Kronikole semaine 33
Lundi 14 - dimanche 20 août
La mi-août est, au moins en région parisienne, et au moins là où je l'ai constaté, l'acmé de l'absence tranquille. Sortie dans ma ville, je me suis étonnée de ce vide un jour de semaine, et du nombre de boutiques qui avaient fermé toutes en même temps, la veille encore en activité. Certaines n'affichent même pas leurs dates de réouverture, au contraire de l'avis qui m'a fait sourire en découvrant la photo ci-dessus.
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S'installe, chaque fois que je cesse de glandouiller, ce point douloureux partie droite de mon dos premier tiers, à l'exact parallèle de mon point R. Car je vais vous dire un secret, quand on touche un endroit très très précis de mon dos, je me mets à rire. On pourrait presque coudre une croix, comme Brunehilde sur la toge de Siegfried ; chacun ses Niebelungen. C'est mon ostéo qui a découvert ça un jour : je me suis mise à rigoler sans qu'elle comprenne pourquoi et on a découvert ensemble le pot aux rires ... je serais curieuse de savoir si je suis seule à avoir ce drôle de truc !
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Je ne savais pas mon aînée si énergique et organisée. Heureusement qu'elle était là pour m'aider à élaguer, à faire tout pour que j'ai le déclic du changement, non par autorité, mais parce qu'elle voit que je souffre de cette accumulation de choses chez moi, même si c'est surtout un passif, que je n'augmente plus guère. Il y a eu (et même seule, il y en aura encore) des moments difficiles, des malentendus, des émotions et même des pleurs, mais j'ai l'intime conviction d'avoir amélioré ma vision des choses. Et pour la première fois j'ai déposé des livres dans la boîte urbaine prévue à cet effet. C'est un début et ça continuera.
Contigües comme nous les fûmes pendant ces presque trois jours, j'ai mal vécu son départ. Je suis alors sortie prendre l'air et tenter d'évaporer ce curieux sentiment d'abandon, mot tout à fait injustifié mais qui me vient quand même en tête. Pourtant j'aime aussi être seule. Mais j'ai des sas, des paliers de décompression nécessaires.
Et puis, quelque temps plus tard, Léonie est revenue, parce qu'elle avait raté son train, bloquée dans un métro immobilisé plus d'une heure ... les joies des transports parisiens ... Du coup son vrai départ m'a été bien vécu, grâce au bonus.
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La voisine sort peu habillée et revient trempée. Je sors imperméabilisée sous une drache extrême et je crève de chaud au retour, abasourdie par la chaleur revenue en force. Dents de scie. Alternances rapides, inattendues, imprévisibles. Je pense aux milliers d'hectares qui brûlent, partout, desséchés et j'ai mal à la Terre ; j'espère chaque fois que ce n'est pas le fait d'un criminel mais vu le nombre d'abrutis irresponsables plus grand-chose ne m'étonne des évènements tragiques. Où que ce soit. Quoi que ce soit. Même si ma révolte reste vive.
Enfant, ou ado, ou les deux, je ne sais plus, c'est une info qui me frappait par sa récurrence : l'été arrivait, et les feux en même temps ; je me demandais toujours s'il n'y avait pas moyen de prévenir, instaurer des zones étanches, des chemins qui sépareraient des surfaces délimitées, d'inventer des végétaux qui ne brûlent pas, va savoir ! J'ai toujours été étonnée des choses récurrentes qu'on ne traite jamais différemment. Sûr, je ne connais rien à ce problème, mais quel terribles évènements de Nature que ceux-là, aussi.
Me reviennent des images du film Cap Canaille, avec Juliet Berto.
Mais surtout, bien avant, quand je pense au feu encore, je me rappelle un texte que nous fit étudier notre prof de français, en quatrième, dans ce manuel de cette année-là :
Je me souviens bien de ce mot que j'avais découvert alors, dont j'ai toujours retenu le son mais pas le sens, et qui clôt l'extrait écrit par Giono : la combe. Et ces mots, animaliers, pour décrire le feu comme un monstre qui dévore, je m'en souviens aussi, car j'avais trouvé ça étrange, comme si c'était de sa faute, au feu nourri, d'être monstrueux, en tout cas qu'on le décrive ainsi !
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Rencontré le vieil homme noir à casquette noire habillé de noir qui tourne régulièrement à vélo dans mon quartier en criant ... aujourd'hui des listes géographiques : Taïwan, San Francisco, China Town ; il répète, appliqué, en articulant : China Town. Le nombre de doux dingues dans les rues.
Quelques instants plus tard, un homme hilare me croise et m'interpelle : "Madame !" ... Je ne vois pas son regard, derrière d'épaisses lunettes noires, sur un visage très noir. Il me tend une petite fleur cueillie je ne sais où. On rigole. On passe notre chemin, hilares tous les deux.
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Pour reprendre goût au contact du sol, je suis retournée me faire chouchouter les pieds chez les Chinoises d'à côté. Ce n'est jamais pareil dans l'accueil : pas toujours les mêmes, façon de faire un peu différente chaque fois, loterie somme toute peu importante ; il y a sûrement plus agréable mais c'est dans mon quartier et finalement je ne ressors jamais déçue. J'ai pensé que la fille qui s'occupait de moi ne comprenait pas le français car elle me parlait par gestes, en me montrant du doigt qu'il fallait que je pose le pied gauche ici, que je retire le droit de là. Je n'ai, de la part de celles qui parlaient, pas entendu beaucoup de français, sauf pour me parler -un peu-, en entrant et à la caisse, faut pas déconner non plus. Parfois ça me gonfle de ne pas souvent entendre parler français, où que ce soit, comme si la langue d'un pays n'avait pas d'importance. Je comprends qu'on le fasse, mais pas comme si c'était la seule importante, et c'est pourtant l'impression qu'on peut parfois en avoir.
En tout cas, sabir et autre ou pas, quand on s'occupe de mes pieds, je suis toujours calme, c'est comme si on remettait la base en état, ce qui est après tout un peu le cas. Et ressortir de beaux pieds ancrés dans une réalité à renouveler m'est un de ces petits bonheurs dont je m'attriste -les petits bonheurs- que tant de gens ne puissent pas se les offrir. Aux instants de paix, fussent-ils d'un quotidien banal, mais c'est ça aussi la paix, vivre le quotidien sans cœur qui cogne d'effroi, sans tête prise de peur, je pense aux gens de guerre, aux gens qui souffrent. Et je mesure, malgré tant de choses tristes au Monde, les privilèges vitaux dont je jouis.
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Le hasard m'aide à alléger mon stock d'objets on dirait ...
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On ment. Aux autres, un peu, par polissage civique, et à soi-même, peut-être encore plus, parce qu'on ne s'en aperçoit pas, parce que parfois la réalité est trop difficile à supporter. Non, ni je n'ai d'exemple précis là maintenant ni je n'y ai réfléchi, c'est juste que je me suis entendu dire cette phrase tout haut, sortie de nulle part. Et que ça veut forcément dire quelque chose. Peut-être que mentir, ça veut seulement dire, mettre les mains devant mes yeux et mes oreilles pour, quelques instants, ne pas entendre les malheurs du Monde.







