éKlats 33/52 - 4/5
Quelque chose est arrivé.
Un monde intérieur, à mi-chemin du ciel et la terre.
Une impression qui se pose et s'installe, comme une robe légère recouvre un corps léger.
Une prairie, aquatique, immense, fonds clair, marine azur, larmes estompées à peine.
J'aurais voulu que dure cette lumière douce, ces images blanches yeux fermés, ces courts instants qui paraissent une vie. Ici. Mais ailleurs.
Longtemps. Longtemps. Comme en ces portes floues entre deux chambres, veille-sommeil. Juste entre les deux. Ni plus ni moins.
Et j'entendais. Et j'habitais, cela, cette respiration méditative du regard clos et du corps se posant dans un apaisement qui s'étire et s'étire encore. De plus en plus loin de soi tout en demeurant là.
De temps à autre, un pic de voix, fenêtre ouverte sur la mer infinie, levait une vague secouant un instant mes pensées. Puis la grève redevenait plane.
C'est arrivé.
Inattendu et familier. Lancinant voyage immobile aux confins du rêve.
Corps habillé de calme et de fraîcheur.
Seule avec elle qui me protégeait et distillait son mystère et sa résolution.
Alma mater.
La pluie.
