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La fenêtre vide

Publié le par Nikole

 

La fenêtre vide

 

    Ces présences que la mort m'a ravies.
   Ces passages, ces caresses, ces griffes sur nos visages et nos cœurs.
   Catherine, Suzanne, Claudine, sentiments d'inachevé d'échanges.
   Fatalité. Paresse. Peur de donner trop de force aux choses en les provoquant.
   Ou peut-être, pire, se croire un pouvoir divin d'empêcher que les choses ne s'abîment tant qu'on n'y touche pas.
   Ne pas faire de vagues pour que le couteau reste dans le sable, à l'abri.
   L'attente, comme si le temps était immortel.
Suis-je destinée à toujours agir de la même façon avec ses élastiques, au temps ?
Pourquoi ne suis-je jamais étonnée qu'ils me reviennent à la figure ? Même si c'est au ralenti, et en me rendant compte que rien n'est anodin, jamais, de ce qu'on fait, de ce qu'on dit, de ce qu'on ne fait pas, ne dit pas.

   - Monsieur ! Enfin, derrière cette fenêtre, tantôt ouverte, tantôt fermée, aux volets tantôt fermés, tantôt ouverts, mais aux pièces vides, il y a quelqu'un.

   - Vous savez ce qu'elle est devenue, la personne qui habitait ici ?
   - Je crois bien qu'elle est décédée.

   Bien sûr que secrètement, je m'en doutais, et que sans vouloir me l'avouer, je le savais déjà. Elle était mal en point, des jambes, mais le cerveau était impec, plein d'humour. Je la savais placée, sans pouvoir la joindre, et j'espérais, sans le croire, que ce n'était pas définitif. J'accuse le choc. Je suis triste. Mais c'est la vie.

   Je sens que l'homme près de la vitre compatit à ma grimace de surprise et au merde que je dis sans réfléchir.
Il me souhaite bon week-end. Je le remercie. Je pense à Claudine dont je ne connais pas le nom de famille mais plein d'anecdotes de sa vie. Je ne peux retenir des larmes soudaines. Je ne sais même pas vraiment pourquoi je pleure. Ça me passera.

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