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Les livres

Publié le par Nikole

    

     Autraudafé

 

Les livres

 

     À une époque où l'on recycle le papier, je ne souhaite pas qu'on brûle les livres, mais qu'on donne à certains une chance de réinsertion, comme pour les prisonniers. Et si, c'est la même chose pour les délinquants, on ne sait pas si ça tournera mal à nouveau, quelquefois que le papier serve à ventiler des théories abjectes, il me reste le doute.
    Car oui, je  déchire et démantèle avec force certains livres, aujourd'hui à titre purement personnel et rancunier.
    Transmuer sa colère fait du bien, je le suppose, c'est en tout cas du soulagement pour moi. Je brûle donc ce que parfois j'ai adoré, parce que c'est mon sentiment, orgueilleux ou pas, peu me chaut, c'est mon problème. Et je ne regrette pas d'avoir, symboliquement parlant, éviscéré, par exemple, Ernaux et Pennac, la conne parce que d'après des interviews que je lus d'elle elle me semble et malhonnête intellectuellement et pas défendable dans sa défense de la liberté du voile, et l'imbu qui agit comme s'il était au-dessus des autres, parce que je hais l'impolitesse : quand on me parle, quand on m'écrit, je réponds, ou du moins j'accuse réception, pour moi c'est ça se comporter normalement.
    Je lui ai écrit deux longues lettres (oui, j'ai réitéré, quelquefois qu'il n'ait pas eu la première), non pour blablater et lui dire (seulement) que ses livres m'apportaient quelque chose (j'avais adoré la série Malaussène, qu'heureusement je n'ai pas, elle a échappé au massacre) mais pour lui poser de réelles questions sur sa littérature, fond et forme. J'y avais mis beaucoup de moi. Comme un roman m'avait parlé, Journal d'un corps encore plus, et puis rien, calme plat, les auteurs ont autre chose à faire que de répondre à leurs lecteurs, faut croire.
    Désolée, ce n'est pas ainsi que je comprends le partage littéraire. Je suis une amoureuse des mots, et une amoureuse éconduite est toujours blessée : dans ces cas-là, je m'éloigne ; en détruisant je ne fais pas de mal à la personne, et je me fais du bien, un certain bien, puisqu'après, je me sens mieux.

    Et qu'on ne me dise pas que j'aurais pu mettre lesdits dans une boîte à livres pour un autre lectorat. Ben non, si je veux couper court, ce n'est pas pour transmettre.
    Encore cette vieille histoire parallèle, lancinante et récurrente, de l'être humain et de son œuvre. On ferait sans doute mieux de rester en dehors du monde réel de la création, ce serait sans doute plus sain. Si ma démarche paraît folle ou tout au moins démesurée, à moi elle paraît logique.
    J'espère ne pas être injuste, par exemple parce qu'on ne lui aurait pas transmis mes missives, mais ça me paraît gros et je n'y crois pas.
    Une personne du monde littéraire répond régulièrement aux courriers qu'on lui envoie, c'est Amélie Nothomb. Et qu'on l'apprécie ou pas ne change rien à la chose, elle est polie, et possède cette belle qualité qui se fait de plus en plus rare : la reconnaissance.

 

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