nellia me mettent en joie ...
Mardi 13 décembre
Au théâtre ce soir, il a fallu les forceps pour en faire un peu, du théâtre, : on n'était pas là que pour picoler et manger, ventrebleu ! Dernier cours avant les vacances, le pot s'éternisait. Comme j'avais été prévenue tard, j'ai fait avec ce que j'ai trouvé dans mes fonds de garde-manger et de frigo ; ça a donné ça :
(Chips de farine de riz au paprika, sauce mayo/moutarde à la mangue, œufs de caille, origan)
En fait, j'aime beaucoup la cuisine "adaptative" donc créative : avec ce que j'ai chez moi, que vais-je pouvoir inventer ? Et puis, je déteste l'idée de gâchis. Il fut un temps où je m'en voulais un peu, comme si c'était trop "bas", peut-être, de parler nourriture. Mais c'est important et fait partie intégrante de nos vies. Mais s'il y a des limites dans l'intime, pourquoi ne pas partager cela, y compris au milieu d'autres sujets ? De toute façon, ce blog est fait de choses diverses, et je m'interdis de m'interdire. Dans la limite de mes propres limites. Dont acte.
Mercredi 14 décembre
Est-ce qu'un oreiller ergonomique peut faire mal ? C'est ce que je me suis demandé, "subitement, après réflexion" en m'éveillant avec une douleur (de posture ?) sur un point précis, là, dans le creux du cou, un peu en dessous de l'oreille gauche ... Faut dire qu'il commence à être vieux, ce truc ... je ne sais même plus trop, genre quinze ans d'âge. Je l'avais gagné à "Questions pour un champion" ... oh, j'ai été éjectée tout de suite, trop lent, le Krop, mais j'ai quand même sauvé l'honneur en sortant seule une réponse ("mithridatisation" ... les études latines parfois nous laissent quelque souvenir servant en des lieux qu'on imaginerait pas pour cela) mais surtout, même avec mon faible score, j'avais gagné plein de cadeaux : livre, chocolats en nombre, et deux oreillers ergonomiques ... passablement déformés à c't'heure !
Jeudi 15 décembre
L'oreiller "normal" a "fonctionné" ... à suivre ...
*
Ces séances de théâtre-2 m'apprennent des choses étonnantes sur le théâtre. Et sur moi-même. C'est comme pour toutes les disciplines : quand on n'y est pas immergé, on n'imagine pas ce que c'est. ET même le théâtre-1 ne m'avait pas appris cela (même s'il m'apporte d'autres choses : en cela comme en tout, c'est la personne qui chapeaute qui nous "coiffe" de différentes façons, pour garder l'image). Ainsi, je n'imaginais pas qu'il fallût sortir du texte et des mots pour s'approprier un personnage ; imaginer sa vie, avant les premières lignes, fonder ses socles psychologiques, sociaux. Incroyable ce que ça peut aider pour donner du poids au rôle. Et lors de toutes ces impros (qui me sont autant "gourmandes" que dans d'autres cas elles m'assèchent l'imagination) notre propre vécu a une grande part, car hors du texte, mais dans une situation parallèle, ce sont nos propres souvenirs et expériences qui nous guident, en matière familiale, amoureuse. Ma Macha (moi, donc), quand elle parle de son père dans "Les trois sœurs", est poussée par ce qu'elle a vécu près ... du mien. Notre personnalité profonde, avec ses forces, ses failles, ses obsessions, construisent un personnage qui ensuite intériorisera le texte avec des données qui ne seront pas celles que jouera une autre personne jouant la même chose : c'est pour ça que personne n'offre la même représentation que quelqu'un d'autre !
Vendredi 16 décembre
Pas si probant, cette histoire d'oreiller. Léger (certes) mal de tête diffus au réveil, mais qui s'est ensuite assez vite estompé par finir pour disparaître.
*
J'ai (re)commencé à faire quelque chose qui me déchire le cœur ... certes, la métaphore peut sembler exagérée, mais je jure que je dois me battre contre moi-même pour le faire : élaguer, jeter ; recycler serait d'ailleurs un terme plus idoine. Il s'agit de dizaines de kilos d'anciens livres scolaires et magazines féminins. Pourquoi garder ça ? Parce que le papier, quand il ne m'excède pas (documents administratifs, livres de gens que depuis je me suis mis à "rejeter") est quasiment sacré ET qu'il témoigne du passé ... nous y voilà ! De plus, et c'est important (mais le ferai-je un jour, même si je l'ai déjà fait quelques fois ?) je ne perds pas de vue des projets de collages, et pour cela, il faut du matériau : les pages de magazines sont bien pour ça. Pour sauver les meubles, j'essaie, "au moins" de regarder s'il n'y a pas, ici et là, quelques recettes de cuisines qui pourront être ajoutées aux centaines ou milliers déjà sur mes étagères. Je suis victime d'une lourde pathologie, même si je lutte contre. En ce moment, précisément. Et même si ça fait mal.
