Diagnostic clinique
Rien à dire sur l'horaire : à la minute près, l'infirmière-scanner m'a prise à l'heure de mon rendez-vous. Travail à la chaîne, mais ça a au moins, apparemment, l'avantage de l'efficacité temporelle. Cela dit, certes, il y a beaucoup de patient(e)s et chaque minute qui passe leur est sans doute précieuse, malheureusement c'est un peu au détriment de la partie psychologique de la chose. Je suppose que, tout humain(e) qu'on soit, quand on travaille dans le milieu médical, au bout d'un moment, notre sensibilité empathique est un peu émoussée, alors que nous, quand on franchit les portes d'un hosto, d'une clinique, voire d'un cabinet médical, c'est en principe qu'on ne va pas bien ou que quelque chose qu'on ressent nous angoisse, et ce manque d'attention ne fait qu'empirer nos ressentis.
L'infirmière m'appelle, m'envoie vite m'installer, me pique dare-dare. Bon, elle me demande si ça va et si je ne suis pas allergique à l'iode, quand même, mais ses gestes, ses mots -je ne critique pas, je constate- me paraissent bien mécaniques. Je ne regarde rien, je ferme les yeux -manquerait plus que je casse le rythme en me et leur faisant un malaise vagal !- et tout ce que j'entends comme voix au cours de l'examen sera celle de la machine :
- "Gonflez les poumons ! ... ne respirez plus ... respirez ! ... Je passe le produit" (ou un truc similaire) ... Légère chaleur ressentie pendant que mes tuyaux concernés se remplissent : je sais que c'est normal (heureusement que je connais cet effet de l'iode, on ne m'a rien dit) ...
- "Gonflez etc." Deuxième passage de produit, je ne sais pas comment ça fonctionne mais au vu de la quantité je suppose que c'est progressif. Chaleur plus forte. "Pas grave, garde donc les yeux fermés et attends que ça passe !" (c'est l'cas de l'dire). Les clichés doivent s'accumuler car j'ai l'impression que ça n'en finit pas. Heureusement que la machine n'est qu'une sorte de vaste anneau car enfermée dans une boîte style IRM je crois qu'à la longue je commencerais à baliser claustro.
Au bout d'un temps qui donc m'a semblé bien long, l'infirmière revient me dépiquer. J'ai juste le temps de voir du rouge dans un truc en plastique sur mon bras et je ferme les yeux à nouveau. Les rouvre mon bras libéré, où elle plaque une compresse et trois tours de scotch transparent autour. J'ai l'impression d'être ensaucissonnée ! Elle me ventile dehors façon puzzle en me demandant d'attendre les résultats dans le couloir.
- "Ici ?"
- "Oui".
Elle court vers l'examen suivant ...
Je suis abandonnée à moi-même et à mes doutes récurrents. J'entends un toubib (je trouve que les portes restent bien souvent entrouvertes) téléphoner à propos de résultats. Bien sûr, auto-centrée, je m'imagine qu'il s'agit de moi et me calme en entendant qu'il va rassurer la patiente car il n'y a pas de métastases ! Il sort peu de temps après et fait arborer un sourire de soulagement à une petite vieille qu'il libère de sa peur du cancer.
Il passe et repasse régulièrement dans le couloir :
- "Excusez-moi, vous êtes le monsieur qui s'occupe des résultats (monsieur, c'est le terme un peu ridicule peut-être qui me vient à cet instant).
- "Oui, vous en attendez ? Désolé, je suis très en retard".
Toujours via la porte qui ne protège pas de beaucoup de conversations, je l'avais auparavant entendu morigéner à moitié l'infirmière :
- "Vous allez trop vite, je n'arrive pas à suivre, c'est n'importe quoi !"
J'attends, attends et attends encore. Je regarde les gens : cette malade assise pieds nus dans un fauteuil en plein passage, des gens qui attendent, la plupart le nez collé à leur téléphone portable, d'autres qui rêvassent calmement ; cette vieille dame qui semble à l'ouest et dont le visage que je suppose être celui de sa fille est tout près du sien, attentif et débordant d'amour.
J'attends. Je ne lis pas, je ne serais pas concentrée, les lignes danseraient devant moi et le sens m'en serait absent. Alors je patiente encore.
Là-bas, à l'autre bout de ce hall, j'entends mon nom au rayon facturation. Je me précipite, demande ce qu'il en est de mes résultats et de leur explication.
- "Ben, ils sont là".
- "Mais je n'ai pas vu de docteur".
- "Ben ce doit être qu'il n'y a rien !"
Charmant ! Je n'en reviens pas. Retourne dans le couloir où j'attendais auparavant qu'on tienne compte de ma présence en attente. Nib de docteur en vue. Mais une patiente qui s'indigne que personne ne m'ait rien dit :
- Même quand il n'y a rien, j'ai toujours vu un docteur.
Rien ou quelque chose, j'ouvre la pochette avec fébrilité pour découvrir que finalement, la cause, au moins visible, de mes problèmes des semaines passées, c'est un calcul, non obstructif ... tant mieux !
J'aime les cailloux, mais je les préfère ailleurs ...
Me reste plus qu'à sauter à la corde en attendant ma visite prévue chez le spécialiste, dans une semaine, et, ça ne mange pas d'pain, d'absorber des granules homéopathiques qui, si elles ne me font pas de bien, ne me feront pas de mal !