Françoise Hardy et Alain Lubrano, "Si ça fait mal"
*
J'ai conscience, plus que jamais peut-être, d'écrire sans avoir l'air de me préoccuper du reste du monde. Comme si ça ne m'atteignait pas. Je me suis dit ça par le passé, parfois, lors d'évènements qui me pétrifient, me sidèrent d'angoisse, de rage et d'incompréhension (Charlie, le Bataclan, les meurtres d'enfants, de personnes âgées, d'êtres fragiles : actions terrifiantes) ... je me suis demandé pourquoi TOUT LE MONDE n'en parlait pas sur son blog. Je pensais à tort que les personnes qui occultaient ces faits ne se sentaient pas concernées ; c'était, "c'est" évidemment faux : ne serait-ce que parce que le blog peut servir de bulle de repli et rien d'autre parfois ; et aussi parce que parler des douleurs peut être douloureux, on peut comprendre que certain(e)s préfèrent parler de la beauté, même illusoire. Mon corps à moi est régulièrement altéré par tout ça dont la liste, jamais, ne sera exhaustive, car bien des humain(s)s sont inhumain(e)s, et régulièrement, et de plus en plus, moi aussi, je ferme les portes de ma sensibilité à ces nouvelles-là, dont on ne connaît pas le huitième du centième. Et je parle et continuerai sans doute à évoquer mes petits papiers et mes restes de frigo ; personne n'est obligé de me lire et d'ailleurs j'ai l'impression que la fréquentation de ces chroniques baisse. Tant pis, aussi futile que puisse sembler cette liberté-là, je continuerai de l'exercer.
Cesser de se justifier, voire de culpabiliser : une des quêtes de ma vie, peut-être. Changer l'angle : se sentir responsable des choses (on assume) sans culpabiliser (quand on est coupable, on mérite d'être puni car on a voulu faire du mal).
Samedi 17 décembre
Peut-être, à cinq heures de l'après-midi, n'eussé-je pas dû terminer la thermos de café avec la grosse tartine de rillettes de canard que je m'étais confectionnée comme goûter. Couchée tard, j'ai vu passer une heure et demie, deux heures, puis trois, même si ces chiffres furent agrémentés d'intervalles de demi-sommes rêveurs. J'ai attrapé "Vie secrète", qui était proche, et ai rigolé toute seule : comment puis-je être fascinée par un ouvrage dont je ne comprends pas la moitié quand je le lis (et encore, je suis large). J'ai grappillé ici et là des phrases puis d'autres, qui me donnaient l'impression d'être écrites par quelqu'un de très érudit et intelligent. En fait, Quignard, c'est comme pour l'art en général, on ressent quelque chose ou pas ; faut-il chercher à comprendre pourquoi ? Quelque chose dans ces mots, très souvent, me touche et m' "accroche". Mystérieusement mais indéfectiblement.
Dimanche 18 décembre
Elle s'est cogné le pied et la douleur a été fulgurante. Elle s'est immobilisée et pendant quelques instants a été incapable de marcher, ses jambes ne la portant plus. Ma cadette traîne un mal de dos (pincement de vertèbre) que je ne supposais possible qu'aux vieux ! Entre deux villes en ce moment (nouvelle vie ailleurs et travail parfois ici), elle n'a pas pu continuer là-bas des séances kiné pourtant indispensables. Et ici, les kinés n'avaient pas répondu à ses messages, ou au bout de trois jours, juste avant qu'elle ne reparte, et même en ayant spécifié que la douleur était persistante et parfois vive ! L'ère de la communication et de la médecine humaine ! Ma petite soldate a pris son courage à deux mains et est allée travailler dans sa boutique de luxe, dimanche-cadeaux-Noël oblige ; mon cœur de mère a souffert pour elle.
J'espère qu'elle ne sera pas pliée en deux (de douleur, pas de rire) quand Leonardo de Caprio passera à la boutique : paraîtrait qu'il va peut-être venir y faire aujourd'hui des emplettes !
*
Je suis du style à attaquer les montagnes à la petite cuiller. C'est du reste l'impression que j'ai ce jour, après mes dizaines de kilos de magazines déversés dans la poubelle géante jaune. Le problème, c'est la montagne : kantesse que ça s'arrête ? Et avec tout cet argent dépensé, j'imagine toutes les dépenses utiles que j'aurais pu faire ! Incroyable ce consumérisme rétrospectif ; affligeant ! Et pour quoi ? des magazines "féminins" ! Dans les plus cons ("Cosmopolitan") je retire au moins les pages cuisine, comme je le disais déjà, et parfois je feuillette vite vite fait, comme dans l'urgence, accrochée, rarement, heureusement, par une image qui m'attire l'œil, et que "j'arrache à l'arrache". Faudrait pas que je meure maintenant, il y en a encore bien trop à trier ; elles seraient débordées mes héritières de bintz !







